La mort de lâOpen Innovation est-elle proche ?
Article publiĂ© sur Maddyness, le 09.11.2016.Â
Vous aussi, vous en avez marre dâentendre parler Ă tout-va dâopen innovation ? MĂ©dias, grands groupes, incubateurs, accĂ©lĂ©rateurs ⊠et mĂȘme politiques : tout le monde sây met ! Lâopen innovation a depuis 2/3 ans le vent en poupe. Et cela en agace dĂ©jĂ certains. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Comment lâopen innovation a-t-elle vu le jour ? Pourquoi est-elle indispensable malgrĂ© tout ? Et surtout : quelle sera sa place au sein des entreprises de demain ?
Pour rĂ©pondre Ă ces questions et approfondir le dĂ©bat, Maddyness est allĂ© Ă la rencontre dâun spĂ©cialiste du sujet, Richard Biquillon, co-fondateur et CEO de Yoomap, startup française qui sâest donnĂ© pour mission de construire des ponts entre deux mondes qui ne se comprennent pas toujours, afin dâorganiser et formaliser leurs relations.
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Il Ă©tait une fois lâopen innovation
Remontons aux origines. Lâopen innovation, câest avant tout lâoeuvre dâHenry Chesbrough, professeur amĂ©ricain qui en 2003 a Ă©tĂ© le premier Ă dĂ©finir le concept dâinnovation ouverte : « lâinnovation ouverte est lâutilisation de flux de connaissances sortants et entrants pour accĂ©lĂ©rer Ă la fois lâinnovation interne et le marchĂ© des usages externes de lâinnovation. Le paradigme de lâinnovation ouverte peut ĂȘtre compris comme lâantithĂšse du modĂšle traditionnel dâintĂ©gration verticale oĂč les activitĂ©s internes de la R&D conduisent Ă des produits dĂ©veloppĂ©s en interne qui sont ensuite distribuĂ©s par lâentreprise ». Plus simplement, lâopen innovation se traduit par la capacitĂ© des entreprises Ă intĂ©grer un monde ouvert et technologique dans lâensemble de leurs stratĂ©gies de dĂ©veloppement.
HabituĂ©es Ă travailler avec des technologies digitales et avoir accĂšs Ă lâinformation rapidement, les sociĂ©tĂ©s IT amĂ©ricaines ont Ă©tĂ© les premiĂšres sur le coup au dĂ©but des annĂ©es 2000. ArrivĂ©e avec un peu de retard, lâopen innovation Ă la française a elle aussi Ă©tĂ© portĂ©e par les entreprises dĂ©jĂ sensibilisĂ©es au monde du digital, avec des cycles de dĂ©veloppement relativement courts. En 2016, lâopen innovation a investi lâensemble des entreprises françaises et sâest faite une place de choix dans leur transformation.
En effet, dâaprĂšs Richard Biquillon, les entreprises qui sâaventurent dans une dĂ©marche dâopen innovation le font pour la plupart du temps pour 3 raisons fondamentales :
Le stress du secteur : âplus un secteur est en stress, plus il a besoin dâinnovationâ. Â
Le drame commercial : âface Ă un nouvel acteur technologique sur le marchĂ©, lâopen innovation se rĂ©vĂšle ĂȘtre une solution efficaceâ.
Lâimpulsion de la direction : âun patron qui a les antennes et qui souhaite accompagner la transformation de son entreprise peut faire le choix stratĂ©gique de lâopen innovationâ.
Malheureusement, les grands groupes français semblent encore un peu en retard sur ce dernier point, avec des conseils dâadministration composĂ©s majoritairement de personnes en fin de carriĂšre, avec une sensibilitĂ© Ă lâinnovation et au numĂ©rique parfois peu Ă©vidente. âPour beaucoup de gĂ©nĂ©rations, câest encore difficile Ă comprendre et Ă intĂ©grer. Lâopen innovation Ă©tant un changement profond dans la maniĂšre de travailler, elle concerne lâensemble des mĂ©tiers. Sâil nây a pas au-dessus un grand patron qui est convaincu de son intĂ©rĂȘt et qui impulse la dynamique, cela ne peut pas fonctionnerâ, prĂ©cise Richard Biquillon.
Lâopen innovation en 2016 : une question de survie
Ce qui est certain, câest que lâopen innovation dans les faits est bien lĂ , au coeur de lâentreprise, Ă chaque instant et Ă chaque dĂ©cision. Aujourdâhui, si 90% des entreprises ont un programme dâopen innovation, ce nâest pas pour rien. La prise de conscience nâest plus une question.
â Travailler avec des startups est une condition indispensable pour faire face Ă lâavenir et rester compĂ©titif. Câest un fait enfin admis par tous â
Pour les grands groupes, les startups reprĂ©sentent incontestablement un vivier de compĂ©tences quâon ne retrouve pas au sein des grands groupes. CĂŽtĂ© startups, les grands groupes sont quant Ă eux un vĂ©ritable terrain de jeu pour se dĂ©velopper et gagner en visibilitĂ©. La grosse difficultĂ©, câest gĂ©nĂ©ralement la mise en oeuvre. Lorsque deux univers veulent travailler ensemble mais nâont pas le mĂȘme langage, âtout lâenjeu est de trouver le meilleur Ă©quilibre pour se comprendre et trouver un deal Ă©quitable pour les deux parties et rĂ©ussir Ă travailler ensembleâ.
