TANSTAAFL
Prédication par Andrew Rossiter à Bergerac le 12 août 2026 Esaïe 55. 1-3, 10-11, Romains 8. 18-23
TANSTAAFL est un acronyme américain qui signifie: There Ain't No Such Thing As A Free Lunch: «Il n'y a pas de repas gratuit», autrement dit : «On n'a rien sans rien.»
Un repas gratuit? Cela n'existe pas. Pas plus que la fourmi de dix-huit mètres avec un chapeau dans la poème de Robert Desnos que mes enfants ont appris à l’école maternelle. Ça n'existe pas. Pour découvrir, ou redécouvrir la poème, voir en bas de page.
Cette expression, Tanstaafl est née aux États-Unis. Elle fait référence à une pratique des bars qui offraient un repas «gratuit» après l'achat d'une première boisson. Les clients pouvaient manger autant qu'ils le souhaitaient, mais tous les plats étaient très salés afin de leur donner soif et de les inciter à acheter davantage de bière. Le repas était donc loin d'être gratuit : c'était une excellente stratégie commerciale.
Et pourtant, dans notre texte d'Ésaïe, le prophète lance une invitation urgente à son peuple : venir manger. À ce peuple écrasé par l'oppression, il répète trois fois: «Venez!» «Venez vers les eaux. Venez acheter et manger. Venez acheter du vin et du lait, sans argent, sans rien payer.»
Les dons abondants de Dieu sont offerts gratuitement. Nous sommes invités à un festin où il y a de bonnes choses à manger, du lait pour nous nourrir et du vin pour réjouir notre cœur.
Le lien entre la nourriture et la Parole est fréquent dans la Bible. Nous le rencontrons chez Ésaïe, dans d'autres textes de la Bible hébraïque, mais aussi dans le Nouveau Testament. Cette image nous rappelle que nous avons besoin d'être nourris à tous les niveaux de notre existence: physiquement, mentalement et spirituellement.
L'invitation est adressée à tous ceux et à toutes celles qui sont dans le besoin, qui n'ont rien, qui sont sans ressources. Car tout est gratuit.
C'était précisément la situation du peuple qui entendait ces paroles pour la première fois. Exilés, ils avaient connu le traumatisme d'un déplacement forcé, emmenés de force dans un pays étranger. Cette expérience les avait épuisés physiquement, émotionnellement et spirituellement. Ils n'avaient plus de réserves. Ils étaient à bout de forces.
Cette situation trouve encore aujourd'hui des échos dans notre société. Nous parlons parfois d’une «fracture sociale», comme s'il suffisait d'appeler un médecin pour poser une attelle et attendre que la fracture se ressoude d'elle-même. Mais les blessures sociales ne guérissent pas toutes seules.
Les personnes sans-abri, les demandeurs d'asile, les jeunes mineurs sans papiers logés dans des hôtels insalubres ont besoin de chaleur humaine, de respect, de nourriture et d'un accueil qui leur dise: «Vous avez votre place parmi nous ; notre chez-nous est aussi votre chez-vous. Heureusement, des associations, des centres d'accueil, des collectivités et de nombreuses personnes engagées se dévouent chaque jour pour venir en aide aux plus fragiles.
Alors cette invitation qui résonne à nos oreilles ce matin, acheter sans argent, recevoir gratuitement... oui, cela existe! Certes, ce n'est jamais suffisant. Souvent, c'est trop peu et parfois trop tard. Mais cela existe. Et puisque cela existe, cela peut encore grandir.
Le peuple auquel parle Ésaïe n'était pas capable de changer lui-même sa situation. Ses forces étaient épuisées, ses ressources réduites à néant. Il vivait dans la pauvreté et la dépendance. Son salut ne pouvait venir que d'une transformation que Dieu lui-même allait accomplir. Et ce peuple a accueilli à bras ouverts le don précieux annoncé par le prophète.
L'invitation d'Ésaïe s'adresse à notre être le plus profond. Oui, tout se passe dans le ventre: les paroles de Dieu entrent en nous comme une nourriture qui redonne des forces. Mais ce n'est pas tout.
Écoutons les verbes: «venez», «achetez», «mangez», «écoutez», «prêtez l'oreille», «Vivez». Tous ces verbes appellent notre participation.
Comme la nourriture et la boisson deviennent une partie de notre corps, la Parole de Dieu est appelée à devenir une partie de nous-mêmes. Elle pénètre jusqu'au plus profond de notre être pour nous transformer et faire de nous des acteurs de cette Parole.
L'apôtre Paul parle des gémissements de notre cœur de tout ce que nous avons déjà reçu de l'Esprit. Mais ce que nous recevons n'est jamais destiné à être gardé pour nous seuls. Certes, c'est nous qui recevons ces dons, mais ils nous sont donnés pour être partagés. Nous sommes moins les récipients des dons de Dieu que les canaux par lesquels Dieu agit dans le monde.
Alors oui, il existe bien un «free lunch», un repas gratuit. Il est devant nous, visible sur la table de la communion. Aucune contrainte n'est imposée. L'accès est ouvert à tous.
Le repas de la communion rend tangible ce que Dieu est en train d'accomplir au milieu de nous et à travers nous. C'est pourquoi, dans d'autres Églises, ce repas est appelé l'Eucharistie, un mot qui signifie: «rendre grâce», «dire merci».
Remercions Dieu pour ce repas gratuit, offert pour nos corps et nos esprits. Que nous puissions quitter ce temple, ce matin, rassasiés de la présence vivante et rendus capables, à notre tour, de partager ce que nous avons reçu.
LA FOURMI Une fourmi de dix-huit mètres Avec un chapeau sur la tête, Ça n'existe pas, ça n'existe pas.
Une fourmi traînant un char Plein de pingouins et de canards, Ça n'existe pas, ça n'existe pas.
Une fourmi parlant français, Parlant latin et javanais, Ça n'existe pas, ça n'existe pas. Eh ! Pourquoi pas ?
Robert Desnos















