Un classique de science fiction đđ

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Un classique de science fiction đđ

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« Je suis Vaisseau », dâOlivier BĂ©renval
Aujourd'hui sur Blog Ă part â « Je suis Vaisseau », dâOlivier BĂ©renval Une immense nef spatiale pilotĂ©e par une intelligence artificielle avancĂ©e rencontre un incident mystĂ©rieux dans Je suis Vaisseau, dâOlivier BĂ©renval. #SciFi #Transhumanisme
Un millĂ©naire et demi dans lâavenir, une humanitĂ© unie essaime dans la galaxie grĂące Ă dâimmenses nefs spatiales pilotĂ©es par des intelligences artificielles avancĂ©es. Câest lâune de celles-ci que nous suivons dans Je suis Vaisseau, dâOlivier BĂ©renval. Car ce roman va nous faire suivre le vaisseau en tant que lieu, mais aussi en tant que personnage. Le vaisseau en question est un monde en soi,âŠ
Si ce que certains appellent la pĂ©riode de la singularitĂ© (celle oĂč les machines prendront le pouvoir sur les hommes) n'aura pas lieu, c'est fondamentalement parce que les machines, en l'occurrence ici les algorithmes, mĂȘme apprenants, sont liĂ©s Ă ce que nous y initialisons (et il n'y a pas des entitĂ©s surgies de nulle part sans intervention humaine). C'est aussi parce qu'ils ne sont pas adaptĂ©s Ă la survie dans notre Ă©cosystĂšme, dĂ©pendant notamment de façon dĂ©cisive de l'Ă©lectricitĂ©, ce qui les rend Ă©minemment fragiles.
Valérie Charolles - Illusions et vérités du big data
Le principe de tous les maux pour lâhomme, de la bassesse, de la lĂąchetĂ©, ce nâest pas la mort, mais plutĂŽt la crainte de la mort.
EpictĂšte
Les deux auteurs, Clark et Georges, insistent sur le fait que nous sommes engagĂ©s dans une collaboration avec la technologie. Clark emploie la "mĂ©taphore de lâĂ©chafaudage". Ă son avis, le problĂšme classique de la relation entre lâesprit et le corps implique une troisiĂšme partie, et pour cette raison devrait sâappeler le problĂšme de "lâĂ©chafaudage-esprit-corps". En dâautres termes, lâinterpĂ©nĂ©tration de ces Ă©lĂ©ments reprĂ©sente "une danse dĂ©concertante de cerveaux, de corps et dâĂ©chafaudages culturels et techniques".
Je suis au fond dâaccord avec ces auteurs. Notre tendance rĂ©gressive Ă voir lâidentitĂ© humaine comme distincte de ces structures est une rĂ©action dâaffolement. Câest un dĂ©sir de revenir Ă lâĂ©poque romantique oĂč lâindividu existait comme entitĂ© Ă part, autosuffisante, Ă la Byron ; une Ă©poque oĂč lâidĂ©e mĂȘme de greffer dâautres Ă©lĂ©ments Ă la saintetĂ© du moi Ă©tait considĂ©rĂ©e comme grotesque, une atteinte Ă la libertĂ©.
Comme Clark, je voudrais bannir lâimage de lâhomme futur en "Terminator", cette entitĂ© biscornue et anti-vie composĂ©e dâacier et de plastique. En fait, Clark souligne que lâinterface entre lâhomme et la technologie ne dĂ©pend pas nĂ©cessairement de la greffe de fils en mĂ©tal, dâobjets siliconĂ©s et autres trucs artificiels dans le corps ou le cerveau humain. Pour donner un exemple trĂšs simple, il parle de lâutilisation du stylo et du papier pour aider Ă la multiplication des grands nombres. Le cerveau apporte ses modestes capacitĂ©s pour les calculs simples (3 x 4 =12), mais pour les grands nombres, le stylo et le papier permettent une dĂ©composition en rĂ©sultats intermĂ©diaires qui lâaident, puis le cerveau rĂ©pĂšte ses calculs simples jusquâau rĂ©sultat final.
