Séminaire Informatique Quantique
Jâai participĂ©, il y a un peu plus dâun mois, Ă une session sur « Etat des lieux de lâinformatique Quantique en France » organisĂ©e Ă Paris. A part la prĂ©sence de diffĂ©rents acteurs, il y avait surtout Maud Vinet, ex-responsable du quantum computing au CEA et considĂ©rĂ©e comme la tĂȘte chercheuse du quantique en France (câest surtout pour sa prĂ©sence que jâai fait le dĂ©placement).
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Lâavantage de cette session Ă©tait le nombre rĂ©duit de participants ce qui a permis une interaction tout au long de la journĂ©e aussi bien durant les confĂ©rences quâen dehors (lors des pausesâŠ).
Ainsi plusieurs confĂ©renciers se sont succĂ©dĂ©s. Les premiĂšres interventions Ă©taient surtout pour rappeler les fondamentaux des ordinateurs quantiques. On a rappelĂ© la notion de "Qbits" basĂ©e sur des particules Ă©lĂ©mentaires (photons, Ă©lectrons, atomes...) qui obĂ©issent aux lois de la mĂ©canique quantique. Et surtout lâavantage de ces "Qbits" qui, contrairement aux "bits" peuvent prendre tous les Ă©tats entre 0 et 1 (cf mon prĂ©cĂ©dent article).
Plusieurs images, pour faire la comparaison ont été évoquées :
Les 2 touches sur un piano : Vous pouvez jouer une touche lâune aprĂšs lâautre mais aussi les 2 touches en mĂȘme temps ou encore frapper plus ou moins fort les touches⊠les possibilitĂ©s sont nombreuses.
Une autre reprĂ©sentation est la sphĂšre de Bloch oĂč le pĂŽle Nord est le 0, et le pĂŽle Sud le 1 : Le qubit peut avoir nâimporte quelle valeur sur cette sphĂšre durant la phase de calcul. Lors de la mesure son Ă©tat est alors figĂ©.
Puis on a attaquĂ© dans le dur avec les algorithmes Ă utiliser : Lâobjectif Ă©tant dâassocier plusieurs Qbits pour un calcul, car la « puissance » est exponentielle avec le nombre de Qbits utilisĂ©s. Il existe ainsi plusieurs types dâalgorithmes qui peuvent ĂȘtre basĂ©s sur lâoptimisation des valeurs matricielles, lâoptimisation combinatoire ou encore un rĂ©seau de neurones quantiques. Jâavoue Ă ce niveau, jâai lĂąchĂ© un peu le fil de lâexposĂ©. Mais pour rĂ©sumer, il existe des portes quantiques qui permettent suivant lâalgorithme de relier un certain nombre de Qbits plus ou moins proches. Un focus a Ă©tĂ© fait sur lâalgorithme des rĂ©seaux neurones orthogonaux qui peuvent s'avĂ©rer utiles pour amĂ©liorer la performance ou pour rĂ©duire le nombre de paramĂštres.Â
Ce qui est mâa intĂ©ressĂ©, est la possibilitĂ© de tester dĂšs aujourdâhui ces algorithmes Ă lâaide de logiciels dâĂ©mulateurs quantiques qui fonctionnent sous GPU. Mais ces programmes donnent des rĂ©sultats avec un nombre de Qbits « parfaits ». Hors dans la vraie vie, ces Qbits sont trĂšs instables et trĂšs difficiles Ă contrĂŽler, avec une difficultĂ© qui va croissante au fur et Ă mesure qu'on ajoute des Qbits pour doper la puissance de calcul. Il y a donc des erreurs qui se produisent. Il est nĂ©cessaire dâintroduire une couche de correction d'erreurs quantiques et cette couche de correction Ă un coĂ»t en terme de nombre de Qbits physiques. Aujourd'hui suivant le type de systĂšme physique avec lequel on travaille et la durĂ©e de calcul, on estime quâil faudrait environ 1000 Qbits physique pour crĂ©er un Qbit parfait ou Qbit « logique » permanent dans le temps.Â
Lors dâĂ©changes informels, dâautres approches basĂ©es sur la redondance d'information permettraient de dĂ©duire une « probabilitĂ© » pour obtenir le bon rĂ©sultat spĂ©cifique. Avec cette mĂ©thode on arriverait entre 60 et 30 Qbits physiques pour un Qbit logique permanent.
