LâUniversitĂ© au Moyen-Ăąge
PARTIE 1 : FONCTIONNEMENT ET ORIGINES DES UNIVERSITĂS
Loin dâĂȘtre une nouveautĂ© dans nos sociĂ©tĂ©s contemporaines, les premiĂšres universitĂ©s apparurent au XIII Ăš siĂšcle.  à cette Ă©poque, le mot universitĂ© avait un sens bien diffĂ©rent dâaujourdâhui.  Câest lâĂ©volution Ă travers les siĂšcles qui lui a donnĂ© le sens actuel.
Câest cette Ă©volution que propose ici cet article, tant celle de lâinstitution que celle de ses Ă©tudiants et leur mode de vie.
Pour dĂ©buter, voyons comment est nĂ© ce lieu de haut savoir ; dâoĂč il tient son nom ; comment la fonction de recteur est apparue et qui Ă©tait cet homme au Moyen-Ăąge ; et enfin, ce quâĂ©taient les concepts de facultĂ©,  baccalaurĂ©at et de doctorat.
1.1-   Les origines de lâuniversitĂ©
Au dĂ©part, le mot UniversitĂ© avait le sens de « corporation », dâ « association » et de « confrĂ©rie ».  Son Ă©tymologie est dâorigine latine, câest-Ă -dire « universitas », et il Ă©tait courant dans le langage juridique de lâĂ©poque.  Il sâest fixĂ© par le nom de sa propre chartre : Universitas magistrorum et scolarium[1]. Â
Il y avait deux types dâuniversitĂ© : la premiĂšre forme Ă©tait une fĂ©dĂ©ration dâĂ©coles qui Ă©taient regroupĂ©es et oĂč les maĂźtres exerçaient leur autoritĂ© de façon pleine et entiĂšre â câest la forme qui nous est parvenue.  Lâenseignement se faisait dans des cloĂźtres ou encore dans des salles qui Ă©taient louĂ©es, et les Ă©tudiants suivaient leurs cours assis sur des bottes de foin.
Le second modĂšle constituait un regroupement dâĂ©tudiants â qui reprĂ©sente lâĂ©tymologie « pure » du mot universitĂ© â telle que lâuniversitĂ© de Bologne, oĂč les Ă©tudiants se regroupĂšrent afin dâassurer leur dĂ©fense et recruter des professeurs.
Ă ses dĂ©buts, lâuniversitĂ© est donc uniquement un concept qui induit un sentiment de solidaritĂ© et de sĂ©curitĂ© qui se transforma, au grĂ© du temps, en institution incontournable.
Vers 1208, on fait le projet de regrouper ces Ă©coles, et des lettres pontificales en font mention.  Cependant, cela ne se fit pas sans heurts, puisque des conflits Ă©clatĂšrent en 1212 et 1213 ; puis de nouveau en 1219 Ă 1225.  Afin de faire cesser ces troubles dont le Moyen-Ăąge de Philippe-Auguste nâavait vraiment pas besoin, le Pape GrĂ©goire IX promulgua la Magna Carta ou « Grande Chartre » de lâuniversitĂ© le 13 avril 1231[2].  Cette bulle pontificale â le pendant mĂ©diĂ©val dâun texte lĂ©gislatif actuel qui a foi de Loi â fait la revue des diffĂ©rentes obligations de lâuniversitĂ©, des maĂźtres et des Ă©tudiants qui la composent, dans lâespoir oĂč ces spĂ©cifications feraient baisser la pression dĂ©jĂ inquiĂ©tante pour le Pape qui fait bien sentir ces prĂ©occupations lorsquâil Ă©crit :
    « (âŠ) Câest pourquoi, ayant considĂ©rĂ© attentivement les problĂšmes quâon nous a soumis Ă propos de la discorde nĂ©e Ă lâinstigation du Diable et qui trouble gravement les Ă©tudes, assistĂ©s du Conseil de mes frĂšres, nous avons pensĂ© quâil Ă©tait prĂ©fĂ©rable de les rĂ©soudre par un rĂšglement sage plutĂŽt que par une dĂ©cision judiciaire. »
Dans cette bulle, le Pape dĂ©cide que ce sera le Chancelier de Paris qui reprĂ©sentera lâUniversitĂ© de Paris et ses Ă©tudiants.  Il devra prĂȘter serment devant lâĂvĂȘque et ses maĂźtres lorsque convoquĂ© et il reprĂ©sentera lâinstitution parisienne ainsi que ses Ă©tudiants.  Lâune de ses tĂąche â et non la moindre â sera
« Dâaccorder la licence dâenseignement quâĂ des hommes dignes en fonction du lieu et du moment, selon le statut de la CitĂ© ; lâhonneur et le renom des facultĂ©s et refusera aux indignes ce privilĂšge â toute considĂ©ration de personne ou dâorigine Ă©tant Ă©cartĂ© ».
