« Lâesprit des hommes, une fois dĂ©sĂ©quilibrĂ©, est prĂȘt Ă croire nâimporte quoi. »
Tacite
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« Lâesprit des hommes, une fois dĂ©sĂ©quilibrĂ©, est prĂȘt Ă croire nâimporte quoi. »
Tacite

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"La guerre nâest pas la seule institution sinistre dont lâHumanitĂ© se soit torturĂ©e elle-mĂȘme pendant sa pĂ©riode de civilisation, et lâesclavage est un de ces flĂ©aux qui nous vient immĂ©diatement Ă lâesprit. Toutefois, bien que lâesclavage, les castes, les conflits de classes, lâinjustice Ă©conomique et une foule de symptĂŽmes de lâexpiation du pĂ©chĂ© originel aient jouĂ© leur rĂŽle comme instruments de tourments que lâhomme sâest infligĂ©s Ă lui-mĂȘme, la guerre se dĂ©tache parmi tous les autres comme le principal engin de la dĂ©faite sociale et spirituelle que lâhomme sâest infligĂ©e Ă lui-mĂȘme pendant une pĂ©riode de son histoire quâil commence aujourdâhui Ă apercevoir dans son ensemble."
Arnold J. Toynbee, Guerre et civilisation, trad. Albert Colnat, 1951.
"Autrement dit, lâĂ©conomie primitive tend Ă la fermeture de la communautĂ© sur elle-mĂȘme et lâidĂ©al dâautarcie Ă©conomique en dissimule un autre, dont il est le moyen : lâidĂ©al dâindĂ©pendance politique. En dĂ©cidant de ne dĂ©pendre que dâelle-mĂȘme pour sa production de consommation, la communautĂ© primitive (village, bande, etc.) exclut par lĂ mĂȘme la nĂ©cessitĂ© de relations Ă©conomiques avec les groupes voisins. Ce nâest pas le besoin qui fonde les relations "internationales" dans la sociĂ©tĂ© primitive, laquelle est capable prĂ©cisĂ©ment de satisfaire tous ses besoins sans se voir contrainte de solliciter lâassistance dâautrui : on produit tout (nourriture et instruments) ce dont on a besoin, on est donc en mesure de se passer des autres. En dâautres termes, lâidĂ©al autarcique est un idĂ©al anticommercial."
Pierre Clastres, Archéologie de la violence. La guerre dans les sociétés primitives, 1977.
"Si les masses Ă©taient aussi transparentes, aussi moutonniĂšres, jusquâen leurs derniers atomes, que le prĂ©tend la propagande, il ne faudrait pas plus de policiers quâun berger nâa besoin de chiens pour mener son troupeau. Il nâen est pas ainsi, car des loups se dissimulent au sein de ce moutonnement grisĂątre : câest-Ă -dire des natures qui savent encore ce quâest la libertĂ©. Et ces loups ne sont pas seulement, par eux-mĂȘmes, pleins de force : le danger subsiste quâils communiquent leurs passions Ă la masse, par quelque matin de dĂ©faire, changeant le troupeau en horde furieuse. Tel est le cauchemar des potentats."
Ernst JĂŒnger, TraitĂ© du rebelle, trad. Henri Plard, 1951.
"Le gĂ©nie de la spĂ©culation nâest pas nĂ© en Angleterre : il y a naturellement toujours au des spĂ©culateurs parmi nous, de ceux que la GrĂšce appelait dĂ©jĂ des hommes dâargent. ("Il y aura toujours des pauvres parmi vous", dit lâĂvangile â câest la mĂȘme chose !) Peut-ĂȘtre ces gens-lĂ ont-ils toujours plus ou moins pensĂ© quâils deviendraient un jour les maĂźtres du monde, mais on se mĂ©fiait dâeux, on les tenait en suspicion. Rappelez-vous ce que le Moyen-Ăge pensait de lâusure et de lâusurier⊠Dans lâancienne monarchie, presque tous les grands argentiers, de Jacques CĆur Ă Fouquet, ont mal fini. Mais ces gens-lĂ attendaient peut-ĂȘtre leur heure. Enfin, attendue ou non, leur heure est venue. Lâinvention des machines leur a donnĂ© brusquement, dâun seul coup, lâinstrument qui leur manquait."
