BenoĂźt Maire -âThĂšbesâ- CAPC de Bordeaux
Exposition - 08 mars - 02 septembre 2018
Le site internet de BenoĂźt Maire est en anglais. Normal, car comme il est prĂ©cisĂ© sur la page Bio : "Born 1978, Lives and works in Bordeaux, France." Or Ă Bordeaux tous le monde parle anglais comme chacun sait. Qu'on me pardonne de commencer cet article par cette remarque, mais je suis exaspĂ©rĂ© par la condescendance de tous ces artistes (français) qui affichent ainsi leur mĂ©pris pour le premier public susceptible d'aller vers leurs Ćuvres en ne daignant pas mĂȘme doter leur vitrine internet d'une interface en français - quitte Ă ĂȘtre multiliangue. Ceci Ă©tant dit l'exposition du CAPC annonçant d'emblĂ©e sur le mur blanc, Ă l'entrĂ©e de la salle, le caractĂšre philosophique de la dĂ©marche de BenoĂźt Maire, n'importe quel visiteur non informĂ© peut craindre le pire et s'attendre, au mieux Ă recevoir des leçons (de morale, d'humanisme, etc.), au pire Ă ne rien comprendre du tout. Rien de tout cela pourtant. Je partais pourtant ici avec un a priori, sinon nĂ©gatif, du moins suspicieux et mĂ©fiant, certainement un peu chauffĂ© par l'exposition de Danh Vo (voir mon billet prĂ©cĂ©dent). Or, plutĂŽt qu'un sentiment d'Ă©sotĂ©risme ou d'abstraction conceptuelle absconse, j'ai eu trĂšs rapidement le sentiment d'entrer dans la singularitĂ© d'un regard et, disons-le d'emblĂ©e, d'une intelligence. Intelligence des choses, intelligence du monde et d'un positionnement dans le monde. Et tout cela sans pour autant ĂȘtre en mesure d'apporter une explication prĂ©cise, d'attribuer un sens spĂ©cifique Ă telle ou telle piĂšce exposĂ©e. Sans en avoir, surtout, le dĂ©sir. Et pourtant, alors qu'il est Ă©videmment toujours de bon ton de "questionner", d' "interroger", de "subvertir" etc . il y a lĂ quelque chose de l'ordre d'une rĂ©ponse, ou de rĂ©ponses possibles. L'inverse, en quelque sorte, de ce qu'Ă©voque, comme d'habitude, la note d'introduction qui souligne qu'il s'agit de "questionner le statut de l'objet et, par extension, celui de l'artiste" ; navrant, comme d'habitude lorsqu'on a rien Ă dire de prĂ©cis. Heureusement, la note d'intention rĂ©digĂ©e par BenoĂźt Maire est beaucoup plus claire et surtout, finalement, beaucoup plus simple. Je n'en ferai pas un rĂ©sumĂ© ici, mais disons qu'elle peut Ă©clairer d'une façon assez juste les piĂšces exposĂ©es et les relations que la scĂ©nographie de l'exposition tente d'Ă©tablir entre elles. Pourtant, ce texte mĂȘme n'est pas nĂ©cessaire, sinon pour confirmer - a posteriori comme ce fut le cas pour moi - ce que paraissent dire les Ćuvres, sans que jamais une signification stable et dĂ©finitive se dĂ©gage. Bien sĂ»r on percevra bien quelques redondances dans le discours sous-jacent, par exemple, Ă la prĂ©sentation de pages de journaux datant de la seconde guerre mondiale et marquĂ©s du tampon rouge de la date Ă laquelle elles furent lus par BenoĂźt Maire. Tribut conceptuel oblige. Mais il y a aussi ces sculptures Ă©tranges parce que trop bien faites, trop proches de l'objet de luxe : ces sphinx-coquillage qui portent leur Ă©nigme dans leur forme mĂȘme et fleurtent avec les associations surrĂ©alistes - qui d'habitude m'ennuient. Et il y a surtout ces piĂšces que benoĂźt Maire nomme les "ChĂąteaux", maigres constructions, structures mĂ©talliques Ă la fois fragiles et tendues, oĂč s'assemblent le cuivre et le jaspe - et dont le sens est paradoxalement parfois trop lisible. Je dis cela parce que, justement, ces objets ne sont jamais aussi "intelligents", pour reprendre le terme qui s'est imposĂ© Ă moi, que lorsque leur sens semble prĂ©cisĂ©ment enfoui dans la richesse et la prĂ©ciositĂ© de leur forme. Je ne suis pas clair ? Je m'explique : l'intelligence est dans la clartĂ© de la relation qui s'Ă©tablit entre, par exemple, une fine structure architecturale de laiton, Ă©voquant abri ou maison, et le sol rocheux sur lequel repose un de ses pieds : mais roche rendue ici prĂ©cieuse et polie comme un bijoux, sĂ©duisante dans l'artifice qui garde pourtant intact sont statut de roc. Ou bien dans l'insertion d'un simple niveau Ă bulle dans une barre de marbre (?) polie et surtout taillĂ©e avec la rectitude d'une rĂšgle de maçon. Et cela sans discours ; ou du moins sans que le discours - dont on sent la proximitĂ© - soit rendu capable de parasiter lâintelligence de la chose, de lâobjet, du projet. Bien sĂ»r, on n'Ă©vite pas toujours les poncifs du temps : les tas de dĂ©tritus (indexĂ© certes âŠ), l'alignement-inventaire-confrontation un peu facile avec les objets du passĂ© (chaise de Mallet-Stevens ou fauteuil d'Hoffman) ou bien ces peinture de ciel un peu navrantes Ă force d'affirmer l'incompĂ©tence picturale de leur auteur comme emblĂ©matique de la quĂȘte artistique (motif pittoresque et maĂźtrise technique). Passons lĂ -dessus. Je prĂ©fĂšre finalement lorsque BenoĂźt Maire laisse Ă ceux qui savent - possĂšdent le savoir-faire - le soin de donner Ă ses idĂ©es une forme capable de leur Ă©viter de n'ĂȘtre que des questionnements.
http://www.capc-bordeaux.fr/programme/benoit-maire
http://www.benoitmaire.com/index.php












