Quel roi? Quel roi!
Prédication par Andrew Rossiter pour le culte du Partage Biblique au temple de Bergerac le 14 juin 2026 2 Samuel 2.1-7, 2 Samuel 5.1-5
Je ne sais pas si, en lisant la Bible, vous avez déjà remarqué à quel point certains récits se ressemblent. Ils semblent parfois se répondre à travers les siècles. Des thèmes, des images et des situations reviennent. Certaines histoires appartiennent à des livres différents, parfois même à l’Ancien et au Nouveau Testament, et pourtant quelques détails attirent notre attention. On pourrait parler de coïncidences. On pourrait dire qu’un récit en annonce un autre. Ou encore que le récit le plus récent a été construit pour rappeler le plus ancien. Quoi qu’il en soit, ces échos nous interpellent et éveillent en nous une question : « J’aimerais comprendre. J’aimerais savoir. »
Cette année, nous avons suivi la vie du roi David, le grand roi d’Israël. Son histoire commence humblement. Il est un jeune berger. Puis il terrasse Goliath avec une seule pierre lancée de sa fronde. Il est oint par Samuel et appelé par Dieu. Il devient conseiller du roi Saül et apaise ses tourments par sa musique. Nous le connaissons à travers ses psaumes, sa foi, ses qualités de chef militaire. Nous savons aussi qu’il est à l’origine de la dynastie royale qui portera son nom.
Voilà le portrait d’un grand roi choisi par Dieu pour conduire son peuple.
Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. Nous connaissons aussi l’autre visage de David, plus sombre. Nous avons relu ensemble l’épisode de son adultère avec Bethsabée, ses mensonges pour dissimuler sa faute, puis le meurtre organisé d’Urie pour éliminer le mari devenu gênant. David est donc à la fois un grand roi et un homme profondément faillible.
Le Royaume de Dieu au temps de David est le royaume de David, et ce royaume indique le Royaume annoncé par Jésus.
Marc Chagall: David et Bethsabée
Lorsque je réfléchis à ces ressemblances entre les récits bibliques, certaines images reviennent sans cesse. David est berger. Et au moment de la naissance de Jésus, ce sont encore des bergers qui apparaissent. David est appelé à devenir le berger et le roi d’Israël. Plus tard, un autre berger sera appelé à accomplir pleinement cette mission.
Ces éléments prennent leur sens lorsqu’on les comprend comme des signes qui pointent vers une réalité plus grande en train d’émerger.
Notre lecture commence par ces mots : « Après ces événements… »
Il y a un temps favorable. Un moment attendu. Ni trop tôt ni trop tard. Ce moment survient lorsque les circonstances sont réunies. Pourtant, il n’arrive pas de nulle part. Tout ce qui l’a précédé l’a préparé. David a dû être berger, musicien, guerrier et oint de Dieu avant de pouvoir recevoir pleinement sa vocation.
Nous ne sommes probablement pas appelés à devenir rois ou chefs de nation. Pourtant, beaucoup d’entre nous ont déjà entendu cette voix discrète mais persistante qui résonne dans notre cœur. Souvent, nous ne savons pas où elle nous conduira. Nous ne savons pas toujours ce que signifie suivre le Christ.
Puis, un jour, quelque chose devient clair. Nous comprenons qu’il est temps de poser un geste. Peut-être renouer une relation brisée. Peut-être parler enfin à un conjoint, à un enfant ou à un petit-enfant. Peut-être affronter une situation malsaine au travail. Peut-être mettre des mots sur une blessure ancienne et décider d’agir.
Et puis à un moment inattendu, nous comprenons que tout ce que nous avons vécu nous conduit jusqu’à cet instant, mais cet instant ouvre aussi un chemin nouveau.
David est désormais prêt à assumer sa responsabilité comme roi d’Israël. Son passé révèle déjà qu’il ne sera pas une simple copie de Saül. Lors de son affrontement avec Goliath, une différence fondamentale apparaît. David refuse l’armure du roi. Aux yeux des autres, il est trop jeune, trop petit, trop faible pour une telle tâche. Pourtant, il avance avec confiance, fidèle à ce qu’il est.
Il avance comme un berger. Ses armes en sont le signe: la fronde et le bâton. Ce ne sont pas des armes d’agression, mais des instruments pour protéger le troupeau contre les prédateurs. David ne fait pas autre chose lorsqu’il affronte Goliath.
