Arnaud Rebotini, parrain français du Disquaire Day : âle vinyle, objet mĂȘme de la musique popâ
Leader de la formation Black Strobe, gĂ©ant discret de la scĂšne Ă©lectronique française, Arnaud Rebotini recevait enfin sa reconnaissance publique lors des CĂ©sar 2018, dĂ©crochant un des prĂ©cieux trophĂ©es pour la musique du film 120 battements par minute. Rencontre avec un passionnĂ© Ă lâĂ©clectisme affichĂ©, qui parrainera la prochaine Ă©dition du Disquaire Day, le 13 avril prochain
âJe nâai jamais voulu ni rĂ©ussi Ă incarner entiĂšrement un genreâ nous confie Arnaud Rebotini. Et quiconque a dĂ©jĂ aperçu lâĂ©lĂ©gante silhouette du musicien comprend de suite la sincĂ©ritĂ© du propos. Costume tirĂ© Ă quatre Ă©pingles, cheveux gominĂ©s et bijoux de circonstance : Arnaud Rebotini a la dĂ©gaine dâune rockstar, de celles qui ne confondent pas style et caricature. En ce sens, il rappelle forcĂ©ment un peu Nick Cave, figure dâun rock tempĂ©tueux mais jamais disgracieux â une rĂ©fĂ©rence quâil invoque lui-mĂȘme.
Si Arnaud Rebotini en impose, sa musique se rĂ©vĂšle pourtant inclassable en soit, insaisissable, comme il nous lâexpliquait. RemarquĂ© au tout dĂ©but des annĂ©es 2000 avec son projet Zend Avesta (Ă©ditĂ© pour la premiĂšre fois en vinyle pour le Disquaire Day), le natif de Nancy est passĂ© de la techno froide en solitaire aux riffs de guitares sauvages de son projet Black Strobe, avortĂ© pour cause de divergences artistiques. Une carriĂšre qui en dit long, concrĂ©tisĂ©e lâannĂ©e derniĂšre aux CĂ©sar pour la musique de 120 battements par minute, film-choc de Robin Campillo sur les dĂ©buts dâAct Up-Paris et le flĂ©au naissant du VIH.
Une notoriĂ©tĂ© qui attire les convoitises, dont celle du Disquaire Day, grand-messe des amateurs de vinyles, qui se tiendra le 13 avril 2019 partout en France, et dont Arnaud Rebotini vient dâĂȘtre nommĂ© parrain. Un choix qui, au-delĂ du coup de projecteur populaire, coule de source pour cet amoureux du format, participant des prĂ©cĂ©dentes Sessions Unik de FIP aux cĂŽtĂ©s de Rodolphe Burger, et dont la carriĂšre a dĂ©butĂ© en vendant des disques pour le compte de Rough Trade, rĂ©fĂ©rence absolue de la musique indĂ©pendante Ă Paris, aujourdâhui fermĂ©e. âCe magasin a vachement marquĂ© les gensâ conçoit Rebotini, sollicitĂ© encore aujourdâhui lorsque lâenseigne revient squatter ponctuellement un espace, en souvenir du bon vieux temps.
Et si le retour du vinyle pouvait ĂȘtre perçu comme un effet de mode il y a dix ans, sa pĂ©rennitĂ© avĂ©rĂ©e donne toute son ampleur Ă un Ă©vĂ©nement comme le Disquaire Day. De quoi rendre fier le parrain français de cette Ă©dition 2019, qui en achĂšte Ă©videmment encore Ă©normĂ©ment aujourdâhui, avant tout âpar passion.â
âJe pense que câest lâobjet mĂȘme de la musique pop du XXĂšme et du XXIĂšme siĂšcle â au sens populaire du terme. Câest lâobjet par lequel la musique sâest popularisĂ©e, et ça reste son essence. Il y a quelque chose dâun peu vrai, dâun peu palpable, dans un monde qui se dĂ©matĂ©rialise complĂštement. Câest difficile dâexercer son rĂŽle de fan quand on tape un titre sur son smartphone, ou quâon Ă©coute un album en streaming⊠dĂ©crypte-t-il avec finesse. Je pense que les gens aiment ce truc de fan, de lâobjet, de la collection.â
Une collection que ses fans Ă lui pourront gonfler le 13 avril prochain, puisquâArnaud Rebotini mettra Ă disposition deux disques : Organique (2000), son album paru sous le pseudonyme Zend Avesta sur lequel on retrouve notamment Roya Arab (premiĂšre chanteuse dâArchive) et⊠Alain Bashung ! Il publiera Ă©galement, et en avant-premiĂšre, son futur album, Ă©crit et composĂ© Ă lâorigine pour un spectacle de danse intitulĂ© Fix Me, plusieurs semaines avant sa sortie officielle, prĂ©vue pour mai.
Et si vous croisez le producteur, au dĂ©tour dâune rangĂ©e de disques, demandez-lui si son amour du rock va au-delĂ de son look â vous pourrez ĂȘtre surpris de la rĂ©ponse. âCarrĂ©ment ! rĂ©torque-t-il, plein dâallĂ©gresse, quand on se lance. Je nâĂ©coute que ça â parce que la musique Ă©lectronique, sans vouloir ĂȘtre caricatural, ça me rappelle un peu le bureau...â