Une algĂšbre de Lie de dimension n est un espace vectoriel L de dimension n muni dâune application bilinĂ©aire [ . , . ] :Â
qui a les propriétés suivantes :
Cette application est appelée crochet de Lie.
Soient ea les Ă©lĂ©ments dâune base de L. Le crochet de Lie appliquĂ© Ă ces Ă©lĂ©ments se dĂ©compose dans cette base de la maniĂšre suivante :
Les coefficients fcab sont appelĂ©s constantes de structure de lâalgĂšbre de Lie L. Ces constantes de structure dĂ©finissent complĂštement lâalgĂšbre de Lie considĂ©rĂ©e.
AlgĂšbre de Lie dâun groupe de Lie
Soit un groupe de Lie G tel que ceux dĂ©finis dans le post sur les groupes de Lie. On dĂ©finit la notion de chemin sur ce groupe de la maniĂšre suivante. Un chemin est une application diffĂ©rentiable du segment [-1 1] sur ce groupe :Â
la valeur t = 0 correspondant Ă la matrice identitĂ© Id (lâĂ©lĂ©ment neutre du groupe).
C Ă©tant diffĂ©rentiable on peut dĂ©finir la dĂ©rivĂ©e de g(t) Ă lâorigine :
On dĂ©montre que lâensemble de toutes les matrices m obtenues par dĂ©rivation sur tous les chemins passant par lâapplication Id est une algĂšbre de Lie. Câest lâalgĂšbre de Lie du groupe de Lie G. Elle est notĂ©e Lie(G).
Espace tangent au groupe de Lie
Revenons Ă la dĂ©finition des matrices m ci-dessus. Lorsque t est petit, on peut la réécrire de la maniĂšre suivante :Â
Cette Ă©quation explique pourquoi on donne aussi Ă Lie(G) le nom dâespace tangent Ă lâĂ©lĂ©ment neutre du groupe G.
Représentation exponentielle et générateurs de G
Parmi tous les chemins associĂ©s Ă un mĂȘme Ă©lĂ©ment m de Lie(G), il en est un (et un seul) qui a la propriĂ©tĂ© suivante :
Sur ce chemin, lâĂ©quation suivante est vĂ©rifiĂ©e :
Ce qui permet dâĂ©crire :
Les Ă©lĂ©ments de toute base de Lie(G) sont appelĂ©s gĂ©nĂ©rateurs du groupe G. Il est en effet facile de gĂ©nĂ©rer Ă partir de ces Ă©lĂ©ments lâaction dâun Ă©lĂ©ment de G appartenant au voisinage de lâĂ©lĂ©ment neutre.
AlgĂšbre de Lie du groupe SO(3)
Les matrices R du groupe SO(3) peuvent sâĂ©crire de la maniĂšre suivante :
Les matrices rĂ©elles antisymĂ©triques GU sont les gĂ©nĂ©rateurs des matrices RU. Â
Lâensemble so(3) des matrices rĂ©elles antisymĂ©triques GU est lâalgĂšbre de Lie du groupe de Lie SO(3) :
Comme on peut le voir, il y a bijection entre les vecteurs U et les matrices GU. Lâensemble so(3) est isomorphe Ă R3.
On remarquera par ailleurs que la matrice GU est aussi celle qui est associée au produit vectoriel dans R3 :
Il en découle les relations suivantes sur les générateurs associés aux rotations autour des 3 axes principaux :
Cette relation est celle qui définit les constantes de structure de so(3).
Remarque : En physique quantique, on utilise plutÎt la notation :
Les matrices Lx, Ly, Lz associées aux rotations autour des axes Ox, Oy et Oz vérifient les relations :
AlgĂšbre de Lie du groupe SU(2)
Tout Ă©lĂ©ment de SU(2) peut sâĂ©crire :
Les matrices antihermitiennes de trace nulle G_tilde sont donc les gĂ©nĂ©rateurs des matrices M du groupe de Lie SU(2). Lâensemble des matrices antihermitiennes de trace nulle G_tilde est lâalgĂšbre de Lie du groupe SU(2) :Â
Les matrices de Pauli sigmax, sigmay, sigmaz forment une base de su(2)Â :
A toute matrice G_tilde on peut donc faire correspondre un vecteur U de R3. L'algĂšbre de Lie su(2) est donc isomorphe Ă R3.
Remarque : les matrices de Pauli respectent les mĂȘmes relations de commutation que les matrices Gx, Gy et Gz dĂ©finie au paragraphe prĂ©cĂšdent. Les algĂšbres su(2) et so(3) ont les mĂȘmes constantes de structure : on dit quâelles prĂ©sentent un isomorphisme dâalgĂšbre. Â
IntĂ©ressons nous maintenant la matrice gĂ©nĂ©rĂ©e Ă Â partir de G_tilde(U). On peut Ă©crire cette matrice M(U) sous la forme :Â
Rappelons que toute matrice de SU(2) peut aussi sâĂ©crire sous la forme :
Il vient pour les composantes de M(U) :
Toute matrice du groupe SU(2) peut sâĂ©crire Ă partir dâun vecteur unitaire u et dâun angle theta. Câest un rĂ©sultat qui ne nous Ă©tonnera pas : nous lâavions dĂ©jĂ signalĂ© au chapitre sur les groupes de Lie.
On notera une particularitĂ© des matrices de SU(2). Lâangle theta utilisĂ© pour exprimer les matrices M(u, theta) peut prendre ses valeurs entre 0 et 4pi. Il en dĂ©coule les relatons suivantes :Â
Une rotation de 360 degrés transforme M(u, theta) en son inverse. Il faut effectuer une rotation de 720 degrés pour revenir à la matrice initiale.
AlgÚbre de Lie et mécanique quantique
Les groupes et algĂšbres de Lie sont au cĆur du formalisme utilisĂ© en mĂ©canique quantique. En physique, les relations dâinvariance sont souvent associĂ©es Ă des symĂ©tries (thĂ©orĂšme de Noether). MathĂ©matiquement, les symĂ©tries prĂ©sentent souvent une structure de groupe. Lorsque celui-ci est continu et dĂ©rivable, on a affaire Ă un groupe de Lie. La recherche des gĂ©nĂ©rateurs associĂ©s permet alors de dĂ©finir une observable invariante dans toute symĂ©trie de ce groupe (thĂ©orĂšme dâErhenfest).
Le groupe de Lie SU(2) a de nombreuses applications en physique : il est associĂ© Ă la symĂ©trie de rotation dans lâespace. Les Ă©quations dâun systĂšme ne changent pas si lâon opĂšre une simple rotation du rĂ©fĂ©rentiel de coordonnĂ©es. En physique classique, cette symĂ©trie se traduit par la conservation du moment cinĂ©tique. En mĂ©canique quantique, il permet de construire une thĂ©orie complĂšte du spin. Mais il faut pour cela dĂ©finir un nouveau type de champ : le champ spinoriel.
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