Les tranquilles rives de l'Alma, petit fleuve cÎtier se jetant dans la Mer Noire, furent le théùtre, le 20 septembre 1854, d'une grande bataille décisive de la Guerre de Crimée. La coalition franco-britanno-turque l'emporta sur l'armée russe, ce qui permit d'ouvrir la voie vers le port de Sébastopol. Napoléon III, considérant cet engagement comme la premiÚre grande victoire militaire du Second Empire, voulut la commémorer en nommant une place parisienne de la Rive Droite, en bord de seine, mais surtout en faisant édifier un monumental pont de 142m de portée pour la relier à la Rive Gauche.
Ce pont, logiquement nommĂ© "de l'Alma", dont la construction dĂ©buta au lendemain de la bataille, devait ĂȘtre inaugurĂ© lors de l'Exposition universelle de 1855, mais des alĂ©as logistiques la retardĂšrent au mois d'avril de l'annĂ©e suivante. Son architecte Hyacinthe Gariel fit construire un tablier mĂ©tallique recouvert dâempierrements, formant trois arches. Il eut Ă©galement pour directive impĂ©riale d'ajouter des socles en avant des deux cĂŽtĂ©s de chacune des piles du pont, afin d'y Ă©lever quatre statues, reprĂ©sentant chacune l'effigie d'un des quatre rĂ©giments ayant participĂ© Ă la bataille de l'Alma. CĂŽtĂ© aval: un artilleur et un chasseur Ă pied, sculptĂ©s par Auguste Arnaud; cĂŽtĂ© amont: un grenadier et un zouave, dĂ»s au sculpteur Georges Diebolt. Ces deux derniers furent cachĂ©s Ă la vue des promeneurs des quais en 1900, par la construction d'une passerelle piĂ©tonne les surplombant, doublant la largeur du pont afin de permettre aux visiteurs de l'Exposition universelle de cette annĂ©e de se rendre d'une rive Ă l'autre de la Seine, en Ă©vitant tout accident pouvant ĂȘtre imputĂ© Ă l'automobile naissante. La production automobile ne cessant de s'accroĂźtre au fil des dĂ©cennies, explosant dans les annĂ©es 60, gĂ©nĂ©rant une circulation toujours plus embouteillĂ©e. La chaussĂ©e du pont se tassant de plus en plus, sa destruction pour le remplacer fut dĂ©cidĂ©e en 1970, annĂ©e des Trente Glorieuses voyant la culminance de la "modernitĂ© Ă tout prix"... InaugurĂ© en 1974, ce nouveau pont, en bĂ©ton et acier, dĂ©corĂ© de rĂ©verbĂšres postmodernes, permit certes par sa conception et sa largeur portĂ©e Ă 42m de fluidifier la circulation, mais perdit au passage toute sa grĂące... Ainsi que 3 de ses 4 statues! L'artilleur Ă Ă©tĂ© offert Ă la citĂ© de La FĂšre, dans l'Aisne, oĂč rĂ©sidait le 41Ăšme rĂ©giment d'artillerie de marine. Le grenadier, dĂ©placĂ© Ă Dijon, au bord du lac Kir, le sculpteur Georges Diebolt Ă©tant dijonnais. Le chasseur Ă pied fut installĂ© sur un piĂ©destal contre le mur sud de la Redoute de Gravelle, fort militaire du Bois de Vincennes. On peut aujourd'hui le voir en surplomb d'un dense Ă©changeur routier, Ă l'endroit oĂč l'autoroute A4 se jette dans le PĂ©riph'. Le Pont de l'Alma nouveau n'ayant plus qu'une pile, avec avancĂ©e cĂŽtĂ© aval, seul le zouave y demeura (changeant alors de cĂŽtĂ©).
