Quand je pense aux mini monstres d'aujourd'hui...
Journal de mon arrière grand-mère.
Savoir agir par soi-même…
Les enfants, du moins les deux aînés, sont bien gentils et bien débrouillés. Quand on pense qu’ils n’ont que 10 ans et 8 ans ½ et qu’ils m’aident de toutes leurs petites forces, que ce matin encore, ils se sont levés à 6 h, ont fait chacun leur chambre, puis le palier, l’escalier, que tout brillait et était propre et bien rangé, je dois remercier le Bon Dieu de les avoir fait si raisonnables. Nous sommes allés communier à la messe de 8 h, nous sommes retournés à la grand messe à 10 h, et nous attendons les vêpres à 2 h ½. Hervé étudie son piano, Hélène fait de l’allemand, les primes débuts. Je pense d’ailleurs qu’il est bon de leur apprendre, de bonne heure, à agir par eux-mêmes, de leur donner le sentiment de la responsabilité. L’église n’est qu’à 400 mètres. Nous apercevons au dessous de nous les deux clochers. Quand je ne puis les accompagner, ils y vont tout seuls. J'ai longtemps hésité, mais maintenant, je suis sûr d’eux..
Malgré les mœurs nouvelles, je n’aime point à envoyer Hélène seule, mais il faut bien que ses frères lui servent de chevaliers servants et d’escorte. Au Moyen Âge, à 7 ans, un garçon passait aux hommes. C’est surtout dans la vie chrétienne que l’effort personnel, l’initiative et la décision individuelle sont utiles. Au couvent, au collège, on suit le règlement, on est pris dans un cadre, mais une fois livré à soi-même, que donnera-t-on ? Il est bon d’apprendre petit à petit à regarder la vie en face et à marcher sans lisières. Ceux qui ne savent pas s’adapter aux nouvelles conditions de la vie, sont voués à la défaite ; soit qu’ils se figent en des mœurs excellentes en soi, mais désuètes, soit qu’ils lâchent tout à la fois, le périmé et l’éternelle tradition à conserver, s’abandonnent, tombent, déchoient…