La fibromyalgie par Manon :Â âOn souffre mais cette souffrance devient une force pour faire des choses incroyables !â
A seulement 24 ans, Manon souffre de fibromyalgie depuis 6 ans. Dans son tĂ©moignage, elle nous confie avec beaucoup de maturitĂ© comment grandir et se construire quand on est atteint dâune maladie invisible. Pleine de vie et dâĂ©nergie, la lumineuse Manon, professeure des Ă©coles, passionnĂ©e de basket et de voyages a aussi racontĂ© son parcours dans un livre tĂ©moignage âFibromavie: Journal d'une jeune prof basketteuse fibromyalgiqueâ... Des dĂ©fis plein la tĂȘte, elle projette de partir lâĂ©tĂ© prochain marcher seule en Asie. Pour âprouver quâon doit essayer de ne pas rester prisonnier de son corps, et que mĂȘme dans la douleur, on peut agir.â
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je mâappelle Manon PERLY, jâai aujourdâhui 24 ans et je suis professeure des Ă©coles depuis 3 ans.
A 24 ans, vous souffrez de fibromyalgie depuis déjà 6 ans, pouvez-vous nous raconter votre parcours avec la maladie ?
En 6 ans comme beaucoup dâautres, un vrai parcours du combattant, surtout les premiers mois, pendant lesquels on ne comprend pas ce qui nous arrive. La fibromyalgie se diagnostique par Ă©limination dâautres pathologies possibles, si bien quâon passe entre les mains dâune multitude de professionnels qui nous disent « quâon nâa rien ». Quand finalement le diagnostic tombe, aprĂšs plus dâun an et demi de douleurs sans rĂ©ponse, on ne peut quâĂȘtre soulagĂ©e mĂȘme sâil mâest arrivĂ©e de me dire cyniquement que jâaurais aimĂ© avoir un « truc plus grave » pour ĂȘtre davantage prise au sĂ©rieux. Depuis, câest un parcours en dents de scie, avec des moments de dĂ©sarroi et de douleurs, mais dâautres de grandes victoires et de satisfactions, comme jâessaie de le transmettre Ă travers mon livre tĂ©moignage.
Comment avez-vous vécu le fait d'avoir une maladie chronique déclarée jeune ?
Un sentiment au dĂ©but dâune terrible injustice. En pleine adolescence⊠Ne plus pouvoir sortir, danser, courir, faire la queue au cinĂ©ma, me brosser les cheveux.... On mâa volĂ©e ma jeunesse. Quand jâĂ©tais Ă plusieurs reprises en centre de rééducation fonctionnelle, on me prenait pour une stagiaire kinĂ© et non pour une patiente. Eh oui, double peine, une maladie chronique chez une jeune et invisible en plus. Combien de fois jâai pu entendre : « Tu as lâair dâaller trĂšs bien ! » « OĂč est ton fauteuil roulant si tâes handicapĂ©e ? »
Mais on finit par apprendre Ă vivre avec et on se dit que sans cette maladie, on ne serait pas devenue la personne que lâon est aujourdâhui. Cette maladie fait partie de moi et elle mâa permis de rĂ©aliser des projets que je nâaurai sans doute jamais fait autrement.
Comment vivez-vous aujourd'hui avec ?
Jâai vĂ©cu plus de quatre annĂ©es sous tramadol en Ă©tant contrainte dâaugmenter rĂ©guliĂšrement les doses Ă cause de lâeffet dâaccoutumance, une vraie drogue ! Je vis aujourdâhui par choix sans mĂ©dicaments, aprĂšs dâintenses mois de sevrage et je ne mâen porte pas plus mal, avec les effets secondaires en moins ! Câest une vraie victoire. Mais un choix personnel qui ne convient bien sĂ»r pas Ă tout le monde. Je vois rĂ©guliĂšrement mon mĂ©decin de la douleur qui essaie de me soulager autrement quâavec les mĂ©dicaments, pour lâinstant entre acupuncture et mĂ©sothĂ©rapie. Le kinĂ© en balnĂ©othĂ©rapie aide aussi Ă©normĂ©ment. Je travaille Ă temps partiel avec des enfants de CE1-CE2 et jâai des collĂšgues en or qui mâaident du mieux quâelles peuvent. Câest un mĂ©tier prenant mais passionnant, et câest tellement plus agrĂ©able dâavoir la tĂȘte remplie de « MaĂźtresse, jâai plus de place, jâĂ©cris oĂč ? » « MaĂźtresse, Simon mâembĂȘte ! » « MaĂźtresse, Laura elle a lĂȘchĂ© le tableau », plutĂŽt que dâĂȘtre envahie de pensĂ©es douloureusesâŠ
Vous ĂȘtes l'auteur d'un livre "Fibromavie, journal d'une jeune prof basketteuse fibromyalgique", pouvez-vous nous parler de ce livre ? Qu'est ce qui vous a poussĂ© Ă l'Ă©crire ? Qu'en retirez-vous ?