Les maĂźtres de thĂ©ologie et de dĂ©cret, quant Ă eux, devront prĂȘter serment en public avant de commencer Ă enseigner, et jurer de
« porter fidĂšlement tĂ©moignage sur les choses susdites ». Â
Le chancelier aura aussi pour fonction dâinstiguer une rĂšglementation concernant
« Les mĂ©thodes et horaires des leçons, des discussions sur la tenue souhaitĂ©e ; sur les cĂ©rĂ©monies funĂ©raires ; sur les bacheliers ; sur qui doit donner la leçon ; Ă quelle heure et quels auteurs choisir ; sur la taxation des loyers et lâinterdiction de certaines maisons ; sur le pouvoir de chĂątier comme il le faut ceux qui se rebellent contre ces constitutions ou rĂšglements en les excluant ».
En terminant, le Pape fait mention de lâinterdiction du port des armes pour les Ă©tudiants, ainsi que toute jouissance ou privilĂšges â tant pour les maĂźtres que pour les Ă©tudiants â sans la frĂ©quentation prĂ©alable de lâuniversitĂ©.  La bulle nous dit que :
« (âŠ)  Si quelquâun ose attenter [Ă la rĂšglementation], quâil sache quâil encourra lâindignation du Dieu Tout Puissant et des Bienheureux Pierre et Paul apĂŽtres ».
Afin dâavoir une idĂ©e du dĂ©veloppement des universitĂ©s dans lâOccident chrĂ©tien, voici quelques informations dâintĂ©rĂȘt.
Au XIIIe siĂšcle, seuls quelques centres scolaires sont considĂ©rĂ©s comme universitĂ©s, tels que Bologne[1], Montpelier, Paris[2] et Oxford[3] ainsi que onze autres rĂ©parties principalement en France et en Italie.  Cependant, dĂ©jĂ au dĂ©but du XVI e siĂšcle, une soixantaine parsemaient tout lâOccident chrĂ©tien.  Ces UniversitĂ©s faisaient lâobjet de crĂ©ation volontaires de la part de Princes des villes[4].  Contrairement Ă ce que lâon pourrait croire, malgrĂ© le temps des crises aux XIVĂš et XVĂš siĂšcles qui Ă©quivalut Ă une baisse dĂ©mographique importante, la population estudiantine augmenta considĂ©rablement.  Vers 1400, Ă titre dâexemple, lâUniversitĂ© de Paris comptait 4 000 Ă©tudiants.  Vers 1450, Oxford et Cambridge en Angleterre en comptait respectivement 1 700 et 1 300.
1.2-   Le fonctionnement de lâUniversitĂ©
Câest lâuniversitĂ© de Paris qui se prĂȘte le mieux Ă lâĂ©tude de lâĂ©volution du volet pĂ©dagogique de lâuniversitĂ©. Â
Tout dâabord, lâuniversitĂ© de Paris comptait quatre facultĂ©s : les arts, le droit canon, la mĂ©decine et la thĂ©ologie.  Chacune dâelle Ă©tait dirigĂ©e par les professeurs titulaires et un doyen Ă©tait Ă leur tĂȘte.  MaĂźtres et Ă©tudiants se regroupaient selon leur lieu dâorigine dans des regroupements appelĂ©s⊠ nation.  Il y en avait Ă©galement quatre : la Française ; la Picardie ; la Normande et lâAnglaise.  Câest un procureur qui dirige chaque nation.  Ils assistent le Recteur qui lui, est Ă la tĂȘte uniquement de la facultĂ© des arts, et câest grĂące Ă la popularitĂ© de cette derniĂšre facultĂ© que lâhomme Ă sa tĂȘte sâimposera comme patron de lâuniversitĂ© entiĂšre â comme câest le cas de nos jours.