Deux raisons expliquent ce choix de le conserver. D'une part, les zouaves de ce que l'Empire français nommait alors son "armĂ©e d'Afrique", opĂ©rĂšrent une percĂ©e dĂ©cisive aux derniĂšres heures de la bataille de l'Alma. D'autre part, au fil du temps, ce Zouave devint un indicateur populaire des crues de la seine. En effet, les parisiens ont pris coutume de dire que lorsque le Zouave avait les pieds dans l'eau, le fleuve entrait alors en crue. Si l'eau dĂ©passait ses chevilles, la cote d'alerte Ă©tait atteinte. Et il les mouilla souvent, ses guĂȘtres! Son sarouel, quant Ă lui, fut immergĂ© douze fois ces cents derniĂšres annĂ©es, Ă l'occasion de crues historiques (l'eau montant jusqu'Ă sa ceinture lors des inondations de juin 2016). Lors de la crue centennale de 1910, l'eau lui monta mĂȘme jusqu'aux Ă©paules! Cependant, la statue ayant Ă©tĂ© rehaussĂ©e de quelques centimĂštres par rapport Ă son altitude d'origine lors de son dĂ©placement, cet indicateur, imprĂ©cis de base, l'est encore plus depuis. Mieux vaut en effet se rĂ©fĂ©rer Ă l'Ă©chelle hydromĂ©trique du Pont d'Austerlitz... Quoiqu'il en soit, espĂ©rons que sa chĂ©chia ne sera jamais sous les flots! Ce sympathique Zouave fut chantĂ© par Jeanne Aubert, Jacqueline Maillan, Ray Ventura, Georges Brassens et Serge Reggiani... Il fut aussi tĂ©moin de la rencontre amoureuse de Barbara (dans sa chanson Joyeux NoĂ«l), vit Coluche y trouver son inspiration pour son "mec" ayant fait tomber ses lunettes dans la Loire, puis connut une fin tragique dans le film catastrophe 2012, de Roland Emerich...
La placette du cĂŽtĂ© ouest de la place de l'Alma, Ă l'orĂ©e du 16Ăšme arrondissement, accueille depuis 1987 la Flamme de la LibertĂ©, une rĂ©plique Ă l'Ă©chelle de la flamme de la Statue de la LibertĂ© de New-York City, offerte grĂące Ă une souscription organisĂ©e par le journal anciennement nommĂ© International Herald Tribune, remerciant la France pour le restauration de la Statue l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente, Ă l'occasion de son centenaire. PosĂ©e sur un socle de marbre gris et noir, cette flamme en cuivre dorĂ© de 3m50 de hauteur a comencĂ© Ă connaĂźtre un culte trĂšs particulier dix annĂ©es aprĂšs son inauguration, la dĂ©tournant de sa fonction d'origine de commĂ©moration de l'amitiĂ© franco-amĂ©ricaine. En effet, c'est l'un des piliers du tunnel de l'Alma, sous la place Ă©ponyme, qu'une Mercedes-Benz S280 percuta violemment, lancĂ©e Ă plus de 100km/h, la nuit du 31 aoĂ»t 1997. A son bord, Dodi Al-Fayed, entrepreneur et producteur Ă©gyptien, le chauffeur Henri paul, chef de la sĂ©curitĂ© de l'HĂŽtel Ritz, tous deux morts sur le coup, ainsi que la trĂšs mĂ©diatique Princesse de Galles, Lady Diana Spencer, dite Lady Di. Celle-ci dĂ©cĂ©da quelques heures plus tard Ă l'hĂŽpital de la PitiĂ©-SalpĂȘtriĂšre. Une vĂ©ritable ferveur d'adoration naquit alors, de nombreux admirateurs venant spontanĂ©ment rendre hommage Ă la princesse tant aimĂ©e. Ne pouvant accĂ©der au lieu mĂȘme de l'accident (le tunnel Ă©tant toujours ouvert Ă une circulation trĂšs souvent importante), la Flamme de la LibertĂ© surplombant son entrĂ©e devint donc l'Ă©tendard officieux portant les tĂ©moignages d'affections, messages d'amour, gerbes de fleurs, photographies, coupures de presse, baisers... que de trĂšs nombreuses personnes ont apposĂ© ou dĂ©posĂ© depuis, certains y voyant le symbole de la chanson qu'Elton John a composĂ© en hommage Ă Diana: Candle in the Wind. De nombreux touristes pensent encore qu'il s'agit d'une sculpture Ă©levĂ©e pour commĂ©morer le drame... Depuis les annĂ©es 2000, la mode des cadenas d'amour s'est propagĂ©e Ă la chaĂźne entourant le monument. La Mairie de Paris a renommĂ© cette placette place Diana en juin 2019.Â