Câest le moment oĂč Maud Vinet est intervenue pour sa prĂ©sentation. Elle a justement fait un rappel des diffĂ©rentes technologies permettant de crĂ©er des serveurs Quantiques. Car le problĂšme aujourd'hui c'est vraiment la partie hardware. Pour la manipulation dâobjets uniques auxquels on a accĂšs facilement les possibilitĂ©s sont nombreuses : Que cela soit des atomes sous vide, les supraconducteurs qui prĂ©sentent des propriĂ©tĂ©s quantiques Ă l'Ă©chelle macroscopique intĂ©ressantes ou encore les photons pour leur facilitĂ© de mise en Ćuvre avec des lasers, chaque techno apporte ses avantages mais aussi ses imperfections et donc ses erreurs.
La course est donc ouverte, câest pour cette raison que Maud VINET a créé il y a 6 mois la sociĂ©tĂ© SIQUANCE en se disant que le silicium peut ĂȘtre aussi un super candidat. Elle met en avant la qualitĂ© du silicium employĂ© qui permet dâamĂ©liorer le taux dâerreur. Dans la suite de sa confĂ©rence, Maud VINET a dĂ©taillĂ© le fonctionnement de son ordinateur quantique en utilisant le degrĂ© de libertĂ© de spin : La microĂ©lectronique utilise une seule propriĂ©tĂ© des Ă©lectrons, leur charge Ă©lectrique, et un matĂ©riau principal, le silicium. L'informatique quantique utilise une autre caractĂ©ristique des Ă©lectrons, purement quantique, leur spin. Pour rĂ©sumĂ©, le spin concerne la rotation de lâĂ©lectron sur lui-mĂȘme. Il peut tourner dans un sens ou dans l'autre. Cela lui donne un degrĂ© de libertĂ© magnĂ©tique permettant de dĂ©finir les Ă©tats quantiques (De 0 Ă 1). Cet Ă©tat va ĂȘtre sensible au champ magnĂ©tique qu'on applique pour le manipuler. Et voilĂ comment sont nĂ©s les Qbits de spin dans le silicium.
Toujours durant ces Ă©changes, on a parlĂ© de la start-up la plus avancĂ©e en France : Pasqal. Cette sociĂ©tĂ© dĂ©veloppe un ordinateur quantique Ă atomes neutres : Quelques atomes de rubidium sont disposĂ©s dans le « vide » et Ă lâaide de lasers ils sont manipulĂ©s.Â
Alain Aspect, cofondateur de Pasqal, a remportĂ© le Prix Nobel en 2022 aux cĂŽtĂ©s de John F. Clauser et Anton Zeilinger, pour avoir menĂ© des expĂ©riences extraordinaires en utilisant des Ă©tats d'intrication quantique, dans lesquels deux particules se comportent comme une seule unitĂ©, mĂȘme en Ă©tant sĂ©parĂ©es. De ces recherches, il peut ĂȘtre envisagĂ© de rĂ©duire le nombre de Qbits physiques nĂ©cessaires pour le traitement des erreurs comme Ă©voquĂ© prĂ©cĂ©demment.
Il faut savoir qu'actuellement la start-up affichent "déjà " entre 100 et 200 Qbits physiques, mais elle envisage dÚs 2024, 1000 Qbits !
Il a Ă©tĂ© ensuite Ă©voquĂ© les utilisations concrĂštes de lâinformatique quantique comme chez AstraZeneca sur la prĂ©diction de taux de rĂ©ussite ou encore chez Roche pour lâimagerie mĂ©dicale.
AprĂšs une longue pause bien mĂ©ritĂ©, les confĂ©rences ont abordĂ© les aspects liĂ©s Ă la sĂ©curitĂ©. On a commencĂ© par les technologies quantiques pour sĂ©curiser lâĂ©change de clĂ©s (QKD). Sur ce point la technologie est dĂ©jĂ validĂ©e et garantit une sĂ©curitĂ© quasi-totale (ainsi lâintrication quantique permet de dĂ©terminer si une clĂ© a Ă©tĂ© interceptĂ©e). La seule difficultĂ© consiste Ă construire des rĂ©seaux supportant la transmission dâinformations Quantiques. Orange a ainsi expĂ©rimentĂ© le QKD Ă travers « la lumiĂšre » et son rĂ©seau optique. Sachant quâune fois lâĂ©change de clefs effectuĂ©, la transmission des donnĂ©es utilise des moyens classiques. Un flux vidĂ©o a ainsi Ă©tĂ© mis en place de façon sĂ©curisĂ© en utilisant le QKD entre 2 sites de recherche dâOrange :
Il semble que sur ce point, la France a pris du retard par rapport aux autres pays Européens pour déployer ce type de réseau.