Ă Oxford, cependant, il nây aura pas de recteur unique.  Ce sera effectivement le travail dâun chancelier qui sera choisi par ses collĂšgues.  à Bologne la situation est un peu diffĂ©rente : les professeurs ne feront pas partie de lâuniversitĂ©, car la corporation ne regroupera que des Ă©tudiants.  Les professeurs, en ce qui les concernent, choisiront plutĂŽt de former le collĂšge des docteurs qui servira de corporation.  Celles-ci sâappuieront sur trois privilĂšges : lâautonomie juridictionnelle â câest-Ă -dire quâelles pourront avoir recours au Pape en cas de conflit â le droit de grĂšve et de sĂ©cession et, pour finir le monopole dâattribution des grades universitaires.
Au Moyen-Ăąge, les universitĂ©s nâĂ©taient pas seulement des Ă©tablissements dâenseignement supĂ©rieurs.  Elles pouvaient, dans certains cas, offrir lâenseignement primaire et secondaire[5] ou encore si elles ne les dispensait pas directement, du moins en Ă©taient-elles responsables.
La durĂ©e de lâenseignement variait dâune facultĂ© Ă lâautre : pour les arts â qui Ă©taient un prĂ©requis pour intĂ©grer les autres facultĂ©s[6] â on y avait accĂšs dĂšs lâĂąge de 14 ans et on y passait six ans.  Deux Ă©tapes parsemaient le cursus : premiĂšrement le baccalaurĂ©at (qui durait deux ans) et deuxiĂšmement le doctorat.
La mĂ©decine et le Droit ne pouvaient ĂȘtre accessibles quâĂ lâĂąge de 20 Ă 25 ans et lâĂ©tudiant qui allait au bout de sa formation pouvait y passer six ans, temps au terme duquel il obtenait une licence ou un doctorat.  La maĂźtrise de la facultĂ© des arts Ă©tait obligatoire pour y accĂ©der.  Quant Ă la thĂ©ologie, elle exigeait de trĂšs longues Ă©tudes : lâĂ©tudiant devait y passer huit ans et ĂȘtre ĂągĂ© au minimum de 35 ans pour y ĂȘtre admis.  Le doctorat de la facultĂ© des arts Ă©tait obligatoire, et la durĂ©e des Ă©tudes Ă©tait de 15 Ă 16 ans.
Pour conclure cette partie, lâuniversitĂ© mĂ©diĂ©vale, nĂ©e Ă priori dâun sentiment de solidaritĂ© commun aux Ă©tudiants est devenue une institution dâenseignement hautement hiĂ©rarchisĂ©e â dans laquelle chacun gardait ses droits â et parrainĂ©e par lâĂglise.  DĂ©jĂ , Ă cette Ă©poque il existait des termes qui de nos jours nous sont encore trĂšs familiers : doctorats, licences, maĂźtrises, recteurs, doyens, etc.  Ces termes datent de plus dâun millĂ©naire et leurs dĂ©finitions nâont presque pas changĂ© au fil du temps. Â
Mais tout ceci nâest quâun aspect de lâuniversitĂ© mĂ©diĂ©vale, câest-Ă -dire les origines et le fonctionnement.  Mais quelles Ă©taient les habitudes de vie et les contraintes que subissaient les Ă©tudiants ?  Câest ce que nous verrons dans cette seconde partie.
PARTIE II : HABITUDES ET CONTRAINTES CHEZ LES ĂTUDIANTS MĂDIĂVAUX
Pour ĂȘtre admis dans une universitĂ© mĂ©diĂ©vale, un Ă©tudiant devait faire des Ă©tudes primaires ; il lui fallait parfois sâexiler et payer des frais dâĂ©tudes.  Peu de changements depuis cette Ă©poque, vous diront les Ă©tudiants actuels.  Cependant, quelques diffĂ©rences existaient avec notre Ă©poque.
Dans cette seconde partie nous verront comment se passait lâinscription des Ă©tudiants ; quels impĂ©ratifs ils devaient assurer et comment se dĂ©roulaient les examens.  Nous ferons Ă©galement un bref portrait du mode de leur mode de vie, et nous essaieront de comprendre qui ils Ă©taient.