Georges Bernanos, La liberté, pour quoi faire ?, 1947.

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"Pourquoi lâhomme ne peut-il se passer de grandeur et dâhonneurs, plutĂŽt que de se perdre lui-mĂȘme corps et Ăąme sous lâaiguillon de lâenvie ? Câest ce qui fut au commencement, comme il est Ă©crit : "Par lâenvie du diable, la mort est entrĂ©e dans le monde." Chaque jour, Ă bien des sujets, ce flĂ©au ne cesse de dĂ©chirer nombre de gens. Ce serpent multiforme et tortueux des dĂ©mons nâarrĂȘte pas de percer les maisons et de renverser les temples de ceux qui cherchent Ă sâĂ©tablir solidement dans la foi du Christ ; toujours il tourne alentour, cherchant ceux et celles quâil pourrait dĂ©vorer."
Dhuoda, Manuel pour mon fils, trad. Bernard de Vregille et Claude Mondésert, IXe siÚcle.
"Ă tout moment, songe avec gravitĂ©, en Romain et en mĂąle, Ă faire ce que tu as en main, avec une stricte et simple dignitĂ©, avec amour, indĂ©pendance et justice, et Ă donner congĂ© Ă toutes les autres pensĂ©es. Tu le leur donneras, si tu accomplis chaque action comme Ă©tant la derniĂšre de ta vie, la tenant Ă lâĂ©cart de toute irrĂ©flexion, de toute aversion passionnĂ©e qui tâarracherait Ă lâempire de la raison, de toute feinte, de tout Ă©goĂŻsme et de tout ressentiment Ă lâĂ©gard du destin. Tu vois combien sont peu nombreux les prĂ©ceptes dont il faut se rendre maĂźtre pour pouvoir vivre dâune vie paisible et passĂ©e dans la crainte des Dieux, car les Dieux ne rĂ©clameront rien de plus Ă qui les observe."
Marc AurĂšle, PensĂ©es pour moi-mĂȘme, trad. Mario Meunier, IIe siĂšcle.
"Il existe une conception dominante de la liberté : ĂȘtre libre, câest pouvoir satisfaire ses prĂ©fĂ©rences. Mais ces prĂ©fĂ©rences elles-mĂȘmes sont soustraites Ă toute analyse rationnelle ; elles sont censĂ©es reflĂ©ter le noyau authentique de notre ĂȘtre, dont la libertĂ© se mesure prĂ©cisĂ©ment Ă lâabsence dâobstacles Ă la satisfaction systĂ©matique desdites prĂ©fĂ©rences. Si notre raison est au service de cette libertĂ©, câest de maniĂšre purement instrumentale ; elle nâest plus que la capacitĂ© dâun individu Ă calculer les meilleurs moyens dâatteindre ses objectifs. Mais, sur la nature de ces objectifs, nous sommes censĂ©s par principe maintenir le silence, par respect pour lâautonomie dudit individu. Dans le cas contraire, nous risquerions de tomber dans le paternalisme. Câest ainsi que lâagnosticisme libĂ©ral quant au contenu de la vie bonne est compatible avec la conception marchande du "choix". Cette derniĂšre fonctionne comme une mĂ©tavaleur sans contenu qui baigne chaque choix concret dans la lumiĂšre flatteuse et vaguement Ă©galitaire de lâautonomie. Cet ensemble de prĂ©misses concernant les notions de libertĂ© et de rationalitĂ© se renforcent mutuellement et fournissent le cadre conceptuel fondamental de la science Ă©conomique et de la "thĂ©orie libĂ©rale" en science politique. Sa cohĂ©rence est tout Ă fait merveilleuse, elle a mĂȘme une certaine beautĂ©. Mais, si nous examinons la vie contemporaine, il est difficile de ne pas remarquer que ce catĂ©chisme ne dĂ©crit pas trĂšs bien notre condition, en particulier lâidĂ©e que nos prĂ©fĂ©rences seraient lâexpression spontanĂ©e de notre moi authentique. Nous savons en rĂ©alitĂ© que ces prĂ©fĂ©rences font lâobjet dâune ingĂ©nierie sociale mise en Ćuvre non pas par une bureaucratie Ă©tatique, mais par des entreprises privĂ©es dotĂ©es de ressources financiĂšres hallucinantes et capables de traiter des masses Ă©normes de donnĂ©es. Continuer Ă prĂ©tendre que nos prĂ©fĂ©rences expriment la souverainetĂ© de notre moi et seraient donc par lĂ mĂȘme sacro-saintes â et inaccessibles Ă lâanalyse rationnelle â relĂšve de la politique de lâautruche. La conception rĂ©solument individualiste de la libertĂ© et de la rationalitĂ© que nous avons hĂ©ritĂ©e de la tradition libĂ©rale dĂ©sarme les facultĂ©s critiques indispensables pour rĂ©sister aux pressions sociales Ă grande Ă©chelle auxquelles nous sommes aujourdâhui confrontĂ©s."
