1968. Jacques Mesrine, l'ennemi numĂ©ro 1 en France, est en cavale au QuĂ©bec. En 1969, l'Homme aux Mille Visages se rĂ©fugie en GaspĂ©sie avec Jeanne Schneider, sa maĂźtresse. Evelyne Le Bouthillier, propriĂ©taire du motel des Trois Soeurs -oĂč les Bonnie and Clyde français ont trouvĂ© refuge- y est retrouvĂ©e morte Ă©tranglĂ©e le 30 juin 1969.
Jacques Mesrine, le célÚbre bandit français, déclaré Ennemi numéro 1 en France au début des années 70 sous Valéry Giscard d'Estaing, a passé une partie de sa cavale au Québec. S'il avait déjà commis de nombreux délits et crimes, il n'était à l'époque recherché "que pour" escroquerie.
Le 6 février 1968, aprÚs avoir échappé aux policiers français, il parvient à s'enfuir au Québec. Réputé pour ses nombreux déguisements et ses fausses identités, l'homme aux mille visages a en effet au cours de sa vie échappé de nombreuses fois à la justice et à la prison (via des évasions spectaculaires).
La Une du France Soir du 10 mai 1978. Deux jours aprÚs l'évasion de Jacques Mesrine du Quartier de Haute Sécurité de la Prison de la Santé. Ce QHS fera pour Mesrine l'objet d'une vengeance terrible contre le gouvernement français. Source: France Soir.
Jacques Mesrines et ses nombreux déguisements. Source: Steve Marchal / Behance.
Si vous voulez en apprendre plus sur les détails de la cavale de Mesrine au Québec, je vous conseille cette vidéo. Si vous voulez en savoir plus sur sa période d'ennemi numéro 1 en France et sa mort, celle-ci. Mais revenons à Percé, car ceci est un blog sur le Québec.
Jacques Mesrine, une fois arrivé au pays avec sa maßtresse Jeanne Schneider, enchaßne les petits boulots en construction et comme chauffeur. Via ce dernier domaine, il commence à travailler à Montréal pour un millionnaire handicapé, Georges Deslauriers.
Georges Deslauriers, millionaire québécois kidnappé par Mesrine. Source.
Mais suite Ă une dispute entre Jeanne Schneider et le jardinier de longue date de la maison, Deslauriers dĂ©cide de les congĂ©dier. Mesrine, comme rĂ©ponse, tente d'enlever le vieil homme contre rançon avec l'aide de Schneider et de Michel Dupont, un français rencontrĂ© sur place. Or, le sĂ©datif administrĂ© ne fait finalement pas effet et Georges Deslauriers parvient Ă s'enfuir de son appartement oĂč il Ă©tait retenu prisonnier, pendant l'absence des trois kidnappeurs.
Ayant ratĂ© leur coup, le couple de malfrats doit vite prendre la route et abandonnent ainsi Michel qui se fait arrĂȘter. Ils dĂ©cident de se rĂ©fugier en GaspĂ©sie, justement, lĂ oĂč on nous avons passĂ© la semaine. Le couple de malfrats pense Ă©chapper Ă la police, qui selon eux, n'aurait jamais l'idĂ©e de venir les chercher Ă PercĂ©, oĂč ils s'arrĂȘteront et marqueront Ă jamais la communautĂ© cĂŽtiĂšre.
Mesrine, suite à ce kidnapping, est entré dans le grand banditisme et a gravé son nom dans les annales de la police québécoise. Il encourt alors une peine de dix ans.
C'est à deux pas de ce beau rocher que se trouve le motel des Trois Soeurs, un établissement tenu par Evelyne Le Bouthillier. Evelyne a 58 ans et elle est célibataire. Elle tient son établissement gaiement, avec la bienveillance typique aux québécois. Pour la saison estivale, Evelyne accueille sa niÚce, IrÚne Bouthillier, qui l'aide pour les diverses tùches dans l'hÎtel.
Les enquĂȘteurs situent la premiĂšre visite du couple Ă l'auberge des Trois Soeurs Ă la Saint Jean-Baptiste, la fĂȘte nationale du QuĂ©bec, qui se tient le 24 juin. Ils louent alors un chalet Ă Evelyne Le Bouthillier, oĂč ils restent quelques jours.
Puis, pour brouiller les pistes des policiers, ils dĂ©cident de se dĂ©placer Ă nouveau. Ils vont Ă Windsor, en Ontario, afin de faire croire aux forces de l'ordre qu'ils veulent s'enfuir aux Ătats-Unis. Mais Mesrine et Schneider louent une voiture et font demi-tour, en passant par MontrĂ©al, pour regagner la GaspĂ©sie.
Jeanne Schneider et Jacques Mesrine. Source: Historiquement Logique.
Le 29 juin aprÚs-midi, ils sont de retour à Percé. Ils veulent retourner se réfugier à l'hÎtel des Trois Soeurs, mais lorsqu'ils téléphonent, ils tombent sur la niÚce de la propriétaire, IrÚne Le Bouthillier. Cette derniÚre étant absente lors du premier séjour du couple, elle ne les avait jamais vus.