Monsieur Jacques VERGER, une sommitĂ© dans lâHistoire mĂ©diĂ©vale, lors dâun colloque auquel nous avons assistĂ©, avait dĂ©fini lâuniversitĂ© comme Ă©tant « un lieu pour acquĂ©rir, au prix dâun travail plutĂŽt technique, une compĂ©tence intellectuelle dans des disciplines prĂ©cises, sanctionnĂ©es par des grades universellement reconnus et permettant dâespĂ©rer, par la suite, de bons emplois ecclĂ©siastiques dâune part, ou civils dâautre part ». Â
En thĂ©orie, les universitĂ©s Ă©taient ouvertes Ă tous.  Cependant â et cela nâa pas changĂ© au grĂ© du temps â lâadmission Ă©tait dĂ©terminĂ©e par plusieurs facteurs : premiĂšrement, les coĂ»ts, puisque les plus pauvres Ă©taient Ă©cartĂ©s, Ă moins dâobtenir certains privilĂšges, comme des bĂ©nĂ©fices ecclĂ©siastiques.  Certains ont mĂȘme dĂ» quitter, puisque nâayant pas pu sâacquitter des droits universitaires.
La plupart des Ă©tudiants Ă©taient issus de la classe moyenne (câest-Ă -dire les grands laboureurs, les marchands dâofficiers, la petite noblesse, etc.) et non de la grande noblesse tel que le vĂ©hicule la croyance populaire.  Celle-ci nâapparĂ»t quâĂ lâĂ©poque Moderne (1453 â 1815) et plus prĂ©cisĂ©ment aux XVIe et XVIIe siĂšcle.
Afin dâĂȘtre autorisĂ© Ă frĂ©quenter lâuniversitĂ©, il fallait que lâĂ©tudiant ait accompli des Ă©tudes primaires, câest-Ă -dire lâapprentissage de la grammaire latine.  Il y avait, selon la RĂšglementation, deux façons dây parvenir : engager un prĂ©cepteur privĂ© ou frĂ©quenter une Ă©cole.  Ce qui par ailleurs nâest pas trĂšs diffĂ©rent de nos jours oĂč un Ă©tudiant peut se faire instruire Ă la maison, en suivant un programme scolaire Ă©bauchĂ© par le MinistĂšre de lâĂducation au QuĂ©bec, mais pouvant aussi ĂȘtre enseignĂ© par un membre de la famille, des parents, ou encore un enseignant privĂ© choisi par ceux-ci ; ou encore il peut frĂ©quenter une Ă©cole reconnue par le MinistĂšre menant Ă lâobtention dâun diplĂŽme dâĂ©tude collĂ©giales (gĂ©nĂ©rales ou professionnelles) qui sera un prĂ©requis pour faire une demande dâadmission dans une universitĂ©.
2.2-   Le choix dâune universitĂ© : comment le dĂ©terminait-on ?
Les Ă©tudiants mĂ©diĂ©vaux, comme câest le cas chez nos contemporains, provenaient donc de milieux scolaires fort disparates et diffĂ©rents.
De façon gĂ©nĂ©rale, le choix dâune universitĂ© nâĂ©tait nullement subordonnĂ© Ă la rĂ©putation de cette derniĂšre.  Souvent, le choix Ă©tait dĂ©terminĂ© par la proximitĂ© gĂ©ographique.  Rappelons ici que nous sommes Ă la fin du Moyen-Ăąge, et cette pĂ©riode a Ă©tĂ© surnommĂ© « le temps des crises »[7] : 1337 dĂ©clenchement de la Guerre de Cent ans entre la France et lâAngleterre ; 1447 la peste noire tua un tiers de la population occidentale ; dans les villes il y avait des rĂ©voltes de mĂ©tiers, telle que la rĂ©volte des Ciompis ou des rĂ©voltes contre la taxation exagĂ©rĂ©e des souverains, tel que la rĂ©volte des paysans Ă Londres de 1381 ; des bandes organisĂ©es autrefois fidĂšle au souverain mais se sentant trahies se sont mises Ă piller, voler, attaquer et tuer â citons la Ste-Vehme en Allemagne ou encore les Templiers en France ; etc.  Il Ă©tait donc hasardeux pour les Ă©tudiants dâentreprendre de longs voyages dans ces conditions.  De plus, en choisissant lâuniversitĂ© la plus proche, on rĂ©duisait Ă©galement les coĂ»ts.
Les princes Ă©taient responsables de lâĂ©tablissement des universitĂ©s dans leurs villes.  Ils assuraient des postes aux graduĂ©s des Ă©tablissements quâils parrainaient.