La question devient alors dâĂ©tablir qui est responsable du calcul, le cerveau ou cette "technologie" du papier et du stylo. Câest une collaboration entre les deux. Nous prĂ©fĂ©rons dire : "Jâutilise ces outils pour faire...", peut-ĂȘtre parce quâune feuille de papier et un stylo sont des objets concrets. Si le calcul est fait par un ordinateur au Japon, les lignes de dĂ©marcation deviennent moins claires. De mĂȘme lorsquâun ordinateur ou une machine Ă calculer fonctionne Ă une vitesse difficile Ă diffĂ©rencier de la vitesse de la pensĂ©e. Soit lâordinateur devient une "rallonge du cerveauâ dans lâespace et dans lâespace mental, soit câest nous qui devenons la rallonge de lâordinateur.
Plus on revient sur le tableau chronologique de lâĂ©volution, plus il semble Ă©vident que nous avons exercĂ© une action sur nos outils. Cependant, mĂȘme lorsquâil est question dâoutils qui nous aident Ă accroĂźtre nos capacitĂ©s mentales, nous avons tendance Ă discuter ce processus comme un Ă©vĂ©nement qui exigerait une action. "Jâai fait une multiplication". Mais câest faux, parce que notre cerveau nâagissait pas dans le sens dâune action.
En fait, la volontĂ©, que lâon imagine Ă la base de certaines activitĂ©s mentales, nâa jamais Ă©tĂ© localisĂ©e dans le cerveau par des chercheurs. Nâest-il pas plus raisonnable de dire que notre cerveau fait interface avec des produits technologiques lorsque nous utilisons du papier et un stylo pour faire des multiplications ? Cela devient plus Ă©vident lorsque papier et stylo sont remplacĂ©s par des processus prenant place Ă lâintĂ©rieur des microcircuits dâun ordinateur que nous nâavons jamais pu voir Ă lâĆil nu.
Le plus important, câest que nous sommes inextricablement emberlificotĂ©s Ă lâintĂ©rieur dâune matrice, une toile dâassociations vivantes aussi compliquĂ©es que les deux astrologiques. Notre esprit est une petite partie dâun cosmos. Et, comme je lâai expliquĂ© plus haut, la plupart dâentre nous ne se sentent pas du tout concernĂ©s par ces changements qui sont, en fait, stupĂ©fiants.
On peut Ă©tablir une analogie avec, par ex., un individu qui se fait amputer dâune jambe et reçoit une prothĂšse. Au dĂ©but, bien sĂ»r, il souffre et ressent lâhorreur non seulement dâĂȘtre sĂ©parĂ© dâune partie de son corps quâil utilise, ce qui va beaucoup limiter ses activitĂ©s pratiques, mais aussi dâavoir perdu quelque chose dâintimement associĂ© Ă lâidĂ©e de son moi. Il semblerait quâensuite survienne une pĂ©riode oĂč lâamputĂ© continue Ă sentir la prĂ©sence de la jambe coupĂ©e : les mĂ©decins parlent de "membre fantĂŽme".
AprĂšs lâadaptation Ă la prothĂšse et son acceptation, cette situation peut commencer Ă prendre la forme dâun simple aspect de la vie quotidienne. Et, bien sĂ»r, au fur et Ă mesure que les prothĂšses dâaujourdâhui deviennent de plus en plus sophistiquĂ©es, non seulement capables des mouvements normalement effectuĂ©s par les muscles, mais aussi de faire interface avec nos impulsions nerveuses (ce qui a dĂ©jĂ Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©), cette identification avec la prothĂšse devient plus forte.
Mais je crois quâĂ travers cet exemple, on voit que le plus important est la pĂ©riode de transition, le temps pendant lequel nous continuons Ă sentir la jambe que nous avons perdue. Cela tĂ©moigne de notre besoin dâĂ©tendre la "pĂ©riode de normalitĂ©", la pĂ©riode oĂč tout nous paraĂźt encore normal.
