Louise Bourgeois

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Louise Bourgeois

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Il y a quelques semaines, je me suis retrouvée à faire les pharmacies. C'était un défi plus qu'une nécessité. J'ai regardé les voitures dans leurs triangles, je me suis souvenu de mes journées à m'envoyer dans le décor avec les friandises remboursées par la sécu qui traînent dans les pharmacies. Chez R. La porte de la pharmacie est un miroir, comme c'est souvent le cas. Alors je dois effacer mes traces, je me prends pour une espionne de la Stasi. Il y a de la codéine, du tramadol, des lamaline. Le starter pack des gens ayant développé des hernies discales ou lumbago chronique. Les opioïdes me donnent la gerbe et sont incompatibles avec le prozac que je prends chaque jour.
Chez ma mère, je picore des quarts de Lexomil, je me persuade que ça passe inaperçu, je me crois plus maline que les autres.
J'ai donné un lamaline et du tramadol à I. Qui avait mal au dos. J'étais contente de moi et pour elle.
Ça m'a rappelé des souvenirs plus ou moins vivaces. Ce sont surtout les sensations qui m'ont pincé les nerfs, j'ai ressenti la gêne de la clandestinité. Pourtant, ce n'était rien d'autre qu'un pas de côté, je n'ai rien pris pour moi.
Enfin, il y a les Lexomil. Je n'ai pas envie d'y penser maintenant. C'est pas comme si j'étais en relapse.
Aujourd'hui, le comportement qui me pose problème et celui que j'entretiens avec la bouffe. C'est la cata. J'y reviendrai...
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Passer de l'extinction à la flamboyance
Les émotions glamour
Les dents blanches du rire cascade
Le hors-piste dans la poudreuse en plein juin
Les jours qui raccourcissent
Les larmes asséchées
Soleil dans la gueule
L'addiction au bruit blanc
Au regard chirurgical porté sur le passé fantasmé
La main de Zelda qui se réchauffe dans la mienne
Addiction aux cinq minutes d'euphorie qui suivent la fin d'une journée de travail
Addiction à l'odeur de brioche de ton épaule qui dort encore
Avoir 17 ans tous les week-end et 82 ans du lundi au vendredi
Réparer l'adolescence
Insouciance contrôlée, sébum incontrôlable, caprice, tournée de shot, zelda breath of the wild, mario kart sans permis, nuits blanches VS idées noires , tonton du bled, dinosaur jr.
Addiction aux mirages, aux virages
La tête dans le cirage
Rodiola Rosea
Griffonia
Lamotrigine 100
Atarax
Eau du robinet
Pichet de rosé
Plus c'est froid mieux ça passe
Charbon végétal activé
Carbo 1000
Café Malongo posologie lourde
Mise en garde spéciale
Ne se substitue pas à une alimentation équilibrée
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Shine bright like a Diamond
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Benzodiazepine
De 2009 à 2012 je vis engourdie, je suis la prisonnière d'une lourde brume qui ne se lève que très rarement.
Je consulte un psychiatre qui me délivre des ordonnances sans réticence. Je ne sais pas s'il s'agit de complaisance ou si, tout simplement, il est à la masse.
En tout cas il me croit quand je lui dis avoir perdu une boîte, ou une ordonnance. Il me croit quand je lui soutiens que non, non, c'était pas telle molécule mais plutôt telle autre. Il signe, je stocke.
J'arrive à faire mon cinéma auprès de la généraliste qui me file elle aussi tout un tas de d'anti-douleurs et de myorelaxants...
Je deviens rapidement accro aux benzo alors que dans le même temps je me félicite de ne plus prendre aucune drogue de synthèse. On me félicite aussi, quel courage, quelle détermination.
On vit dans un monde où tu peux être bourrée tous les trois jours et stone H24, tu seras toujours héroïque parce que tu t'es sortie des drogues illégales qui impliquent des relations avec des dealer et entretiennent une économie parallèle dont la plupart des gens ne sait rien.
Je fume des joints quotidiennement mais ça, ça passe encore aux yeux des autres. Les pratiques sur lesquelles on bloque c'est, par exemple, fumer le matin.
À l'époque je partage ma vie avec une personne qui me dit souvent qu'elle n'aurait jamais pu m'aimer si j'avais encore pris de la drogue.
La vérité c'est que je n'ai jamais été aussi défoncée qu'à ce moment là avec une bonne dizaine de comprimés de benzo (lysanxia / valium / veratran / xanax, tetrazepam) et mes 3 prozac dans le sang chaque jour.