Matthew Crawford, Contact. Pourquoi nous avons perdu le monde, et comment le retrouver, trad. Marc Saint-Upéry et Christophe Jaquet, 2016.
"Lâirritant, dans ce spectacle, est la conjonction dâun relief si mĂ©diocre avec un pouvoir fonctionnel tellement Ă©norme. VoilĂ les hommes devant qui tremblent des millions dâautres, dont les dĂ©cisions tiennent sous leur dĂ©pendance des millions dâĂȘtres. Et pourtant ce sont les mĂȘmes, il faut bien lâavouer, que lâesprit de notre Ă©poque a dĂ©signĂ©s dâun doigt infaillible, pour autant que lâon veuille envisager lâun de ses aspects possibles : celui dâun robuste entrepreneur de dĂ©molition. Toutes ces expropriations, dĂ©valuations, caporalisations, liquidations, rationalisations, socialisations, Ă©lectrifications, remaniements du cadastre, rĂ©partitions et pulvĂ©risations ne supposent ni culture ni caractĂšre, car lâune et lâautre portent plutĂŽt prĂ©judice Ă lâautomatisme."
Ernst JĂŒnger, TraitĂ© du rebelle, trad. Henri Plard, 1951.
"Fais attention aux artistes fainĂ©ants ils sont lĂ©gion, aux commentateurs gratuits. De ce cĂŽtĂ© la brutalitĂ© est de rĂšgle absolue, il faut Ă©craser les frelons, impĂ©rieusement â les imposteurs, les baise-toujours du compliment. Lâartiste nâa que faire de ces fadasseries, de ces veuleries commerciales, qui flĂ©trissent et avilissent les mieux douĂ©s. Tout doit ĂȘtre brutal, le crĂ©ateur nâa que faire de lâopinion des hommes, il doit agir sur la matiĂšre brute, sur les choses, pas sur les hommes. Il doit avant tout les mĂ©priser â pour ce quâils sont, des chiens voluptueux, braillards et avides."
Louis-Ferdinand Céline, « Lettre à Lucienne Delforge », août 1935.

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"De nos jours, et sous lâeffet principal des coups de butoir incessants de lâEurope nĂ©olibĂ©rale, cette notion dâ"Ătat de droit" en est progressivement venue, tout au contraire, Ă dĂ©signer avant tout le pouvoir toujours plus illimitĂ© que sâoctroient les "juges" modernes [âŠ] de dĂ©cider en permanence Ă la place du peuple et en son nom de ce quâaurait dĂ» ĂȘtre la "vĂ©ritable" volontĂ© de ce dernier sâil nâĂ©tait pas, hĂ©las, constamment aveuglĂ© par ses dĂ©plorables penchants "populistes"."
Jean-Claude Michéa, Conversations américaines. Entretiens avec Michael C. Behrent, 2025.
"Dans lâhistoire rĂ©cente de lâOccident, les guerres se sont succĂ©dĂ© avec un degrĂ© croissant dâintensitĂ© et dĂšs aujourdâhui il est manifeste que la guerre de 1939-1945 ne constitue pas le point culminant de ce mouvement ascendant. Si la sĂ©rie se poursuit, la progression sera indubitablement portĂ©e Ă des degrĂ©s toujours plus Ă©levĂ©s, jusquâĂ ce que ce processus dâintensification des horreurs de la guerre se termine un jour par lâautodestruction de la sociĂ©tĂ©."
Arnold J. Toynbee, Guerre et civilisation, trad. Albert Colnat, 1951.