â Bruce Benderson (Transhumain, 2010)
illustration : couverture pour âL'alchimie de la pierreâ de Ekaterina Sedia (Benjamin CarrĂ©, 2019)

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RéValité
Titre : RéValité
Autrice : Julia Galindo Roman suspense
Auto-édition
Disponible en version numĂ©rique et papier - Nombre de pages : 266 pages Ăge conseillĂ© : adulte RĂ©sumĂ© :
Se rĂ©veiller sans aucun souvenir dans une chambre dâhĂŽpital et devoir compter sur un SDF pour apprendre son identitĂ©, passe encore. Ătre le cobaye dâune organisation secrĂšte qui essaye de vous Ă©liminer depuis quâelle ne peut plus vous contrĂŽler, ça commence Ă faire. Mais craquer pour un Don Juan qui vous rend nymphomane, nourrir une mĂ©gĂšre acariĂątre, avoir un aveugle tyrannique sur le dos et devoir empĂȘcher un savant fou de poursuivre ses expĂ©riences de manipulation gĂ©nĂ©tique. LĂ , câest trop ! Il est temps de passer Ă lâaction et dâarrĂȘter de prendre ses rĂȘves pour la rĂ©alité⊠ĂtĂ© 2018, GaĂŻa se rĂ©veille amnĂ©sique mais avec la capacitĂ© de ressentir les Ă©motions d'autrui. Au son des cigales, de la campagne orangeoise Ă la Costa Brava, elle part Ă la chasse. Ses souvenirs, le consortium transhumaniste qui les lui a volĂ©s, un trafiquant sans scrupules aux vellĂ©itĂ©s dâeugĂ©nisme, des papillons dans le ventre⊠Que va-t-elle attraper dans ses filetsâ? IdentitĂ©s reprĂ©sentĂ©es :
Lesbienne, Bi/Pan, Racisé-e-s, Avec un handicap, Neuroatypique
Personnages principaux : 1 amnésique suite à manipulation neuroscience, 1 aveugle
Personnages secondaires : 1 Bi, 1 lesbienne métisse afro-asiatique, trouple Thématiques présentes :
Une jeune femme se rĂ©veille amnĂ©sique mais avec la capacitĂ© de ressentir les Ă©motions d'autrui. Elle va partir en quĂȘte de son identitĂ© tout en menant une enquĂȘte pour l'organisme transhumaniste qui a placĂ© une puce dans son cerveau. Elle va devoir mettre un terme Ă des expĂ©riences de manipulations gĂ©nĂ©tiques sous couvert de PMA illĂ©gales. La thĂ©matique LGBT est un arc secondaire trĂšs prĂ©sent avec questionnement sur la PMA pour toutes. Avis de Tazhelico :
J'ai adorĂ©. Les thĂšmes LGBT sont abordĂ©s de façons tout Ă fait naturels, sans aucun jugement. L'auteur n'en fait pas tout un plat mais c'est justement ce qui est fort. Le trouple est traitĂ© comme le couple, les personnages homos ou hĂ©tĂ©ros sont au mĂȘme niveau, comme si c'Ă©tait normal (car ça l'est) et surtout sans juger les dĂ©cisions des personnages mais en soulignant les difficultĂ©s que chacun peut rencontrer. Sous couvert d'action et de suspense on en vient Ă se questionner sur des problĂšmes Ă©thiques sans mĂȘme sans rendre compte. Bref Ă lire pour passer un trĂšs bon moment
cyberpunk, anarchisme et transhumanisme?
IdĂ©e pour un univers cyberpunk intĂ©ressant : Un monde ou la cybernĂ©tique coĂ»te si cher et lâentretiens si Ă©levĂ© que sans le patronage dâune corporation, il faut vraiment ĂȘtre riche pour en avoir.
Ce nâest pas exactement nouveau, on touche presque ça dans Ghost in the Shell quand motoko se fait la rĂ©flexion que son corps appartient Ă la division 9, mais en mĂȘme temps, il n'y a rien qui laisse penser que tous les cyborgs subissent le mĂȘme asservissement. L'idĂ©e ici serait que mĂȘme les indĂ©pendants, pour ĂȘtre employables, choisissent souvent la cybernĂ©tisation, avec un contrat de maintenance particulier. Pas le genre qui permet de t'envoyer au tribunal, le genre qui permet de te retrouver oĂč que tu sois et potentiellement prendre le contrĂŽle de ton cyberware, ou tout moyen de pression trĂšs direct, du moment que ça ne risque pas de nuire Ă l'image de la marque.
Ce qui fait que pratiquement n'importe quel mercenaire indĂ©pendant cybernĂ©tisĂ© serait affiliĂ© Ă une corpo, qu'iel le veuille ou non. Ăvidemment, ni la corpo, ni le personnage n'a intĂ©rĂȘt Ă ce que cette affiliation soit rendu publique, ce qui peut entraĂźner des difficultĂ©s pour le personnages, et motiver les corporations Ă faire toutes sortes de coups tordus. Le tous dans l'habituelle dystopie oĂč les corporations ont tous pouvoirs, se font la guerre plus ou moins ouvertement et oĂč seuls les ultra-riches profitent du systĂšme.