De cette période je me suis réveillée avec la bouche pâteuse et le cerveau ankylosé comme après une sieste qui aurait duré des années. Quand j'ai arrêté d'en prendre je me suis confrontée au sevrage le plus pénible de tout ceux que j'ai fait. C'était l'horreur.
QUATRE.
Il fait 30 degrés et un vent genre sirocco joue avec mes cheveux. Mais c'est pas de la minauderie, c'est agressif, ça me saoule.
L'attente m'oblige à faire des tours dans le quartier, il fait jour, j'erre, j'ai l'air chelou, je m'en aperçois parce que déjà la dernière fois il m'a fait le coup des 20 minutes max qui se sont transformées en 1h à faire genre sur la place du marché. Je psychote, j'imagine les gens sur leurs balcons qui se disent regarde la meuf qui traîne. Bien sûr que je traîne.
Je me dis que je vais le défoncer, lui dire t'as cru quoi ? Pour qui tu te prends ? Pour qui tu me prends ?
Mais quand je reçois le sms qui me dit qu'il est là, je me fais pas prier, j'y vais.
Me faire klaxonner par un connard en chemisette hawaienne qui m'a fait poireauter une heure c'est du déjà vu, déjà vécu. Je suis plus assez crevarde pour vivre des trucs comme ça. Je me rends compte de ça après avoir passé un moment place du marché à attendre un dealer qui se pointe avec un stagiaire, qui me jette un pochon contre des billets mouillés de la haine que j'ai eu le temps de bien regarder monter, plantée là, au milieu d'un vent chaud insupportable.
Le problème n'est pas de savoir pour qui il me prend mais pour qui je me prends.
Pourquoi je me laisse traiter comme ça.
J'ai effacé le numéro. Deux semaines plus tard je l'ai cherché à nouveau, je l'ai trouvé, j'ai acheté 2 grammes.
On est peu de chose

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Trois
V. prépare son pilulier et trouve un morceau d'ecsta. Comme un petit gravier bleu. On décide de le prendre avec J. V. se prive pour nous, on va pas se mettre à trois sur un dem d'ecsta quoi. Ça m'aurait pas dérangé.
Je n'ai aucune idée de l'effet escompté, je sais jamais trop pourquoi je fais ce genre de truc, l'envie de m'oublier prime sur tout le reste.
Il le broie dans un verre, on ajoute de l'eau et du sirop, on est comme des sales gosses, on glousse, on est content d'être cons.
Il partage équitablement, les gens qui aiment la drogue partagent la même peur d'être lésé, de manquer. À défaut d'avoir le contrôle sur nos cerveaux on aime l'avoir sur le produit.
Tu veux lequel ?
Comme tu veux
Tiens
Je bois et il ajoute : t'as vu ? Je t'ai donné le plus rempli. Je dis merci.
On part ensuite dans le potager, le soleil couchant rend tout merveilleux. On ramasse les oignons, on cueille les framboises et je leur dis qu'ils ont de la chance d'avoir un si beau jardin. Mais on sait tous les trois que la chance n'a rien à voir là dedans, que c'est du travail, beaucoup de travail.
Les chats rôdent dans nos jambes, j'ai envie de me dire que c'est par amour mais V. confirme qu'ils ont faim. Que c'est pour ça qu'ils nous collent au cul.
Je ressens le besoin urgent de boire un grand verre d'eau. Les 30 mètres qui me séparent de la terrasse me donnent l'occasion de sentir les effets du breuvage bleu électrique bu il y a moins d'une heure. Je me sens flotter derrière mon corps qui marche plus vite que moi. C'est comme si tout devenait plus confortable. Je me sens détachée de tout, je bois à la bouteille l'eau de la source et j'ai l'impression d'être traversée par un torrent de fraîcheur.
Quand je reviens vers le potager, je mange une framboise, je regarde les yeux de J. pour m'assurer de ne pas être seule à avoir quitté la terre. Les sensations prennent de l'importance, je me prends une grosse claque. La montée que personne n'aimerait faire à vélo.
Je suis surprise. Au début des années 2000 je prenais parfois 5 ecsta en une soirée. Nous venons d'en partager un demi qui m'a salement perchée.
Rapidement je sais plus quoi faire de ma défonce. On a maté des clips de Cardi B, Iggy Azeala, Azealia Banks, Lady Gaga et Aya Nakamura en dansant comme des pétasses.
