Merci de ta réponse, @chocostaline
Je reconnais ce discours dans le sens oĂč jây lis un communisme progressiste technophile, marquĂ© par lâidĂ©e que la science peut rĂ©pondre Ă tous les problĂšmes environnementaux. Ca me rappelle le discours prĂ©-Tchernobyl tel quâil est racontĂ© par les militants anti-nuclĂ©aires (câest dire combien mes repĂšres sont brouillĂ©s. Pour les rĂ©fĂ©rences prĂ©cises, on repassera.). Dans ta rĂ©ponse, je vois quelques points questionnables, dont certains sur lesquels je ne suis moi-mĂȘme pas bien fixĂ©, donc je vais dĂ©rouler un peu et on va voir ce que ça donne.
Je commence par le plus marquant : le systĂšme que tu dĂ©cris nâa pas de limite. Quâil sâagisse de ressources minĂ©rales, Ă©nergĂ©tique ou tout simplement de temps, il y a des limites physiques qui contraignent le dĂ©veloppement et/ou la transition de nos sociĂ©tĂ©s humaines vers un modĂšle soutenable. Ces limites prennent la forme dâĂ©puisement de stocks non renouvelables ou de lois physiques, et ne pas considĂ©rer ces aspects, câest rentrer dans une forme de croyance scientiste, un aveuglement technologique.
En matiĂšre dâĂ©nergie, tous les espoirs sur des technologies Ă venir sont Ă borner par une limite temporelle. Si une technologie miracle apparaissait demain, il faudrait quâelle soit peu chĂšre, facilement approvisionable, facilement dĂ©ployable, trĂšs rentable Ă©nergĂ©tiquement, peu demandeuse en mĂ©taux et en Ă©nergie pour son installation ou encore adaptable facilement aux infrastructures existantes. Et si elle pouvait en plus ĂȘtre âpropreâ et âverteâ, ça limiterait les impacts environnementaux et ça serait bienvenue. Je ne dis pas que câest impossible, mais jâaffirme que rien que dĂ©ployer cette technologie sur lâintĂ©gralitĂ© de la surface de la planĂšte poserait un problĂšme technique important. Et mĂȘme avec ça, cette Ă©nergie ne serait pas infinie car la physique lâinterdit.
En plus dâune limite temporelle, on peut rajouter une limite sur les ressources. Tout ce qui existe en stock fini ne pourra pas connaĂźtre une exploitation infinie. LĂ dessus, les mĂ©taux et lâĂ©nergie sont deux trĂšs bons exemples, et ils marchent en duo donc en dĂ©taillant lâun je vais dĂ©tailler lâautre. Par exemple, pour le solaire au Sahara, il faut recouvrir de mĂ©tal une surface impressionnante, et ça ne se fait pas avec juste âquelques panneaux solairesâ ! :âD En plus ce sont souvent des alliages Ă base de terres rares, trĂšs peu recyclĂ©s. Et lĂ , le serpent se mord la queue : pour extraire les mĂ©taux il faut de lâĂ©nergie, et pour extraire lâĂ©nergie il faut des mĂ©taux. Donc Ă©nergie et ressources minĂ©rales sont chacune le facteur limitant de lâautre. Alors tu peux aussi espĂ©rer quâon trouvera une technologie incroyable pour recycler les mĂ©taux rares, encore une fois je ne peux pas prouver que ça nâarrivera pas, mais ça fait deux technologies miracles en deux paragraphes ! Et câest basĂ© sur de la croyance !
Ăcrire ces deux paragraphes me fait dire que je te prĂȘte une idĂ©e qui nâest peut-ĂȘtre pas la tienne. Quand tu parles de plus dâactivitĂ© humaine, est-ce que tu entends âplus de croissanceâ ? Que ça soit de la croissance Ă©conomique, ou croissance de population. Parce quâon peut avoir plus dâactivitĂ© humaine avec une agriculture dĂ©mĂ©canisĂ©e, intensive en main dâoeuvre, qui protĂšge les sols et sans pesticides, mais je pressens que câest pas ce que tu penses. Je crois que tu appellerais une vision rĂ©actionnaire (alors quâelle peut ĂȘtre parfaitement communiste, mais comme les termes ne sâopposent pas...) ? Une telle agriculture ne permettrait-elle pas de prĂ©server et valoriser le bien commun naturel ? Est-ce quâon est rĂ©actionnaire dĂšs quâon est critique du progrĂšs technologique ? Comment tu vois la transition Ă©cologique ? Avec le monde comme aujourdâhui mais en âvertâ ? Avec des mĂ©galopoles et un secteur tertiaire trĂšs dĂ©veloppĂ© ? Peut-on avoir une croissance infinie dans un monde fini ?
Ca commence Ă faire beaucoup de questions et je me perds dans les dĂ©finitions. Avant de conclure je veux juste rajouter un paragraphe sur la nature et les Ă©quilibres. Certes, le changement est permanent. ThĂ©orie de lâĂ©volution, tout ça, ok. Mais la nature est justement blindĂ©e dâĂ©quilibres dans tous les sens. Yâa des Ă©quilibres physiques, des Ă©quilibres chimiques, des Ă©quilibres inter et intra espĂšces... Les Ă©cosystĂšmes sont justement trĂšs stables, parce quâil y a une capacitĂ© de rĂ©gulation et dâabsorption des chocs trĂšs forte. Ils sont stables car ils sont redondants et rĂ©silients. Si une espĂšce dĂ©veloppe (lentement) un caractĂšre lui offrant une meilleure prĂ©dation, on va migrer dâune premiĂšre situation dâĂ©quilibre Ă un second oĂč la natalitĂ© des proies va augmenter, oĂč la population en prĂ©dateur va peut-ĂȘtre diminuer et le systĂšme prĂ©dateur-proie va retrouver un Ă©quilibre. Ă lâĂ©chelle des individus, on a mĂȘme lâimpression dâun statu quo. Du moins, câest ce quâon disait avant lâanthropocĂšne : maintenant lâĂȘtre humain est devenu une force gĂ©ologique majeure, et les pressions quâil exerce sur les Ă©cosystĂšmes ne sont plus absorbables. DâoĂč la rupture Ă©cologique quâon observe, et dont notre activitĂ© est la cause premiĂšre. LĂ , il y a rupture dâĂ©quilibre. Câest pour ça quâon est instable.
Pour rĂ©capituler, lâexistence de limites (loi physiques, ressources) mets de sacrĂ©s bĂątons dans les roues Ă lâidĂ©e dâun progrĂšs technique infini. Sans pouvoir prouver que des solutions miracles nâĂ©mergeront pas, il faut avoir en tĂȘte que croire en leur existence prochaine relĂšve ni plus ni moins dâun acte de foi.