Le twist est qu'il existe un pays... ou plus exactement un bout de terre sans ressources qui n'intĂ©resse pas le reste du monde, oĂč se sont construit des communautĂ©s anarchistes. Vu du monde corpos, ce sont des rĂ©serves de criminels, oĂč tous le monde est pauvre et qui est 100 ans en arriĂšre sur absolument tout. Dans les faits, ces communautĂ©s fonctionnent raisonnablement bien au vu du peu de ressource sur leur territoire, ont un systĂšme de justice incomprĂ©hensible pour le monde corporatiste, et le manque de technologie apparent est surtout dĂ» au fait que les habitants ne sont pas obligĂ© de s'augmenter pour ĂȘtre compĂ©titif. Quand Ă la mĂ©decine, les principaux soucis sont dĂ» a des pĂ©nuries entretenu par les corporations, mais les patients sont mieux traitĂ©s que 99% des travailleurs corporatistes. La recherche est aussi limitĂ© par les contraintes matĂ©riels, mais les papiers sont en accĂšs libre pour facilitĂ© les Ă©changes. Les corpos n'hĂ©sitent d'ailleurs jamais Ă s'approprier les dĂ©couvertes les plus prometteuses, voir Ă tenter d'exfiltrer des scientifiques en leur promettant monts et merveilles. Certain.e.s trouvent leur compte chez les corpos. D'autres vivent trĂšs mal le changement de culture. Quoi qu'il en soit, iels reviennent rarement, les corpos y veille.
Il y a Ă©galement des Ă©tats totalitaires, gĂ©nĂ©ralement lĂ oĂč les matiĂšres premiĂšres sont extraites. Ces Ă©tats survivent dans une semi-indĂ©pendance parce qu'il est plus simple de contrĂŽler un dictateur que de gĂ©rer soit mĂȘme les populations sur place. Dans les faits, ces pays sont une extension du monde corporatiste.
Partout l'activité corporatiste fait des ravages écologiques. La cybernétique trÚs présente est une des causes, de part le besoin de terre rares pour les composant électroniques et de métal et ou de plastiques pour le reste. Les communautés anarchistes ont découvert et utilisent des procédés de récupérations de ces matériaux, mais ces procédés sont coûteux et limite la disponibilité de l'électronique, ce qui fait que les corpos ne s'y intéressent pas vraiment.
L'enjeux de ce world building et de trouver comment fonctionnent les communautĂ©s anarchistes, Ă tous les niveaux pour d'une part durer dans le temps, tenir compte des comportements abusifs, et ĂȘtre suffisamment solide pour que le monde corpo ne dĂ©cide pas simplement de dĂ©truire ces communautĂ©s par la force. La force de ces communautĂ©s est qu'elle rejette le capitalisme et toute forme d'autoritĂ© qui serait susceptible d'ĂȘtre corrompu. Ceci dit, les individus sont susceptibles Ă la propagande, aux pots de vin, au promesses d'une vie luxueuse, etc... Pour survivre, les communautĂ©s devront se dĂ©fendre contre ça.
Certaines de ces communautés sont également probablement plus agressives que d'autre envers le monde corpo, cherchant par exemple à libérer certains pays sous régimes totalitaires, d'une part, par principe, et d'autre part pour faire cesser les activité d'extractions de ressources, polluantes et indispensable au fonctionnement du monde corporatiste. Ce qui est une noble cause, mais risque de décider des corporations à s'occuper plus sérieusement des anarchistes.
Certaines communautés sont plus axée sur la guerre idéologique et tentent d'exporter des idées révolutionnaires. D'autres sont plus intéressé par le fonctionnement interne des communautés et n'hésite pas à critiqué ce qui ne va pas, ce qui ne leur vaut pas que des amitiés parmi les anarchistes.
Bref, il y a beaucoup d'axe d'exploration dans cet univers, et j'ai lâimpression d'avoir juste effleurĂ© la surface. Le monde corporatiste semble malheureusement simple Ă imaginer, mais il y a beaucoup d'aspect que je n'ai mĂȘme pas abordĂ© (est-ce qu'elles utilisent toutes la mĂȘme monnaie? Est-ce qu'elle n'ont pas crĂ©er des monnaies pour piĂ©ger leur employĂ©s dans leur systĂšme? ). En ce qui concerne les anarchistes, il y a beaucoup moins de chose qu'on peut directement infĂ©rĂ© de notre propre monde, donc ça nĂ©cessite plus de recherche et d'imagination. NĂ©anmoins, explorer ces thĂšmes en fiction, par exemple par le biais du JDR pourrait ĂȘtre intĂ©ressant.