Il est encore tôt quand je monte me coucher en pensant que c'est ce dont j'ai besoin. Allongée sur le lit je souffre de la chaleur mais mon corps est parfaitement heureux. Peu à peu les bails sombres prennent toute la place. Je pense à ma famille, je nourris ma culpabilité, je pense à tout ce que je fais de mal, que je ne fais pas parce que j'ai peur, ce qui me donne des regrets, des remords... mes pensées pourrissent mais mon corps flotte dans une étrange félicité. C'est terrible de se sentir si mal quand on est finalement si bien. Comme peter pan qui souhaite s'envoler, je cherche la pensée magique qui me permettrait de fuir mon cerveau à la verticale. Je voudrais être tout le monde sauf moi, avec tout le monde mais plus avec moi.
Séance // 1
Je mets du temps à lui raconter mon samedi soir parce que j'appréhende la réception. Je n'arrive pas à être à l'aise sur le sujet.
J'ai bien de la peine à lui dire que j'ai passé mon samedi soir à prendre 1/2 g de cocaïne en lisant, en écoutant france musique, en me sentant heureuse.
- Vous avez bu de alcool ?
- non, j'ai bu de la tisane. De la nuit tranquille
- et votre nuit a été tranquille ?
- oui, je me suis réveillée comme une fleur sur les coups de 7h. J'ai cuisiné, j'ai profité de mon dimanche pour faire tout ce que j'avais à faire. Je me suis vue fonctionner comme ça ne m'étais pas arrivé depuis longtemps.
- vous vous êtes fait une soirée dégustation en fait ?
- voilà.. Je vois que vous me jugez
- non, vous vous jugez et vous passez par moi pour le faire. Ça s'appelle un transfert.
- ce que je juge, je crois, c'est le fait de ne tirer aucune culpabilité de tout ça...
- vous vous en voulez de ne pas vous en vouloir ?
- Un peu...
Silence pendant lequel il regarde ailleurs.
- En fait j'en suis à un usage doux de la drogue dure je crois.
- qu'est ce que vous associez à la douceur ?
- le fait d'être seule, de boire de l'eau, de ne pas fumer 2 paquets de clopes, ne pas boire des hectolitres d'alcool en tout genre, des shots improbables. De ne pas me montrer déchirée. Ne pas vivre de lendemains difficiles...
- On s'arrête là ?
- ça marche.
Il se lève et se rassied. Il ajoute, la cocaïne accroche très vite, c'est ce qu'il faut garder en tête. Très très vite. Mais vraiment, ne prenez pas d'ecstasy ou de MDMA. Ça vous rince toute la sérotonine que vous passez du temps à essayer de sécréter. C'est ce qu'on fait ensemble et ce qu'on fait avec le traitement.
Je suis pas flic, je suis médecin, c'est depuis cette place que je vous parle. Ça ne peut pas aller bien pour vous avec ce type de produit.
C'est pire que l'alcool. C'est plus depressiogène encore.
- Je sais.
Deux
Je liste ici les différents produits auxquels j'ai été addict par ordre chronologique.
- nautamine / mercalme (dès l'enfance j'ai compris que ces médicaments contre le mal des transports m'envoyaient en l'air et j'ai commencé à en prendre hors contexte pour passer le temps)
- tetrazepam / myolastan (mon père a connu d'importants problèmes de dos pendant mon enfance et il était complètement dans le gaz quand il prenait ces molécules. Je me suis mise à prendre tout ce qui était conditionné dans des boîtes comportant le pictogramme prévenant qu'il ne fallait pas conduire sans avis médical).
- alcool dès la cinquième. Binge drinking.
- shit / herbe à partir de la seconde en grande quantité, du réveil au coucher. Début de trafic et petite délinquance pour assurer ma consommation. J'ai fumé de manière quasi quotidienne de 15 à 35 ans. J'ai arrêté spontanément. Je ne me l'explique pas. Je crois que j'ai été choquée de me dire que ça faisait 20 piges que je fumais.
- Au lycée j'avais toujours une boîte sur moi contenant des pilules glanées à droite à gauche chez moi, mes grand parents, les parents d'amis, les voisins... Partout où je pouvais avoir accès à une pharmacie. Elles étaient conservées sans conditionnement, je les prenais indifféremment me mettant parfois dans des états nauséeux / vaseux que je ne pouvais pas justifier. Parfois je dégueulais partout. J'ai eu de la chance de ne pas faire de mauvais mélange. La chance aussi d'avoir toujours été lourde et d'avoir pu compter sur un corps solide.