Startups VS Grands Groupes â Deux mondes, deux langages.
Pour se dĂ©velopper et trouver de nouvelles solutions ou de nouveaux business models, les entreprises doivent faire appel aux compĂ©tences extĂ©rieures et convaincre en interne de lâintĂ©rĂȘt de travailler avec les startups. âLe savoir-faire interne ne suffit plus : lâopen innovation est clairement un sujet de change management. Il faut transformer lâentreprise de lâintĂ©rieur en semant Ă tous les niveaux, du top management aux opĂ©rationnels, une dynamique dâouvertureâ.
Pour Yoomap, les directions du digital et/ou de lâinnovation doivent garder Ă lâesprit 3 Ă©tapes incontournables lorsque lâon souhaite faire adopter lâopen innovation comme un nouveau moyen de se remettre en question et de se dĂ©velopper :
La discussion interne : Ă©tape indispensable pour faire rĂ©sonner en interne la voix de lâopen innovation. En parler, la prĂ©senter et en dĂ©battre ensemble permet Ă tous de mieux comprendre en quoi elle est nĂ©cessaire et pertinente Ă chacun des mĂ©tiers.
La rencontre externe : pour crĂ©er le dĂ©clic et la rendre âpalpableâ, aller Ă la rencontre des startups est un passage obligĂ© pour toutes les entreprises qui souhaitent innover.
LâintĂ©gration interne/externe : expĂ©rimenter au quotidien et dans la durĂ©e un travail de co-construction avec les startups est lâĂ©tape ultime : elle engage les collaborateurs dans la transformation de leur entreprise.
Vous avez dit open innovation washing ?
Lâopen innovation nâen est quâĂ ses dĂ©buts et le fait quâelle soit emportĂ©e dans une logique de communication et de marketing est une bonne chose. Pour Richard Biquillon, câest mĂȘme âla premiĂšre phase : elle est peut-ĂȘtre facile, beaucoup semblent brasser du vent, mais elle est nĂ©cessaire. Câest une Ă©tape indispensable pour un grand groupe : il faut faire de la pĂ©dagogie, communiquer, mobiliser, stimuler ⊠pour Ă©veiller les consciences et transformer lâentreprise en profondeurâ.
En parler beaucoup, partout et tout le temps est une maniĂšre efficace de faire de lâopen innovation le fer de lance de la transformation des entreprises. Ă terme, cela va permettre dâopĂ©rer des changements essentiels : nouveaux process, nouvelle culture, nouvelles relations entre les diffĂ©rents dĂ©partements et surtout, nouveau rapport aux risques.
â Câest important de parler dâopen innovation, et surtout de ce que cela deviendra dans les annĂ©es Ă venir. Ce qui est important ce nâest pas le terme en lui-mĂȘme, mais bien ce quâil y a derriĂšre â
La relation doit ensuite fonctionner dans les deux sens : âune startup nâest pas un fournisseur comme les autres, câest un partenaire innovant. Il est donc primordial cĂŽtĂ© entreprise dâaborder la relation avec bienveillance et courtoisieâ. Quant aux entrepreneurs, le challenge se situe dans leur curiositĂ© : ils doivent apprendre ce quâest une grande entreprise et comprendre comment elle fonctionne pour dĂ©celer le bon du mauvais et avancer sereinement dans leurs projets. Les startups qui ont rĂ©ussi, ce sont dâailleurs gĂ©nĂ©ralement celles qui ont su sâadapter aux grands groupes et mettre en place une relation constructive âŠ
Lâopen innovation : la norme de demain
En quelques annĂ©es, nous sommes donc passĂ©s dâune approche technique et scientifique Ă une approche de services. La technologie nâest plus quâun outil qui permet de designer un service, et câest une rĂ©volution culturelle totale et irrĂ©versible. Petit Ă petit, nous avons vu apparaitre plusieurs termes qui se ressemblent et sâassemblent : innovation ouverte, co-crĂ©ation, projets collaboratifs, travail en rĂ©seaux, transformation digitale etc. Tout comme un marchĂ© qui se crĂ©e, les expressions et acteurs se multiplient et construisent ensemble de  nouveaux modĂšles pour construire le futur de nos sociĂ©tĂ©s.
Mais dâaprĂšs Richard Biquillon, le marchĂ© va se rationaliser dans les 10 prochaines annĂ©es et nous parlerons bientĂŽt dâun seul et unique phĂ©nomĂšme qui englobera tous les autres. Demain, nous ne parlerons probablement plus dâopen innovation : ânous parlerons de projets dâentreprise qui naturellement seront mis en place de maniĂšre collaborative et digitale. Ce sera la norme. Dâici 2030, ces termes disparaitront progressivement et les entreprises qui survivront seront celles qui sauront travailler efficacement avec les startupsâ.
Demain, les dĂ©partements dâopen innovation seront des fonctions supports au mĂȘme titre que les autres.
Demain, lâacheteur sera innovant, le juriste saura jongler entre projets traditionnels et projets innovants, les directions porteront lâinnovation dans chacune de leurs dĂ©cisions et le digital ne fera quâun avec lâentreprise.
Demain, le succĂšs de lâopen innovation sera sa propre disparition.