Mais un autre détail révèle déjà le roi qu’il est appelé à devenir. David déclare : «Tu viens contre moi avec l’épée, la lance et le javelot ; moi, je viens contre toi au nom du Seigneur.» Sa confiance ne repose pas sur sa force, mais sur Dieu.
Plus tard David échouera. Il commettra des fautes graves. Il connaîtra la défaite, les complots et la guerre civile. Il reste un être humain avec ses forces et ses faiblesses. David n’est pas le roi parfait. Il est celui qui indique un autre qui vient.
Matthieu et de Luc présentent Jésus comme descendant de David. L’enjeu n’est pas d’abord biologique. Les évangélistes veulent montrer que Jésus accomplit ce qu’il y avait de meilleur en David. Ce que David esquisse, Jésus le réalise pleinement. Il ne vient pas seulement transformer Israël ; il vient transformer chacun et chacune de nous.
L’évangile de Jean nous présente ce Berger-Roi : "Moi, je suis le bon berger. Je connais mes moutons et ils me connaissent, de même que le Père me connaît et que je connais le Père. Et je donne ma vie pour mes moutons. J’ai encore d’autres moutons qui n’appartiennent pas à cet enclos. Je dois aussi les conduire ; ils écouteront ma voix, et ils deviendront un seul troupeau avec un seul berger." (Jean 10.14-16)
Ce roi révèle ce qu’il y a de meilleur en nous et nous invite à le faire grandir dans nos vies.
Son royaume n’est pas un royaume fondé sur la domination, la répression ou la guerre. Ce n’est pas un royaume où les plus forts ont toujours raison parce qu’ils sont forts. Ce n’est pas un royaume où les puissants vivent dans l’impunité, parce qu'ils sont puissants.
C’est un royaume à l’image d’un berger. Un royaume qui protège, qui prend soin et qui guide. Un royaume où chaque personne est connue par son nom. Un royaume intime et profond, mais aussi infiniment vaste. Un royaume dont la puissance est celle de l’amour.
Pour ce Berger-Roi, l’amour n’est pas d’abord un sentiment. C’est un choix. Aimer, c’est agir. Aimer, c’est donner de soi-même. Aimer, c’est entrer dans le mouvement même de Dieu: mourir à soi pour permettre à une vie nouvelle de naître.
Ce royaume d’amour existe parce que l’amant donne sa vie pour l’être aimé. Bien au-delà de la seule mort physique. Donner sa vie, c’est offrir une part de soi-même sans garantie de retour. C’est semer quelque chose de soi dans le cœur de l’autre pour permettra qu’une vie nouvelle en surgira.
Jésus nous appelle à vivre dans ce royaume. Ce n’est pas possible chaque jour, je le sais. Mais pensez aux moments où vous avez été au meilleur de vous-même : comme conjoint, parent, ami ou simplement comme être humain. Ces moments existent. Dans ces instants, vous cessez de vous protéger et de calculer. Votre désir devient celui de vous investir pleinement dans la vie de l’autre. Vous êtes présents pour son bien-être. Voilà à quoi ressemble ce royaume.
C’est ainsi que je désire vivre. Dans mes relations les plus proches, mais aussi dans le monde qui m’entoure. Pour notre planète. Pour les étrangers qui frappent à notre porte. Pour les oubliés qui peinent à exister. Pour les victimes de violence et d’injustice. Et même pour les bourreaux, parce qu’eux aussi demeurent des êtres humains que Dieu n’abandonne pas.
Ce royaume d’amour est indivisible, il est tout ou rien. Nous ne pouvons pas suivre le Roi-Berger dans une partie seulement de son territoire. Son royaume embrasse tous les êtres humains. Il s’étend chaque fois que des femmes et des hommes choisissent de risquer quelque chose pour accomplir ce qu’ils savent être juste, beau et bon.
David a entrevu ce royaume. Il l’a touché du doigt. Et de ce doigt, il a indiqué la plénitude que nous découvrons en Jésus.
Dans ces moments où les histoires se croisent, où le passé rejoint le présent, nous sommes invités à apporter tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons: à cet instant, à cette relation, à cette personne, à ce besoin, à cette injustice, à cette tragédie, à ce monde. Sans rien garder pour nous-mêmes.
C’est ainsi que nous devenons les sujets de ce Roi-Berger.








