Mind the gap (Attention à l'espace)
Une courte prédication pour l'Ascension à Paunat par Andrew Rossiter le 14 mai 2026
Actes 1.1-11
Une minute Jésus était là avec ses disciples et il leur parlait. Ils pouvaient le voir. Ils pouvaient entendre sa voix. Et s'ils avaient tendu la main, ils auraient pu le toucher. La minute suivante, «il monte au ciel, un nuage le cache, ils ne le voient plus».
Je n'ai aucune idée de comment cela s'est produit ni même si c'est réellement arrivé comme ça. Je ne peux par croire qu'il est physiquement disparu comme c'est écrit. Mais je crois que c'est vrai.
Que pensez-vous de l'Ascension de Jésus? Monté au ciel - comme si c’est là que Dieu réside. Monté au ciel - comme s’il faut quitter la terre, quitter ce qui s’abime et passe. Comme si ce qui est ici bas n’est pas digne d’être reçu dans la présence de Dieu. Je ne sais pas ce que cela veut dire mais je suis convaincu que cela dépasse la simple phrase de nos confessions de foi:«Il est monté au ciel».
J’ai di que je crois que c’est vrai. Non pas dans un sens physique, tangible - non cela je ne peux pas croire. Mais vrai dans le sens que l’Ascension donne sens à ma vie, à la vie humaine.
Je comprends aujourd’hui que le retrait physique de Jésus de ce monde concerne moins son absence que notre présence.
Imagine un instant apprendre à un petit enfant à marcher. Vous avez fait cela avec vos enfants ou avec vos petits-enfants. Au début, tu es devant lui tu tiens ses mains dans les tiens pour l’aider à trouver l’équilibre. Tu lâches une main juste un instant. Jusqu’à ce qu’il se tient debout une seconde ou deux. Mais cela ne dure pas longtemps, l’enfant n’a pas envi de rester debout - il veut marcher, avancer, explorer le monde avec une autre perspective. De sentir indépendant. Et puis tu te tiens devant lui et puis tu recules d’un pas en tenant ses mains, et il avance vers toi. C’est là que tu lâches les mains, tu recules un peu tout seul et tu l’attends pour le recevoir dans tes bras. Tu vois il faut prendre tes distances pour laisser la place entre vous. C’est à lui de combler l’espace.
Pour lui, c’est sans doute une absence, un abandon, une distance entre vous. Mais de notre point de vue, nous lui offrons l'espace nécessaire pour qu'il puisse s'affirmer davantage. nous l'invitons à aller de l'avant et à combler le vide entre nous.
Deux hommes vêtus de blanc demandent aux disciples: «Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel?» Leur question suggère qu’il y a un autre endroit où regarder. Peut-être n’est-ce pas une question à laquelle il faut répondre. Peut-être c’est un appel à combler le vide, d’enter dans l’espace créé par le recule de Jésus et de répondre à son invitation à aller de l’avant.
«Mind the gap» (Attention à l’écart) c’est la phrase qu’on entend dans l’Underground de Londres quand la rame arrive dans la station. Pour quitter le métro il faut enjamber le vide entre le wagon et le quai.
Pour certains, il existe un gap (un espace) entre la vie que nous menons et celle que nous souhaitons mener, entre qui nous sommes et qui nous voulons devenir. Pour beaucoup d'entre nous, il existe probablement un écart entre le monde tel qu'il est aujourd'hui et le monde que nous voulons léguer à nos enfants et petits-enfants.
Chaque blessure, chaque perte, chaque cœur brisé est un espace qui attend d'être comblé. L’injustice, la faim, la pauvreté, la solitude, le racisme, la violence sont autant d’écarts qui réclament notre présence.
A l’image de ces disciples de Jésus, nous pouvons continuer à lever les yeux vers le ciel, vers l’invisible, l’imaginaire et l'intangible, ou bien nous tourner vers notre prochain. Il nous invite à faire un pas pour combler l’espace et avancer.