Mais le principal risque est dâordre cryptographique. Avec la puissance du quantique, il sera possible de dĂ©crypter des donnĂ©es en quelques mois, voire semaines, lĂ oĂč aujourdâhui il faudrait plusieurs dizaines dâannĂ©es. Certains « états » pratiquent dĂ©jĂ le Store Now,DecypherLater. Pour contrer ce problĂšme des algorithmes de chiffrement et de signature «post-quantiques» (PQC) ont Ă©tĂ© proposĂ©s par le NIST (National Institute of Standards and Technology). Le problĂšme est que ces algorithmes sont peu nombreux (3) et surtout quâaucun de ces algorithmes nâa encore passĂ© lâĂ©preuve du feu sur un ordinateur quantique⊠Les acteurs de la sĂ©curitĂ© travaillent surtout Ă coupler les algorithmes PQC aux systĂšmes actuels dans une stratĂ©gie dâ« hybridation » pour essayer de maximiser la sĂ©curitĂ© (prĂ©conisation de lâANSSI).
Suite Ă ces Ă©changes sur la sĂ©curitĂ©, une question a Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e sur le quantique en Chine. Un ordinateur quantique, Juizhang, a Ă©tĂ© construit. Ce serveur utilise la lumiĂšre (photons) comme support physique de calcul. La chine sâest notamment « vantĂ©e » en 2020 dâavoir rĂ©alisĂ© un calcul sur un Juizhang (V2) en 200 secondes qui aurait pris plusieurs annĂ©es avec un HPC classique.
Pour finir la journĂ©e, une thĂ©matique a Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e sur lâimpact Ă©nergĂ©tique de lâordinateur quantique. Comme Ă©voquĂ©, les particules impliquĂ©es dans le processus de lâinformatique quantique sont sujettes Ă des erreurs si elles sont exposĂ©es Ă la moindre perturbation de l'environnement. C'est pourquoi les ordinateurs quantiques fonctionnent dans des environnements isolĂ©s et Ă des tempĂ©ratures extrĂȘmement basses. Cela a un impact environnemental mĂȘme si le ratio par rapport Ă un HPC nâest pas comparable.Â
Pasqal, en utilisant des atomes manipulĂ©s par lasers, nâa pas besoin en principe de systĂšme cryogĂ©nique mais il est cependant nĂ©cessaire de refroidir la pompe qui gĂ©nĂšre le vide.
Nous sommes sur le point de passer une nouvelle frontiĂšre. Nous ne savons pas encore quand et par quel moyen lâatteindre mais les « richesses potentielles » seront immenses. Aujourdâhui entraĂźner lâIA sur des modĂšles LLM nĂ©cessite plusieurs mois, avec un ordinateur quantique cela se mesurera en secondes⊠La conquĂȘte vers ce nouveau monde est lancĂ©e, les premiers qui y parviendront, auront la possibilitĂ© de sâimposer durablement.
L'invention du transistor date de 1947 mais celui-ci a Ă©tĂ© imaginĂ© conceptuellement Ă la fin des annĂ©es 20.  Il a fallu attendre le milieu des annĂ©es 70 pour aboutir au dĂ©veloppement industriel des transistors dans les processeurs. Le principe de lâordinateur quantique date du milieu des annĂ©e 80, le premier Qbits est nĂ© au dĂ©but des annĂ©es 2000. En 2020, plusieurs ordinateurs quantiques de 50 Qbits fonctionnent dans le monde. Aujourdâhui le systĂšme de processeurs quantiques Eagle d'IBM affiche une puissance de 127 Qbits. Son prochain processeur quantique, attendu pour la fin de 2023, devrait franchir la barre de 1000 Qbits. Lâaugmentation du nombre de Qbits physiques disponibles pour un calcul, couplĂ© Ă la quĂȘte du Qbit parfait, pourraient bien reprĂ©senter une avancĂ©e dĂ©cisive dans les 5 prochaines annĂ©esâŠ