âPeut ĂȘtre dit conformiste lâindividu qui, ayant recherchĂ© avant tout son confort intellectuel et moral, est convaincu de lâavoir trouvĂ©. Il est celui qui sait se rassurer Ă bon compte sur lui-mĂȘme. Celui dont le sens de lâexistence tient dans une extrĂȘme habilitĂ© Ă sâinstaller dans la bonne conscience. Cet ĂȘtre Ă la fois Ă©goĂŻste et grĂ©gaire, comique Ă certains Ă©gards, incarne ce que JosĂ© Ortega y Gasset appelait en 1929 le "petit monsieur satisfait", le "señorito satisfait". On peut reconnaĂźtre en lui le type du "bien-pensant". Ses principaux traits, Ă suivre le Bernanos de La France contre les robots (1947), sont lâobĂ©issance et lâirresponsabilitĂ©, la peur (un ensemble de petites peurs), la lĂąchetĂ© et lâabsence dâinquiĂ©tude. Il recherche le consensus, il aspire Ă ĂȘtre reconnu, voire Ă ĂȘtre estimĂ© dans sa soumission vertueuse aux opinions dominantes. Bernanos notait en 1941 quâil y a "une nouvelle maniĂšre de bien-penser, une nouvelle espĂšce de bien-pensants", et prĂŽnait une mĂ©thode dâidentification efficace :"Ils sâimaginent quâon ne les reconnaĂźt pas, pourtant je les reconnais trĂšs bien, parce que je nâessaie pas de les reconnaĂźtre Ă ce quâils pensent, mais Ă leur maniĂšre de penser." Dans leur maniĂšre de penser, mais aussi de se comporter, un caractĂšre domine : la lĂąchetĂ©, la soumission volontaire au "prestige de la force", quâil soit fixĂ© Ă gauche ou Ă droite [âŠ] Ce dĂ©sir Ă©perdu dâaccord et dâentente nâexclut nullement une mĂ©chancetĂ© latente, qui se rĂ©veille Ă la rencontre de tout esprit hĂ©tĂ©rodoxe. Le sujet rĂ©putĂ© pacifique se transforme alors en militant, voire en milicien. Quâon heurte son bonheur dâĂȘtre orthodoxe, et sa fureur se dĂ©chaĂźne.â
Pierre-AndrĂ© Taguieff, Les contre-rĂ©actionnaires. Le progressisme entre illusion et imposture, 2007.Â
