"Mais que peut-on pour les hommes ? Rien. Exactement Rien. Ce serait fait depuis longtemps sâils avaient autre chose en eux que du meurtre. Au fond rien ne les a jamais empĂȘchĂ©s de devenir meilleurs⊠Rien. Il nây a que des alibis de mauvaise foi â des ergotages de gonzessesâŠ"
Louis-Ferdinand Céline, « Lettre à EugÚne Dabit », septembre 1935.
"Est-ce que cela te paraĂźt ĂȘtre le propre dâun homme qui est philosophe que de prendre au sĂ©rieux ce quâon appelle les plaisirs, lâespĂšce de plaisir que lâon prend, par exemple, Ă la nourriture et Ă la boisson ? Pas du tout, Socrate, dit Simmias. Et aux plaisirs charnels ? Non plus. Et tous les autres soins que lâon donne au corps ? Crois-tu quâun homme de ce genre leur accorde quelque importance ?"
Platon, Phédon, trad. Monique Dixsaut, 385 av. J.-C.
"un peuple immense, mais si prodigieusement imbĂ©cile quâon peut lui casser les dents Ă coups de maillet et lâĂ©masculer avec des tenailles de forgeur de fer, avant quâil sâaperçoive seulement quâil a des maĂźtres, - les Ă©pouvantables maĂźtres quâil tolĂšre et quâil sâest choisis."
Léon Bloy, Belluaires et Porchers, 1905.

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Quand je pense aux mini monstres d'aujourd'hui...
Journal de mon arriĂšre grand-mĂšre.
Savoir agir par soi-mĂȘmeâŠ
Les enfants, du moins les deux aĂźnĂ©s, sont bien gentils et bien dĂ©brouillĂ©s. Quand on pense quâils nâont que 10 ans et 8 ans œ et quâils mâaident de toutes leurs petites forces, que ce matin encore, ils se sont levĂ©s Ă 6 h, ont fait chacun leur chambre, puis le palier, lâescalier, que tout brillait et Ă©tait propre et bien rangĂ©, je dois remercier le Bon Dieu de les avoir fait si raisonnables. Nous sommes allĂ©s communier Ă la messe de 8 h, nous sommes retournĂ©s Ă la grand messe Ă 10 h, et nous attendons les vĂȘpres Ă 2 h œ. HervĂ© Ă©tudie son piano, HĂ©lĂšne fait de lâallemand, les primes dĂ©buts. Je pense dâailleurs quâil est bon de leur apprendre, de bonne heure, Ă agir par eux-mĂȘmes, de leur donner le sentiment de la responsabilitĂ©. LâĂ©glise nâest quâĂ 400 mĂštres. Nous apercevons au dessous de nous les deux clochers. Quand je ne puis les accompagner, ils y vont tout seuls. J'ai longtemps hĂ©sitĂ©, mais maintenant, je suis sĂ»r dâeux..
MalgrĂ© les mĆurs nouvelles, je nâaime point Ă envoyer HĂ©lĂšne seule, mais il faut bien que ses frĂšres lui servent de chevaliers servants et dâescorte. Au Moyen Ăge, Ă 7 ans, un garçon passait aux hommes. Câest surtout dans la vie chrĂ©tienne que lâeffort personnel, lâinitiative et la dĂ©cision individuelle sont utiles. Au couvent, au collĂšge, on suit le rĂšglement, on est pris dans un cadre, mais une fois livrĂ© Ă soi-mĂȘme, que donnera-t-on ? Il est bon dâapprendre petit Ă petit Ă regarder la vie en face et Ă marcher sans lisiĂšres. Ceux qui ne savent pas sâadapter aux nouvelles conditions de la vie, sont vouĂ©s Ă la dĂ©faite ; soit quâils se figent en des mĆurs excellentes en soi, mais dĂ©suĂštes, soit quâils lĂąchent tout Ă la fois, le pĂ©rimĂ© et lâĂ©ternelle tradition Ă conserver, sâabandonnent, tombent, dĂ©choientâŠ
"Tout homme qui possÚde au-delà de ce qui est indispensable à sa vie matérielle et spirituelle est un millionnaire, par conséquent un débiteur de ceux qui ne possÚdent rien."
Léon Bloy, Le Sang du Pauvre, 1909.