La France peut-elle sâinspirer du Japon ?
Vous avez 4h. Vous vous dites dĂ©jĂ Â ânonâ puis âmais sâinspirer de quoi dĂ©jĂ ?â puis âla rĂ©ponse est forcĂ©ment: thĂšse antithĂšse synthĂšseâ. Stop, oubliez tout, fermez les yeux, respirez profondĂ©ment, puis rĂ© ouvrez les pour continuer Ă lire ces quelques mots. Zen.
De retour aprĂšs 3 semaines magiques Ă arpenter un pays associant mĂ©galopoles futuristes et sanctuaires en pleine nature, on ne peut que se demander comment le Japon est restĂ© une beautĂ© cachĂ©e. Et surtout comment les japonais demeurent, Ă lâunanimitĂ©, la population la plus polie et la plus propre de la planĂšte. Aucun papier par terre, une signalisation lĂ©gendaire et un accueil dĂ©bordant de sourires et de signes de respect. La rĂ©ponse est historique: la culture de lâarchipel rĂ©side dans le raffinement et lâharmonie, de la cĂ©rĂ©monie du thĂ© inventĂ©e par les samouraĂŻs pour nĂ©gocier au calme, Ă lâĂ©merveillement national face aux cerisiers en fleurs... Sans parler des enfants japonais qui font eux-mĂȘmes le mĂ©nage dans leurs Ă©coles car ils sont fiers de prendre soin du lieu oĂč ils sâinstruisent. Puisquâon vous disait que câĂ©tait magique !
Aucun pays nâest parfait: lâobsession de traditions, aussi dĂ©licates soient-elles, empĂȘche parfois lâĂ©volution des mentalitĂ©s. Le Japon a des problĂšmes de sociĂ©tĂ© qui Ă©chappent aux touristes. Et pourtant ! Le retour Ă Paris fut violent: aucun sourire de la part du personnel de Roissy CDG puis un chauffeur de taxi qui se plaint des rĂ©formes routiĂšres. Et ce nâĂ©tait rien comparĂ© aux odeurs sur les quais du mĂ©tro, aux bousculades, aux insultes gĂ©nĂ©ralisĂ©es, aux vendeurs qui sont dĂ©sormais tous sur leur tĂ©lĂ©phone portable et enfin, ĂŽ horreur, aux nombreux mĂ©gots et chewing-gums sur les trottoirs. Sans parler des tags. Ne sommes-nous pas dans un pays civilisĂ© ?
Le français est par dĂ©finition rebelle, certes (encore dĂ©solĂ© Marie-Antoinette) mais est-il obligĂ© dâĂȘtre un rĂąleur blasĂ© et surtout un individualiste se croyant supĂ©rieur Ă ses co-citoyens ? 2 rĂ©ponses sâoffrent Ă nous: tout dâabord la citation dâAmma âle bonheur est une dĂ©cisionâ. Et oui chers amis, plus vous rĂąlez, gĂ©nĂ©ralement sans proposer de solutions dâailleurs (un problĂšme majeur face aux gouvernements), plus vous broierez du noir et plus vous serez malheureux. Câest prouvĂ©. Quant Ă lâindividualisme, The Economist rappelait cette semaine les recherches dâAlexis de Tocqueville au XIXĂšme siĂšcle autour des notions de libertĂ© et de dĂ©mocratie. Ce dernier prĂ©voyait les dangers des dĂ©mocraties isolant les citoyens des uns des autres. Finie lâharmonie, fini le collectif et vive lâavĂšnement de lâĂ©gotisme. Il parlait mĂȘme de dĂ©rives populistes... Et bien nous sommes en plein dedans.
Alors pourquoi les français ne pourraient pas ĂȘtre plus japonais ? Et bien parce que nous ne le voulons pas. DĂ©jĂ parce que le Japon est insulaire et nâa presque pas connu dâĂ©migration, ce qui nâest, Dieu merci, pas notre cas. Le premier ministre japonais a prĂ©fĂ©rĂ© investir dans le tourisme, les objectifs dâaffluence en vue des JO de 2020 sont dâailleurs dĂ©jĂ atteints. Ensuite parce que la culture mondiale tend vers la vulgaritĂ©, quâelle vend actuellement comme un affranchissement: rap, refus des rĂšgles, sportswear... MĂȘme le luxe reprend les codes de la rue. Une ouverture, dâaccord, mais un Ă©loignement incontestĂ© de lâĂ©lĂ©gance et des bonnes maniĂšres, paraissant dĂ©modĂ©es. Ces deux derniĂšres nĂ©cessitent un effort, un travail sur soi (demandez aux geishas, elles y consacrent leurs vies dĂšs lâĂąge de 16 ans). Or sâil y a bien une chose que les humains dĂ©testent de plus en plus, soit disant au prix de la libertĂ© et de lâĂ©galitĂ©, câest lâeffort. Ils oublient juste la petite derniĂšre de la trinitĂ©: la fraternitĂ©.Â
Chacun devrait vouloir prendre exemple sur le Japon en retrouvant le goĂ»t de lâeffort pour le bien commun. Soyons fiers de se respecter les uns les autres plutĂŽt que d'en parler avec cynisme. Le cynisme câest facile, câest triste et ça empĂȘche dâagir. Etre poli, souriant, prendre soin des lieux publics, aimer le travail bien fait et trier ses dĂ©chets, ça demande un effort mais ça permet surtout de vivre en sociĂ©tĂ©. Ce nâest pas un hasard si la notion de "sociĂ©tĂ©â vient du latin âsociusâ qui signifie compagnon ou associĂ©. Voyons-y les Hommes mais Ă©galement notre partenaire essentiel: la nature.
Le pays du soleil levant lâa compris depuis des millĂ©naires: seule lâharmonie peut nous sauver. Une Ă©tape vers le Beau avec un grand B ? En tout cas la promesse de retrouvailles avec notre humanitĂ©.