III- Â Â Â ĂTUDES ET PROGRAMMES ACADĂMIQUES
Tel que nous lâavons vu dans la premiĂšre partie de cet article, certaines Ă©tudes, comme par exemple la thĂ©ologie Ă©taient trĂšs longues.  Mais pourquoi?  Cela sâexplique par le fait que lâĂ©tudiant mĂ©diĂ©val nâavait pas de livres â rappelons que les livres ne sont apparus quâaprĂšs lâimpression de la Bible de Gutenberg (1455) puisquâavant cette date tout Ă©tait Ă©crit Ă la main et câĂ©tait des moines qui retranscrivaient tout â et il devait mĂ©moriser la matiĂšre au fur et Ă mesure quâelle Ă©tait transmise.  Pour ce faire, les cours Ă©taient refaits et refaits et les textes Ă©taient relus ad nauseam.  Trois Ă©tapes Ă©taient nĂ©cessaires dans lâapprentissage : premiĂšrement, la lecture dite ordinaire de la part du professeur tandis que lâĂ©tudiant restait passif en lâĂ©coutant.  Des commentaires Ă©taient Ă©galement passĂ©s afin de sâassurer dâune bonne comprĂ©hension. Cette Ă©tape Ă©tait appelĂ©e lectio et elle se dĂ©veloppait en quaestro.  En second lieu, il y avait la lecture extraordinaire qui Ă©tait faite par lâĂ©tudiant.  Ce dernier analysait profondĂ©ment le texte.  Cette Ă©tape Ă©tait, quant Ă elle, appelĂ©e determinatio.  Suite Ă celle-ci, lâĂ©tudiant cessait dâĂȘtre passif pour prendre une part active dans la leçon.  La troisiĂšme Ă©tape Ă©tait la disputatio ou « dispute » en français qui a lĂ©guĂ© Ă notre Ă©poque le concept dâAteliers dans le cadre de MaĂźtrise ou de doctorats : les Ă©tudiants rĂ©unis dans une mĂȘme salle avec leur enseignant discutent dâun texte donnĂ© alors que ce dernier en Ă©valuent leur comprĂ©hension.
3.1- Â Â Le cursus scolaire
Les matiĂšres enseignĂ©es Ă©taient la thĂ©ologie scholastique, le droit romain et la philosophie aristotĂ©licienne[8].  Les examens Ă©taient trĂšs rĂšglementĂ©s.  Suivons le cheminement dâun Ă©tudiant qui serait diplĂŽmĂ© Ă la FacultĂ© des Arts de lâUniversitĂ© de Paris au XIIIe siĂšcle.  Il y avait plusieurs Ă©tapes.
Le premier examen sâapparentait au determinatio, au terme duquel lâĂ©tudiant devenait bachelier.  Mais avant cela, il y avait deux Ă©tapes prĂ©alables : tout dâabord, lâĂ©tudiant devait soutenir un dĂ©bat avec son professeur â et cela se dĂ©roulait gĂ©nĂ©ralement au mois de dĂ©cembre avant le CarĂȘme.  Ensuite, il devait passer le baccalariandorum pendant lequel il rĂ©pondait aux questions dâun jury constituĂ© de professeurs, afin de prouver quâil connaissait bien les Ă©lĂ©ments appris pendant son cursus scolaire.  Une fois cette Ă©tape passĂ©e, notre Ă©tudiant devait enseigner une sĂ©rie de cours afin de prouver quâil Ă©tait en mesure de poursuivre son cheminement.
Le second examen conduisait au doctorat.  Il incluait plusieurs phases, dont la plus importante consistait en une sĂ©rie de commentaires de textes suivis de rĂ©ponses donnĂ©es devant jury composĂ© de quatre professeurs et prĂ©sidĂ© par un chancelier.  Si lâĂ©tudiant avait passĂ© ceci avec succĂšs, il recevait une licence des mains de ce dernier au cours dâune cĂ©rĂ©monie pendant laquelle il devait donner une confĂ©rence ou collatio[9].  Ce nâest que six mois plus tard quâil devenait enfin docteur, au cours de lâinceptio, câest-Ă -dire une leçon inaugurale suite Ă quoi il recevait les insignes propres Ă son grade.
Pour lâanecdote, la soutenance de thĂšse â maĂźtrise, certes, mais surtout au doctorat â se dĂ©roule encore de cette façon en 2019 dans les universitĂ©s mondiales.