- À 17 ans j'ai découvert de nouvelles drogues : LSD, ecstasy. J'ai commencé à en prendre dès que l'occasion se présentait. Dans la foulée j'ai découvert la cocaïne mais son prix l'a tenue éloignée de moi à cette époque. Je prenais aussi des substituts comme la methadone. J'ai fréquenté des personnes peu recommandables pour la drogue. J'ai utilisé mon corps et sa fraîcheur pour assurer ma conso.
- depuis le collège je n'ai jamais vraiment arrêté de boire de l'alcool. Au lycée j'avais souvent l'occasion de me la coller le mercredi après midi. Un bar proposait des verres de blancs au sirop ppur 5 balles. Je claquais facilement 50 balles et je rentrais pétée à l'internat. Parfois, le soir, on buvait une bouteille chacune, moi j'étais plutôt whiskey. Je gérais des journées de gueule de bois en suivant mes cours. Je devais dauber l'alcool mais on ne m'a jamais rien dit.
- J'ai eu une période de consommation d'Artane, des médicaments contre les symptômes de la maladie de parkinson. Je prenais ça avec de la codéine en sirop ou en comprimé.
- ça m'a fait vraiment vrillé, j'ai enchaîné les accidents psy, les tentatives de suicide et bouffées délirantes.
- Vers 22 ans j'ai arrêté se sortir, je fumais des joints, des clopes. Je prenais une cuite de temps en temps. Au quotidien je m'enquillais des quantités dingues de benzo sous ordonnances délivrées par un psy complaisant et gâteux qui ne se rappelait pas de ce qu'il me refilait. Je prenais des valium, des lysanxia, des xanax, du veratran, des valiums. Le tout ajouté à un traitement anti dépresseur (prozac 20 mg 3x par jour). À cette époque je me pensais sortie d'affaire concernant les drogues. N'importe quoi.
- vers la trentaine j'ai recommencé à prendre de la MDMA, des ecsta et de la cocaïne. J'avais un salaire. J'en prenais la plupart du temps seule. La md et les ecsta me mettent vraiment mal. Ça vide le stock de sérotonine et plonge dans une profonde dépression. Il faut du temps pour se refaire. Je suis passé par des grandes phases suicidaires et des crises aiguës de paranoïa à cause de ces produits.
En 2019, je consomme des drogues à peu près une fois par mois mais le rythme est plus soutenu l'été. De moins en moins d'alcool, le premier verre est le pire, des3que je sans l'ivresse je pars complètement en vrille et je ne m'arrête plus. L'alcool est le pire des produits pour moi car c'est le plus accessible et celui qui appelle tous les autres.
Je ne me fais plus prescrire de benzo depuis 2017. Le sevrage a été horrible, j'ai cru crever d'angoisse. Avant d'arrêter (avec l'aide de mon psy) j'étais à 8 quarts de lexo par jour, soit deux barres.
Je fouille encore les pharmacies et je ne peux pas avoir de médicaments psychotropes à la maison sans les taper. Je sais que je suis toujours dépendante parce que je ne sais pas dire non.
Mes addictions sont accompagnées de troubles du comportement alimentaire (apparus très jeune, avant 10 ans) dont je parlerai dans un prochain post.
Si je me mets à écrire sur le sujet c'est pour sortir d'une forme de clandestinité. Surtout en ce qui concerne la bouffe. C'est la honte de se vomir, vraiment.
Un
Au début du mois d'avril je récupère le numéro d'un dealer qui livre la came en bas de chez moi. Habituellement j'ai toujours eu des plans par intermédiaire. C'est une galère de devoir passer par quelqu'un. Ça donne une idée précise de ta consommation à la personne en question et puis ça oblige à la voir, bidouiller une interaction pas trop dégueulasse alors que t'as envie de sentir ton pochon te bruler les doigts, de sentir que ton sang bat dans la poche qui le contient.
Là, plus d'intermédiaire. Un mec rapide et efficace qui t'appelle par ton prénom. Amuse toi bien, à plus.
C'est beaucoup trop facile.
Alors j'ai appelé, j'ai tapé seule. En couple. En groupe. Dans un contexte festif ou pas du tout.
J'ai senti l'excitation en marchant du distributeur de billets à la voiture du type.
La culpabilité en faisant mes comptes. Je voudrais écrire sur tout ça.
Mes addictions, toutes