"CâĂ©tait lĂ le problĂšme antique des genres de vie ; outre la "vie de plaisir", gĂ©nĂ©ralement honnie comme bien on pense, il Ă©tait classique de distinguer la vie active (on entendait par lĂ la participation aux affaire publiques) et la vie contemplative. Les stoĂŻciens, eux, niaient ce faux dilemme ; il existe un type dâexistence plus gĂ©nĂ©ral, disaient-ils, Ă savoir la vie raisonnable : la raison dira quand on doit et peut agir et quand il vaut mieux contempler (câest-Ă -dire Ă©tudier, enseigner, se replier sur sa vie intĂ©rieure, prĂȘcher dâexemple) ; quiconque agit raisonnablement progressera toujours (lâexercice de la raison Ă©tant un entraĂźnement, une "ascĂšse"), quâil reste au milieu de ses livres ou de ses mĂ©ditations ou quâil conseille le prince. Au surplus, on ne peut agir sans rĂ©flĂ©chir, sans contempler, et on ne peut contempler sans agir sur les autres hommes par ses Ă©crits ou son exemple, ajoutera SĂ©nĂšque dans lâOisivetĂ©, VII ; nous reconnaissons le "thĂ©orĂšme de Chrysippe"."
Paul Veyne, introduction Ă SĂ©nĂšque, La Vie heureuse, in Entretiens. Lettres Ă Lucilius, Paris, Ăditions Robert Laffont, coll. Bouquins, 1994.