Marie-Laurence de Chauvigny de Blot
Galerie de l’Âne bleu - Marciac - 15 juillet-15 août 2016
Une exposition de peintures séduisantes. Il s’agit du travail de Marie-Laurence de Chauvigny de Blot. Des paysages. Ou plutôt, si j’en crois ce que je lis sur le site de cette artiste que je ne connaissais pas, une peinture de la nature, de l’immersion dans une expérience de la nature. Cela, c’est pour l’intention. Mais comme on sait qu’en matière de peinture l’intention importe peu, il s’agit de voir. De grandes peintures, d’abord, qui s’imposent par leur format et une surface brillante et saturée. D’ailleurs, on a envie de toucher (mais cela, c’est mon problème : j’ai toujours envie de toucher). Une peinture gestuelle, mais des glacis, des surfaces comme un feuilletage de couleurs qui tendent à se saturer, à se densifier dans le cadre mouvant des bords jamais fixés de la peinture. Peignant sur de la toile déroulée au mètre, Marie-Laurence de Chauvigny de Blot limite son son champ d’action par un cadre dessiné : quelques lignes irrégulières qui forment un vague rectangle, comme une frontière instable où s’inscrit la peinture, flottante.
Une peinture séduisante donc, au service de cette immersion dans la nature dont la couleur assure la présence et l’espace. Mais justement, je me demande si la couleur, si le geste, si l’espace ont besoin de ces balises figuratives que l’artiste pose sur ses peintures sous la forme de ces signes, ces taches de couleur qui veulent signifier, représenter, donner de ces points de repère au spectateur comme pour l’assurer que tout cela est bien de l’image, de la représentation, de la figure. Telles taches rouges : coquelicots ; telles autres : épis. Je dis « taches » mais je devrais dire « forme » tant la peinture semble se construire justement au risque de (perdre) la forme ; c’est à dire, ici, le paysage. Est-ce aussi ce qui explique la récurrence des cadrages et de la composition ? Ce point de vue surbaissé qui renvoie en marge un horizon suggéré, très haut dans le cadre. L’espace ainsi oblitéré devient alors l’espace propre de la surface, de la peinture donc.
Est-ce pour cela que c’est la peinture la plus marginale, dans cette exposition, qui a retenu mon attention ? Un mur moins éclairé, un peu en contre-jour, prés de la porte. La seule peinture présentée dans une boite américaine, un cadre donc, fixe. Et une peinture qui justement se construit sans ces balises, ces signes que j’évoquais, mais s’architecture par les gestes eux-mêmes. Un espace se déclare ainsi, et d’autant plus présent qu’il est instable, entre la surface et ce qu’on voudrait du coup nommer « paysage ». Mais abstrait ; et de ce fait autorisant peut-être de façon plus sensible et immédiate la perception de cette attention à la séduction du glacis, de la surface et, pour finir, de la peinture qui s’enracine d’autant mieux dans cette nature revendiquée qu’elle sait s’en éloigner.
Et pour conclure : une peinture séduisante disais-je ; mais peut-être trop. Car l’enjeu est-il bien le paysage ? Ne joue-t-il pas ici contre la peinture comme le nu (cette grande autoroute de l’histoire de l’art) jouait contre le corps dans la peinture de De Kooning ? Jusqu’à exiger qu’il se construise en peinture contre l’empire de la tradition, au risque de faire passer cette épiphanie pour la violence d’un démembrement.















