La fibromyalgie par Violette : âNous sommes mis dans une case « malades » mais moi je nous vois comme des « Super Warriors » !â
Rencontre avec Violette, une jeune femme pleine de projets. Pourtant derriĂšre son sourire se cache une maladie invisible et handicapante : la fibromyalgie. DĂ©clarĂ©e alors quâelle Ă©tait trĂšs jeune, diagnostiquĂ©e de longues annĂ©es aprĂšs, Violette a appris Ă vivre avec. Elle en a mĂȘme fait un moteur pour rĂ©aliser ses rĂȘves. AprĂšs plusieurs voyages au long cours autour du monde, elle sâapprĂȘte aujourdâhui Ă partir pour son nouveau projet : Bornes to Walk. Un voyage de 4800 km Ă pied autour de lâEurope au profit de la fibromyalgie avec une poussette.Â
Le tĂ©moignage inspirant dâune Super Warrior !!!
Bonjour Violette, merci de partager votre témoignage. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Bonjour, je mâappelle Violette, jâai 34 ans. Jâai une fibromyalgie et je prĂ©pare un tour dâEurope Ă pied, au profit de cette maladie.
Vous avez en effet été diagnostiquée en 2010 de la fibromyalgie. Pouvez-vous nous raconter votre parcours avec la maladie ?
Vers 14 ans, jâai commencĂ© Ă avoir trĂšs mal en-dessous des pieds et aux mains. Je faisais du Basket Ă un haut niveau et je rĂȘvais dâen faire mon mĂ©tier. Mais j'ai dĂ» me faire une raison, Ă cause des douleurs, jâai dĂ» arrĂȘter le basket. Les douleurs principalement aux pieds et aux mains nâĂ©tant pas normalement liĂ©es Ă la fibromyalgie, elle nâa alors pas Ă©tĂ© suspectĂ©e. Les mĂ©decins mâont fait passer de nombreux examens, sans trouver la cause de mes douleurs qui devenaient de plus en plus diffuses. On me disait que « c'Ă©tait dans ma tĂȘte ».
Jâai donc continuĂ© mes Ă©tudes, je me suis mise Ă la comptabilitĂ©. Je suis devenue auditrice comptable. Plus tard, pour mon travail je passais jusquâĂ 10h par jour toujours devant un ordinateur, toujours concentrĂ©e, câest Ă ce moment-lĂ que la maladie sâest vraiment dĂ©clenchĂ©e. Jâai commencĂ© Ă avoir mal dans tout le corps.
Jâai vu de nombreux mĂ©decins, ils me disaient que « câĂ©tait psychologique ». Je me suis heurtĂ©e Ă lâincomprĂ©hension mĂ©dicale. Ensuite je suis entrĂ©e dans un programme dâĂ©cole du dos car les mĂ©decins pensaient quâil sâagissait de problĂšmes de musculation du dos. Mais trĂšs vite, le programme fut trop difficile. Je souffrais de crises trĂšs douloureuses.
Ne voyant pas d'Ă©volution, je suis donc allĂ©e voir, de moi-mĂȘme, un spĂ©cialiste qui m'a tout de suite confirmĂ© le diagnostic de fibromyalgie.
Jâai alors Ă©tĂ© mise en arrĂȘt total de travail et sous mĂ©dicaments, ce qui mâassommait complĂštement. JâĂ©tais alors en grosse souffrance physique et morale.
La SĂ©curitĂ© Sociale ne comprenant pas cette maladie, a refusĂ© mon arrĂȘt total de travail. J'ai donc dĂ» reprendre le travail et jâai Ă©tĂ© trĂšs vite licenciĂ©e. Peu de temps aprĂšs, jâai Ă©tĂ© reconnue travailleur handicapĂ©, et je suis alors passĂ©e du PĂŽle Emploi au Cap Emploi : Un choc ! Je suis retournĂ©e vivre chez mes parents, et j'ai connu les joies des centres antidouleur...
Ce qui mâa alors sauvĂ©, câest de penser Ă mon rĂȘve : RĂ©aliser le tour du monde.
Vous avez en effet tout quittĂ© pour rĂ©aliser votre rĂȘve de tour du monde en 2012, pouvez-vous nous raconter cette Ă©tape de votre vie ?