En dĂ©finitive, les Ă©tudiants de lâĂ©poque mĂ©diĂ©vale devaient faire preuve dâun courage exceptionnel pour mener leurs Ă©tudes Ă bien.  Bien entendu, ils jouissaient dâun statut privilĂ©giĂ©, comme par exemple lâexemption dâimpĂŽts et de lâost.  Ils avaient Ă©galement des obligations comme lâinterdiction du port dâarme, le port de vĂȘtements longs ; de la tonsure ; lâusage obligatoire du latin dans toute activitĂ©, etc.  Pour beaucoup, les avantages Ă©taient largement supĂ©rieurs aux dĂ©savantages â surtout en temps de guerre â et certains devenaient Ă©tudiants pour les mauvaises raisons, comme lâon peut sâen douter.  Inutile de dire que leur cursus universitaire, dans bien des cas, Ă©tait plutĂŽt bref car ils en perdaient tout intĂ©rĂȘt.  Soulignons au passage que les vacances estudiantines dĂ©butaient Ă la fin du mois dâaoĂ»t pour se terminer au dĂ©but du mois dâoctobre.
LâuniversitĂ© a Ă©tĂ© un bon moyen pour favoriser une certaine cohĂ©sion au sein des diffĂ©rents mĂ©tiers.  Cependant, elle fut Ă©galement une source de monopoles en faveur du clergĂ©, et certains condamnaient les abus de pouvoir qui en dĂ©coulaient.  On disait que cela favorisait une forte fermeture et des formes diverses de sĂ©grĂ©gation.
LâuniversitĂ©, avec le systĂšme judiciaire (façon de faire des enquĂȘtes, dâinterroger les suspects, de dĂ©couvrir des indices et de faire des procĂšs) et le fonctionnement de lâĂglise catholique romaine sont trois institutions qui nous fut transmis depuis le Moyen-Ăąge et qui sont restĂ©es les mĂȘmes quâil y a plus de 1000 ans.  Ce qui est exceptionnel lorsquâon pense mĂȘme le plus long systĂšme politique ou Ă©conomique nâa jamais durĂ© plus du dixiĂšme de cette durĂ©e.
Aujourdâhui encore, lâuniversitĂ© demeure un pilier de notre sociĂ©tĂ© du XXIe siĂšcle, et son hĂ©ritage, quoique trĂšs biaisĂ©e Ă lâorigine, nous a permis, de façon paradoxale, de nous affranchir de connaissances fantasques soutenues par la religion pour nous permettre vĂ©ritablement dâentrer de plein pied dans un monde empirique soutenu par la science qui nous a permis, entre autre, de conquĂ©rir lâespace ; de vaincre de graves maladies qui au Moyen-Ăąge a dĂ©cimĂ© plusieurs dizaines de millions de personnes ; et surtout, de rendre critique et Ă©largir lâesprit de ceux qui ont frĂ©quentĂ© ou frĂ©quentent actuellement ces institutions de grands savoir scientifique.
Nous nous excusons Ă nos lecteurs, mais nous avons dĂ» faire une sĂ©rieuse entorse Ă nos principes historiographiques scientifiques concernant notre bibliographie.  Nous devons donc une explication Ă nos lecteurs : lorsque nous avons Ă©crit cet article, Ă lâautomne 1997, il nous avait Ă©tĂ© demandĂ© dans le cadre du nouveau site web du dĂ©partement dâHistoire de lâUniversitĂ© du QuĂ©bec Ă MontrĂ©al, alors quâen marge de notre baccalaurĂ©at en Histoire, nous avions commencĂ© un certificat en Ă©tudes mĂ©diĂ©vales.  à lâĂ©poque, notre bibliographie Ă©tait complĂšte et notre article, bourrĂ© de notes infrapaginales.  Toutefois, le temps a passĂ©, beaucoup de nos articles et travaux se sont perdus dans les mĂ©andres temporelles et nous nây avons plus repensé⊠ JusquâĂ ce que par hasard, nous tombions sur cet article qui a disparu du site de lâUQAM depuis bel lurette, mais qui avait survĂ©cu sur un sombre site que nous ne connaissions pas du tout.  Lâarticle y Ă©tait, mais les notes infrapaginales avaient disparues, ainsi que la bibliographie.  NĂ©anmoins, nous avons dĂ©cidĂ© faire des captures dâĂ©cran du site web en question, puis nous avons ensuite tout recopiĂ© en laissant certains bouts tels quâils Ă©taient, mais nous avons Ă©galement réécrit une large part.  Cependant, il nous faudrait refaire des recherches trĂšs importantes pour ĂȘtre en mesure de reconstituer la bibliographie complĂšte ainsi que les notes infrapaginales, ce que nous ne sommes pas en mesure de faire ; dâautant plus que nous nâavons plus accĂšs Ă la bibliothĂšque des sciences humaines de lâUQAM, lĂ oĂč la plupart de nos sources avaient Ă©tĂ© trouvĂ©es.  NĂ©anmoins, nous sommes en mesure de citer quelques sources qui ont Ă©tĂ© utilisĂ©es, mais nous pouvons Ă©galement en avoir oubliĂ© quelques-unes.  Notre rigueur mĂ©thodologique que nous a inculquĂ©e notre formation en Histoire nâest vraiment pas Ă lâaise avec cette entorse, mais en lâoccurrence, ceci est une exception et saura le rester.  Nous invitons les lecteurs Ă partager avec nous toute question ou interrogation inhĂ©rent Ă cet Ă©tat de fait.  Merci de votre comprĂ©hension.