Lors de cet appel, ils demandent à quelle heure revient Evelyne, la propriétaire de l'auberge. La jeune fille de 16 ans leur répondit 22h, 22h30, heure à laquelle ils rappelÚrent. IrÚne était dans la cuisine avec Evelyne quand le couple rappela, et partit se coucher pendant l'appel.
Evelyne Le Bouthillier. Source: Historiquement Logique.
Lorsqu'elle est réveillée le lendemain par un client sonnant à l'auberge, IrÚne descend et découvre sa tante étendue sans vie dans le salon. Evelyne Le Bouthillier a été étranglée. Toutes les portes sont fermées à part la porte arriÚre. Un cendrier, un verre, et une tasse sont sur la table du salon. Deux piÚces de vaisselle qui étaient absentes avant son coucher, et qui dénotent la présence de deux individus dans la nuit. On trouvera les empreintes du couple dessus.
Différents témoins ont aperçu Jacques Mesrine et Jeanne Schneider autour de l'hÎtel le 29 juin au soir, la nuit du meurtre. Evelyne Le Bouthillier n'était pas non plus insensible au charme du criminel français, selon les archives du procÚs Mesrine-Schneider.
Le couple s'enfuit aux Etats-Unis car tous les soupçons reposent déjà sur eux. Ils seront finalement expatriés au Québec et jugés à deux reprises: la premiÚre pour le kidnapping de Georges Deslauriers (pour lequel Mesrine prendra 10 ans, Schneider 5 ans), et la deuxiÚme pour le meurtre d'Evelyne Le Bouthillier. Pour ce dernier, ils sont envoyés à la prison de Percé. Ils parviennent à s'en enfuir, mais ils sont récupérés quelques heures plus tard et ré-emprisonnés.
Jeanne Schneider et Jacques Mesrine à leur rappatriation pour le procÚs à Montréal. Source: Gazette de Montréal.
C'est le 18 janvier 1971 que se tient le procĂšs. Il figure encore dans les annales du XXĂšme siĂšcle au QuĂ©bec. Raymond Daoult, l'un des plus grands criminalistes de son Ă©poque, dĂ©fend Mesrine. Cet avocat hors-pair, couplĂ© au comportement habile de Mesrine durant le procĂšs, ainsi qu'Ă la difficultĂ© de tĂ©moigner d'IrĂšne Le Bouthillier en feront un procĂšs difficile Ă gagner pour la partie civile. Il peut ĂȘtre Ă©tudiĂ© ici, avec le tĂ©moignage d'IrĂšne.
Les preuves comme les empreintes ADN ont été déjouées par la défense. Par exemple pour celles-ci, un expert a déclaré qu'elles pouvaient -dans certaines atmosphÚres (comme dans une maison)- rester fraßches plusieurs jours. Le couple étant venu pour la Saint-Jean, la preuve n'était plus recevable. Tant de subterfuges menés par la défense que Mesrine et Schneider furent donc acquittés trois semaines aprÚs le début du procÚs.
Pour les habitants de PercĂ© et du QuĂ©bec, c'est une faute judiciaire. Mesrine, orgueilleux et mĂ©galomane, ne se contente d'ailleurs pas de l'issue du procĂšs. Quelques annĂ©es plus tard, dans un ouvrage posthume intitulĂ© "Coupable d'ĂȘtre Innocent", il clamera encore son innocence et portera ses soupçons sur la niĂšce de l'aubergiste, IrĂšne Le Bouthillier. Une accusation terrible qui traduit son envie de balayer cette rĂ©putation d'assassin crapuleux qui ne lui convient pas.
Il engage à cette fin de publication un journaliste, Gilles Ouellet, qui doit s'occuper des notices et références. Mesrine un jour lui demande de contacter son ancienne maßtresse et complice pour une vérification de date. Jeanne Schneider, qui n'était pas au courant de l'écriture du livre, demande son contenu et crie alors à Ouellet:
" Ne publiez pas ça ! Ne publiez pas ça !"
En larmes, elle poursuit:
"Si vous saviez de quoi Jacques était capable, c'était atroce ce qui s'est passé à Percé !".
Pour le journaliste, il s'agit ici des seuls aveux sur cette affaire, qui finalement n'a jamais trouvé suite. Percé tremble-t-il encore de ce meurtre ? Réponse à ma prochaine visite !
La Une du procĂšs de Montmagny, jugeant Jacques Mesrine et Jeanne Schneider pour le meurtre d'Evelyne Le Bouthillier. Source: Radio Canada.
Et voilà ! Mon pÚre m'envoyait des photographies de son séjour dans l'Auberge des Trois Soeurs, qui existe toujours, lors de sa venue au Québec en 2019. Dans le processus, j'ai appris que cela avait été une planque de Mesrine, et j'ai décidé de faire un billet dessus ! J'espÚre que la lecture vous a plu :-)