"En effet, pour que deux êtres puissent n’en faire qu’un, il faut que l’un se comporte comme patient et l’autre comme agent : pour que l’œil puisse percevoir les images qui sont sur ce mur, ou tout autre objet, il doit n’avoir en lui aucune autre image. N’eût-il même qu’une image d’une couleur quelconque, jamais il ne pourrait en percevoir d’autre, de même l’oreille qui est pleine d’un bruit ne peut en percevoir un autre. Ainsi donc tout ce qui doit recevoir, doit être pur, net et vide. C’est pourquoi saint Augustin nous dit :"Vide-toi pour que tu puisses être rempli ; sors afin de pouvoir entrer" ; et ailleurs :"O toi, âme noble, noble créature, pourquoi cherches-tu en dehors de toi ce qui est en toi, tout entier de la façon la plus vraie et la plus manifeste ? et puisque tu participes à la nature divine, que t’importent les créatures et qu’as-tu donc à faire avec elles ?" Si l’homme préparait ainsi la place, le fond, Dieu, sans aucun doute, serait obligé de le remplir et, certes, complètement ; sinon le ciel romprait plutôt pour remplir le vide, ce serait contraire à sa nature, à sa justice. C’est pourquoi tu dois te taire : alors le Verbe de cette naissance pourra être prononcé en toi et tu pourras l’entendre ; mais sois bien sûr que si tu veux parler, lui doit se taire. On ne peut mieux servir le Verbe qu’en se taisant et en écoutant. Si donc tu sors complètement de toi-même, Dieu entrera tout entier ; autant tu sors, autant il entre, ni plus ni moins."
Jean Tauler, Sermons, trad. E. Hugueny, G. Théry, M.A.L. Corin, XIVe siècle.