FAVIER, Jean., Dictionnaire de la France médiévale, Paris, Ed. Fayard.
DEMURGER, Alain., Temps de crises, temps dâespoirs XIVe â XVe siĂšcle, Paris, Ed. Seuil « Coll. Points Histoire »,
VERGER, Jacques., Les Universités au Moyen-ùge, Paris, « Coll. PUF », 1973,
VERGER, Jacques., Histoire des Universités, Paris, « Coll. PUF », 1994.
[1] Bologne se trouve en Espagne
[2] Montpelier et Paris se trouvent respectivement dans le sud-Est et dans le Nord-Est de la France.
[3] Oxford se trouve en Grande-Bretagne â quoique ce nom est un anachronisme, car au Moyen-Ăąge, au XIIIĂš siĂšcle, cette ile est appelĂ©e « Angleterre » et compte plusieurs petits et grands royaumes.
[4] En Italie, surtout, les villes formaient des « Ătats » qui possĂ©daient tous les pouvoirs et Ă©taient sous le joug dâhommes puissants (podestats) parfois des Seigneurs et parfois des Ă©vĂȘques ou archevĂȘques.
[5] Bien sûr, nous parlons ici du primaire et du secondaire qui est le cursus scolaire dispensé dans la province de Québec, au Canada, car en Europe, nous parlerions davantage du Cours préparatoire (équivalent de la premiÚre année au Québec) ; de cours élémentaire 1, 2 et 3 (équivalent de la 2e et 3e année primaire au Québec) ; de cours moyen 1 et 2 (4e et 5e année au Québec) ; de CollÚge secondaire 6, 5, 4 et 3 (sixiÚme année primaire et secondaire 1, 2 et 3 au Québec) ; de Lycée 2e, 1re, et terminal (4e, 5e et cours collégial au Québec) .
[6] La popularitĂ© de la facultĂ© des arts et le fait quâelle Ă©tait un prĂ©requis pour ĂȘtre admis dans les autres facultĂ©s explique que de nos jours lorsquâon parle de facultĂ© des arts, cela inclus les sciences humaines, la linguistique, la philosophie, les Ă©tudes religieuses, le travail social, la criminologie, relations internationales, etc.  Ce ne sont donc pas les arts telles quâon se les imagine parfois, câest-Ă -dire dessin, photographie, sculpture, etc.
[7] Alain DEMURGER, Temps de crises , temps dâespoirs XIVe â XVe siĂšcle, Paris, Ed. Seuil « Coll Point Histoire » 1990.
[8] Il sâagit du systĂšme cĂ©leste tel que conceptualisĂ© par le philosophe Aristote : selon ce dernier, les Ă©toiles tournaient autour de la Terre, et dans ce systĂšme, la noirceur Ă©tait un grand linceul gĂ©ant dans lequel il y avait des trous par lesquels on pouvait voir de la lumiĂšre (les Ă©toiles). Le soleil tournait autour des Ă©toiles, et la Terre restait statique.  Câest la croyance quâaura le monde occidental jusquâĂ GallilĂ©e qui rĂ©futera ce systĂšme, le qualifiant de « fantaisiste ».  Mais il faudra attendre lâĂpoque Moderne pour que la science ne vienne briser les croyances aristotĂ©liciennes.
[9] De nos jours, on appelle encore cela la collation des grades.  Autre coutume qui a trouvĂ© son chemin jusquâĂ nous.