Je suis sûr qu'on pourrait assez simplement plaquer un systÚme Fate ou apocalipse world sur un tel univers. (Fate demanderais moins de travaille à priori... ) En poussant un peu, on peut aussi abordé le sujet de la trans-humanité, et imaginé comment cette idée est envisagée dans le monde corporatiste et dans les communautés anarchistes
TRIBUNE. Ils prĂŽnent une rupture totale avec le monde animal, alors que manger de la viande a toujours fait partie de lâhistoire humaine, un moment essentiel de partage. Cette relation doit reposer sur un Ă©levage raisonnĂ© et bio, respectueux des sols et des terroirs. La meilleure façon dâĂ©chapper Ă lâalimentation industrielle.
Ils sont peu nombreux, mais ils ont une audience impressionnante. Comme ce quâils disent semble frappĂ© au coin du bon sens, celui de lâĂ©motionnel et dâune morale binaire, le bien, le mal, câest que ça doit ĂȘtre vrai. DâoĂč le succĂšs de la propagande vĂ©gane, version politique et extrĂ©miste de lâabolitionnisme de lâĂ©levage et de la viande, que lâon mesure simplement : aujourdâhui, les opinions contraires, pourtant majoritaires, doivent se justifier par rapport Ă elle. Nous dĂ©nonçons dâautant plus le mauvais coup que porte le vĂ©ganisme Ă notre mode de vie, Ă lâagriculture, Ă nos relations aux animaux et mĂȘme aux courants vĂ©gĂ©tariens traditionnels, que nous sommes convaincus de la nĂ©cessitĂ© dâen finir au plus vite avec les conditions imposĂ©es par les systĂšmes industriels et dâaller vers une alimentation relocalisĂ©e, prĂ©servant la biodiversitĂ© et le paysan, moins carnĂ©e, aussi. LâOccident et les riches des pays du Sud consomment trop de viandes, et surtout de la mauvaise viande. Au Nord comme au Sud, les systĂšmes industriels ont changĂ© lâanimal en machine Ă transformer la cellulose des plantes en protĂ©ines bon marchĂ© pour le plus grand profit des multinationales et au dĂ©triment des paysans, des consommateurs, des sols, de lâeau et des animaux. Le bilan sanitaire et Ă©cologique de ces rapports de travail indignes aux animaux est tout aussi mauvais que celui du reste de lâagriculture productiviste : on empoisonne les consommateurs avec de la mauvaise viande, de mauvais lĂ©gumes et fruits, en dĂ©gradant lâenvironnement et la condition paysanne. Ceci Ă©tant dit, regardons un peu les arguments avancĂ©s par les vĂ©gans.Â
Les végans vont sauver les animaux
Depuis douze mille ans, nous travaillons et vivons avec des animaux parce que nous avons des intĂ©rĂȘts respectifs Ă vivre ensemble plutĂŽt que sĂ©parĂ©s. Les animaux domestiques ne sont plus, et depuis longtemps, des animaux « naturels ». Ils sont partie prenante du monde humain autant que de leur propre monde. Et, grĂące au travail que nous rĂ©alisons ensemble, ils ont acquis une seconde nature qui fait quâils nous comprennent, bien mieux sans doute que nous les comprenons. Ainsi est-il probable quâils ne demandent pas Ă ĂȘtre « libĂ©rĂ©s ». Ils ne demandent pas Ă retourner Ă la sauvagerie. Ils ne demandent pas Ă ĂȘtre stĂ©rilisĂ©s afin de peu Ă peu disparaĂźtre, ainsi que le rĂ©clament certains vĂ©gans. Ils demandent Ă vivre avec nous, et nous avec eux, ils demandent Ă vivre une existence intĂ©ressante, intelligente et digne.
Le véganisme va nous sauver de la famine
JusquâĂ il y a peu, rappelons-le, les hommes et les femmes mouraient vite de trois causes possibles : les maladies infectieuses, la guerre et la faim. Or, depuis la fin du XVIIIe siĂšcle, dans nos pays europĂ©ens, et depuis les annĂ©es 60 dans lâensemble du monde, il nâexiste plus de famines liĂ©es Ă un manque de ressources. Quel progrĂšs ! Les famines qui adviennent sont des armes politiques. Quand des gens meurent de faim quelque part, câest parce que dâautres lâont dĂ©cidĂ©. On ne voit pas en quoi le vĂ©ganisme changerait quoi que ce soit Ă cette rĂ©alitĂ©.