Ecrire Ă©tait au premier abord un besoin personnel. Jâai toujours adorĂ© tartiner des pages et des pages, et lĂ jâavais une occasion rĂȘvĂ©e pour me dĂ©fouler sur le papier. Mettre des mots sur les maux. Ce livre est Ă©galement un tĂ©moignage du quotidien et de la non reconnaissance de notre maladie par beaucoup de praticiens (pas tous heureusement). Ce livre est enfin porteur dâun message qui a vocation Ă ĂȘtre partagĂ©. Pour que plus personne aujourdâhui ne nous rigole au nez : « Fibromya-quoi ? Ăa nâexiste pas⊠» Â
Il mâa Ă©tĂ© au dĂ©but difficile de publier car certains chapitres, notamment celui qui touche aux relations intimes, sont trĂšs personnels. Mais je me devais de le faire, pour moi et pour les centaines de milliers dâautres personnes qui partagent mon vĂ©cu sans rĂ©ussir, sans oser, ou sans vouloir le partager Ă leurs proches. Ma famille a dâailleurs Ă©tĂ© touchĂ©e de me lire et a mieux compris certaines rĂ©actions ou certains moments qui mâont tant Ă©tĂ© difficiles.
Quelle est ou serait pour vous une victoire sur la maladie ?
La premiĂšre de mes victoires a Ă©tĂ© de rĂ©ussir Ă devenir professeur des Ă©coles malgrĂ© les nombreux obstacles qui mâont freinĂ©e, la seconde a Ă©tĂ© de rĂ©ussir Ă reprendre le basket-ball en loisir. Jây vais dĂšs que je mâen sens capable, je ne peux pas vraiment courir mais retrouver la sensation du shoot et de lâesprit dâĂ©quipe me suffit dĂ©jĂ . Jâoscille entre la douleur qui envahit mes mollets brĂ»lants, mon dos, tous ces muscles quâon ne connaĂźt que lorsquâils se rĂ©veillent et lâimmense bonheur de vivre de nouveau ma passion. La fibromyalgie, câest un perpĂ©tuel Ă©quilibre, de perpĂ©tuels choix entre la raison et la folie.
Quels sont vos prochains projets et/ou défis ?
Je suis partie cet Ă©tĂ© trois semaines en ThaĂŻlande avec une amie. Je voulais prouver que jâĂ©tais capable de tenir physiquement et jâai vĂ©cu une merveilleuse expĂ©rience. Lâenvie de voyager de nouveau me titille dĂ©jĂ . Mon prochain dĂ©fi me mĂšnera de nouveau en Asie, mais cette fois seule, au milieu dâune langue et dâune culture qui mâintrigue et que je ne connais absolument pas. Je pars donc seule cet Ă©tĂ© en sac Ă dos au Kirghizistan, pour marcher et montrer aux autres mais surtout Ă moi-mĂȘme que la douleur ne mâarrĂȘtera pas !
Pour finir, avez-vous un message Ă faire passer ?
Mon message est en lien avec mes projets de voyage qui peuvent paraĂźtre en effet bien dĂ©raisonnable quand on sait que je ne peux parfois pas sortir de mon lit Ă cause de la douleur⊠On me dit souvent quâon nâa rien Ă prouver. Je ne suis pas dâaccord. Je veux prouver quâon doit essayer de ne pas rester prisonnier de son corps, et que mĂȘme dans la douleur, on peut agir. Des dĂ©fis qui nous paraissent au dĂ©but insurmontables pour finalement se rĂ©vĂ©ler possibles. On y arrive toujours. Pas forcĂ©ment de la maniĂšre dont on lâaurait souhaitĂ©, mais avec les nouvelles armes quâon nous a donnĂ©s : le mental, lâenvie de sâen sortir et de profiter de cette vie qui est si belle.Â
On souffre mais cette souffrance devient une force pour faire des choses incroyables !
Retrouvez le livre de Manon âFibromavie: Journal d'une jeune prof basketteuse fibromyalgiqueâ : https://www.amazon.fr/dp/B07K5Z62FY/
Et sa page facebook : Fibromavie - un parcours de malade. https://www.facebook.com/Fibromavie-un-parcours-de-malade-345038019421142/














