Edgar prĂ©tendait professer la religion des anciens Celtes. Fondamentalement, il nây avait pour lui ni futur, ni prĂ©sent, ni passĂ©. Toute chose Ă©tait appelĂ©e Ă revenir et Ă se rĂ©pĂ©ter Ă©ternellement. AprĂšs la mort, les esprits migraient  dans dâautres corps, humains ou animaux. Il croyait quâun jour il briserait le cycle des rĂ©incarnations et rĂ©ussirait Ă gagner lâĂźle mythique situĂ©e au-delĂ de toutes les mers. Il croyait au Kali-Yuga. Il croyait quâun fleuve sans fin serpentait au milieu de terres fantasmagoriques, et que dans lâeau de ce fleuve sâentremĂȘlaient toutes les pĂ©riodes de lâhistoire des hommes. Il appelait notre temps : les Ăges Sombres.
Selon lui, une guerre effroyable allait avoir lieu.. Lâanarchie sâensuivrait. Les marchandises cesseraient de circuler. Les survivants seraient contraints de quitter les villes dĂ©truites. Plus personne ne sachant comment extraire le pĂ©trole des entrailles de la terre, les voitures pourriraient sur place. Plus aucun produit manufacturĂ© ne sortirait des usines mortes. Les ponts se lĂ©zarderaient, puis sâĂ©crouleraient. On reviendrait au bĆuf, au cheval et Ă la charrue. LâĂ©lectricitĂ© ne serait plus quâun souvenir. En quelques annĂ©es, ces temps de civilisation, de lumiĂšre et de grandeur quâon croyait Ă©ternels sâeffaceraient de la mĂ©moire collective, et le monde sâenfoncerait dans les tĂ©nĂšbres.
Depuis toujours, aussi dĂ©ment que cela puisse paraĂźtre, Edgar se prĂ©parait Ă cela, en sculptant son corps et son esprit. Il attendait le moment oĂč toute forme dâEtat et de pouvoir structurĂ© sâeffondrerait en Europe occidentale pour instaurer de nouveau, sur ses ruines encore fumantes, le rĂšgne du druidisme et du paganisme.
Mais dâautres que lui, plus organisĂ©s, attendant depuis au moins aussi longtemps lâavĂšnement des mĂȘmes prophĂ©ties, sâĂ©taient dressĂ©s en travers de sa route.