Le vĂ©ganisme va sauver lâagriculture
Ce serait mĂȘme exactement lâinverse. Si les famines ont disparu de notre sol, câest parce que le XVIIIe siĂšcle a connu la plus grande rĂ©volution agricole aprĂšs celle de son invention : lâagronomie. Et la polyculture-Ă©levage, pourvoyeuse de ce qui se fait de mieux pour nourrir un sol, le fumier. Une des meilleures idĂ©es que lâhomme ait jamais eue. Quant Ă lâindustrialisation de lâĂ©levage, elle nâest pas nĂ©e aprĂšs la Seconde Guerre mondiale avec le productivisme agricole. Elle a Ă©tĂ© pensĂ©e bien en amont, au milieu du XIXe siĂšcle avec le dĂ©veloppement du capitalisme industriel. Les animaux sont alors devenus des machines dont la seule utilitĂ© est de gĂ©nĂ©rer des profits, aux dĂ©pens des paysans et de lâenvironnement.
Le véganisme va sauver notre alimentation
Le vĂ©ganisme propose de se passer des animaux, pour les sauver. Retour Ă la case dĂ©part : lâagriculture sans Ă©levage, câest lâagriculture famineuse parce quâelle Ă©puise les sols. Ce sont des rendements ridicules pour un travail de forçat car le compost de lĂ©gumes est bien moins efficace pour faire pousser des lĂ©gumes que le fumier animal. A moins de forcer le sol par de la chimie, Ă©videmment. Et de labourer bien profondĂ©ment. Mais, dans ce cas, on abĂźme les sols, en dĂ©sorganisant lâĂ©cosystĂšme quâil est en rĂ©alitĂ©.
Le véganisme sauvera notre santé
Tuer lâanimal, câest mal, manger de la viande, câest destructeur. Car les Ă©tudes montrent que la consommation de viandes est corrĂ©lĂ©e au cancer. Sauf que ces Ă©tudes ont Ă©tĂ© principalement menĂ©es aux Ătats-Unis et en Chine, oĂč lâon consomme bien plus de viande, encore plus gavĂ©e dâhormones et dâantibiotiques, encore plus transformĂ©e. Quant aux Ă©tudes dĂ©montrant la longĂ©vitĂ© supĂ©rieure des vĂ©gĂ©tariens qui â rappelons-le â consomment des produits animaux, lait et Ćufs, et dĂ©pendent donc de lâĂ©levage, elles sont biaisĂ©es par le constat que ces publics consomment aussi trĂšs peu de produits transformĂ©s, peu de sucres, ils font du sport, boivent peu, ils ont une bonne assurance sociale, etc. Quelle est la responsabilitĂ© des lĂ©gumes dans leur bonne santĂ© ? Difficile Ă dire ! Ce qui importe, câest le rĂ©gime alimentaire et le mode de vie Ă©quilibrĂ©s. En comparaison, manger vĂ©gan, lâabsolu des rĂ©gimes « sans », câest se condamner Ă ingurgiter beaucoup de produits transformĂ©s, câest-Ă -dire des assemblages de molĂ©cules pour mimer ce quâon a supprimĂ©. Sans omettre dâajouter la prĂ©cieuse vitamine B12 Ă son alimentation. Car sans elle, comme le montrent de nombreux tĂ©moignages dâex-vĂ©gans, ce rĂ©gime ultra-sans dĂ©truit irrĂ©mĂ©diablement la santĂ©, Ă commencer par celle de lâesprit.
Le vĂ©ganisme va sauver lâĂ©cologie
Avec ce retour au naturel, lâĂ©cologie est sauvĂ©e. Et bien non. Car ayant expulsĂ© les animaux domestiques, il nây a plus rien pour maintenir les paysages ouverts, ceux des prairies, des zones humides, des montagnes et des bocages. Sauf Ă obliger chĂŽmeurs, prisonniers et clochards Ă faucher et Ă couper les herbes, ou Ă produire des robots brouteurs. Les vaches et moutons sont les garants de lâextraordinaire diversitĂ© paysagĂšre qui fait la France, qui est aussi celle de notre assiette. Les animaux et leurs Ă©leveurs sont les premiers amĂ©nageurs du territoire.