Il nây avait alors plus rien de possible pour moi en France et je souffrais. Nâayant pas dâemploi adaptĂ©, nâayant pas de perspectives dâavenir, jâai donc dĂ©cidĂ© de rĂ©aliser ce rĂȘve de tour du monde. Et en mai 2012, je suis partie. Jâai alors traversĂ© l'Asie, l'OcĂ©anie, et les Ăźles du Pacifique, au grĂ© des rencontres (difficile de rĂ©sumer un tel voyage !). Puis jâai travaillĂ© en Australie. Partie au dĂ©part pour un an, je suis rentrĂ©e au bout dâun peu plus de 3 ans.
Comment avez-vous géré alors la fibromyalgie pendant ce voyage ?
Avant de partir, je me sentais un peu mieux. Jâavais fait beaucoup de kinĂ©, rĂ©duit les traitements qui n'avaient pas beaucoup d'effets et me donnaient lâimpression de servir de cobaye.
Durant ce voyage jâai fini par accepter la maladie et la gĂ©rer. Je me suis rendue compte que la chaleur, la marche, la photo, aller Ă la rencontre des gens, des cultures, le fait dâĂȘtre dĂ©connectĂ©e mâaidait beaucoup. Jâai pu constater que mes douleurs revenaient dâavantage avec le froid ou lâhumiditĂ©. Jâai donc choisi des pays oĂč il faisait chaudâŠ
AprĂšs un peu plus de 3 ans, je suis revenue en France. Jâai travaillĂ© quelques temps dans une auberge de jeunesse mais l'envie de repartir Ă©tait trop forte. Je suis donc repartie, cette fois-ci, direction lâAmĂ©rique du Sud pour une petite annĂ©e. Lors de ce voyage, en Uruguay, jâai rencontrĂ© un amĂ©ricain, Tom Turcich, qui voyageait Ă pied, avec son chien et une poussette. Ăa a Ă©tĂ© le dĂ©clic, et je me suis dit : « Pourquoi pas moi ! » puisque je pouvais difficilement marcher avec mon sac sur le dos, l'idĂ©e de la poussette Ă©tait parfaite.
De là est né mon projet : Bornes to Walk.
Vous vous prĂ©parez en effet pour votre prochain projet : Bornes to Walk, 4800 km Ă pied autour de lâEurope au profit de la fibromyalgie. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Comment vous prĂ©parez-vous Ă ce voyage ?
Je vais en effet partir le 13 avril prochain pour faire un tour dâEurope Ă pied avec ma poussette. Je partirai du Mont Saint Michel pour rallier Marseille par le littoral via les pistes cyclables. Je passerai donc par lâEspagne et le Portugal. J'invite tout le monde Ă marcher avec moi.
Le projet est de faire connaßtre et reconnaßtre la fibromyalgie, et de récolter des fonds pour la recherche.
Si vous avez un conseil Ă donner aux personnes fibromyalgiques ?
Câest un peu une question piĂšge. Moi jâai eu des douleurs trĂšs jeune, j'ai un passĂ© de sportive de haut niveau, j'ai compris trĂšs vite que la mĂ©decine Ă l'heure actuelle ne pouvait pas grand chose pour les personnes atteintes de douleurs chroniques. Je me suis donc adaptĂ©e Ă mon handicap. Cela m'a pris un certain temps.
Je dirai quâil faut essayer de se battre, dâavoir des projets, de faire des petits pas chaque jour, de rester actif, de garder le sourire et rester positif. Mais encore une fois mon cas nâest pas le pire, vous savez les douleurs sont trĂšs difficiles Ă vivre et beaucoup ne peuvent plus bouger et sont dans la dĂ©tresse.
Et pour ceux qui se mettent des freins Ă la rĂ©alisation de leurs rĂȘves ?
Ăa câest quelque chose que jâai du mal Ă comprendre en fait, surtout pour les personnes qui sont bien portantes, ce frein il est dans la tĂȘte. Les gens ont juste peur de rĂ©aliser leurs rĂȘves car ils ont un certain confort de vie et ont peur du changement. Leur entourage souvent les dĂ©courage car il faut ĂȘtre comme tout le monde, dans la norme. Mais justement la diffĂ©rence est une grande force. Mais si on nâessaie pas de rĂ©aliser ses rĂȘves, on le regrettera toute sa vie. Et câest ça le pire, car on nâa quâune seule vie et ces personnes ont la chance d'avoir la santĂ©, ils ne sâen rendent pas compte !
Pour finir, un dernier message Ă faire passer ?
Nous les fibromyalgiques, tous les jours, nous nous levons et nous nous battons pour arriver Ă bouger et Ă faire quelque chose. Nous sommes mis dans une case « malades » mais moi je nous vois comme des « Super Warriors » ! Nous sommes des battants ! C'est ce message que je veux donner. Â
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