Le véganisme est une position politique émancipatrice
Non, contrairement Ă ce que croient de nombreux jeunes, fiers de dire «je suis vĂ©gan», comme sâils participaient Ă une action rĂ©volutionnaire, ou si leurs actions contre les abattoirs ou les paysans vendant leurs fromages sur les marchĂ©s relevaient de la rĂ©sistance Ă lâordre Ă©tabli, le vĂ©ganisme ne participe pas Ă lâĂ©mancipation des animaux et encore moins Ă celle des humains. Au contraire, en dĂ©fendant une agriculture sans Ă©levage et un monde sans animaux domestiques, câest-Ă -dire sans vaches, ni chevaux, ni chiens, ce mouvement nous met encore plus dans les serres des multinationales et accroĂźt notre dĂ©pendance alimentaire et notre aliĂ©nation. Les thĂ©oriciens et militants vĂ©gans ne sont pas des rĂ©volutionnaires, ils sont, au contraire, clairement les idiots utiles du capitalisme.
Le vĂ©ganisme est lâambassadeur de lâindustrie 4.0
Le grand danger de ce dĂ©but du XXIe siĂšcle est bien lâinvention dâune agriculture sans Ă©levage. On ne compte plus les investissements et brevets dĂ©posĂ©s pour produire de la « viande » en cultivant en laboratoire des cellules musculaires de poulet, de bĆuf ou de porc ou produire du lait et des Ćufs Ă partir de levures OGM. Les promoteurs de cette agriculture cellulaire se recrutent au sein des grandes firmes (GAFA, milliardaires et fonds dâinvestissements puissants). Les premiĂšres viandes artificielles pourraient ĂȘtre introduites sur le marchĂ© sous forme de carpaccio avant que soient commercialisĂ©s avant dix ans de « vrais-faux » morceaux produits in vitro. Des amas de protĂ©ines qui auront poussĂ© Ă grands jets dâhormones pour favoriser la croissance et dâantibiotiques pour Ă©viter les contaminations.
En vérité, le véganisme ne va pas nous sauver
Le vĂ©ganisme est dangereux. Il participe Ă la rupture programmĂ©e de nos liens avec les animaux domestiques. Il menace de nous condamner Ă la disette en nous ramenant Ă lâagriculture prĂ©datrice des temps anciens. Il menace de ruiner les pratiques alternatives, comme le bio, en annihilant la polyculture-Ă©levage qui est son fondement. Il menace de nous condamner Ă dĂ©pendre dâune alimentation industrielle 4.0. Il menace dâuniformiser nos paysages. Il menace paradoxalement de nous faire perdre notre humanitĂ© incarnĂ©e et notre animalitĂ© en nous coupant des rĂ©alitĂ©s naturelles par des zoos virtuels, des paysages transformĂ©s en sanctuaires, avec des chiens et chats remplacĂ©s par des robots. Le vĂ©ganisme est lâalliĂ© objectif dâune menace plus grande encore. Car, aprĂšs tout, la meilleure façon de ne plus abĂźmer la nature est de sâen couper totalement. De sâenfermer dans des villes, alimentĂ©es par des flux de molĂ©cules et des flux de donnĂ©es. Plus de sale, plus de propre, que de lâesprit sain tournĂ© vers une morale ultime, lâamĂ©lioration de lâhomme par son isolement total de la nature que lâon ne peut maĂźtriser et qui nous renvoie sans cesse Ă notre animalitĂ©. Oui, vĂ©ganisme rime avec transhumanisme.
Un monde terrifiant. La consommation de la viande a introduit, dĂšs la prĂ©histoire, lâobligation du partage, lâinvention de la logique du don et du contre-don car un chasseur ne consomme jamais son propre gibier. Don et contre-don sont aussi au fondement de nos rapports sociaux avec les animaux. Donner â recevoir â rendre est le triptyque de nos liens. Que sera lâhumanitĂ© sans cet Ă©change fondamental ?
Paul ARIĂS, auteur de : Une histoire politique de l'alimentation du PalĂ©olithique Ă nos jours, Max Milo, 2017. FrĂ©dĂ©ric DENHEZ, auteur de : Le Bio, au risque de se perdre, Buchet-Chastel, 2018. Jocelyne PORCHER, autrice de : Encore carnivores demain ? Quae, 2017.