Deux annĂ©es consĂ©cutives ma rĂ©gion, la Podlachie, aux confins est de la Pologne, a connu la sĂ©cheresse. Deux Ă©tĂ©s de canicule aprĂšs des hivers sans neige ont suffi Ă rĂ©duire les nappes phrĂ©atiques au minimum et les puits de nos fermes Ă zĂ©ro de juin Ă octobre. Cette annĂ©e, lorsque NoĂ«l est arrivĂ©, brumeux et automnal au lieu d'ĂȘtre hivernal, la nostalgie est devenue immense dans mon cĆur de Slave : l'envie de neige.
"Les étendues blanches me manquent, mon ange
Les collines de marbre, ses palais d'argent
Dont les colonnes penchées sont des abris géants
OĂč dorment les Ă©toiles sans qu'on les dĂ©range".
Et puis il y a eu un signe dans le ciel, une excitation dans le cĆur, ou plus prĂ©cisĂ©ment un espoir au dĂ©tour d'un communiquĂ© de mĂ©tĂ©o. Une certaine "bĂȘte de l'Est" (et oui, nous aussi avions notre Est, inconnu et lointain !) allait nous frapper dans la semaine.
Aux alentours du 10 janvier, aprĂšs quelques jours de neige timide, un grand coup de froid est arrivĂ©. Il a suffit d'une nuit Ă -28 degrĂ©s pour mettre ma petite Toyota hors service ! En attendant des tempĂ©ratures plus clĂ©mentes je dois aller au travail en bus. Et c'est en revenant de BiaĆystok, un lundi, que mon instinct me dit de rentrer vite Ă la maison. De gros flocons lourds et humides tombent d'un ciel bas et trĂšs vite recouvrent la terre et les routes. Le temps de faire du feu dans la cheminĂ©e et de prĂ©parer le repas et Paf ! Ăa ne loupe pas, plus de courant, avarie (panne?) gĂ©nĂ©rale !
En janvier il fait nuit à 16 heures, donc comme on s'ennuie avec mon fils, on regarde des films sur nos tablettes et téléphones respectifs, bref, au matin, nous n'avons pratiquement plus de batterie...
Sur la voiture gelée s'amasse de plus en plus de neige, et puis pas question d'aller au boulot et de laisser mon fils seul dans cette situation. En plus il n'a plus de batterie pour participer à ses cours "on-line", donc c'est l'école buissonniÚre pour tout le monde ! On passe la journée au ski de fond, on cherche les raquettes à neige dans la grange, on se fraye un chemin jusqu'à la carriÚre de sable, notre endroit préféré pour la luge, tout rougeauds, tous contents et sans plus aucun contact avec le monde !
Le soir c'est un peu plus ennuyeux, on lit à la lueur des bougies, on joue à des jeux de société ou aux cartes.
DeuxiĂšme jour : au petit matin la dĂ©neigeuse est passĂ©e mais ça ne change pas grand chose pour nous. Nous creusons des allĂ©es dans la neige, une pour joindre la grange oĂč se trouve le bois, une autre pour joindre le compost et la derniĂšre jusqu'Ă la rue. L'eau dans l'hydrofore est Ă©puisĂ©e vu que la pompe a besoin d'Ă©lectricitĂ© pour fonctionner,on recherche donc le long bĂąton terminĂ© d'un harpon qui servait Ă puiser l'eau du puits en remerciant les fermiers d'antan de leur ingĂ©niositĂ©. Par contre,nous ne sommes pas trop douĂ©s, mais peu Ă peu, de demi seaux en demi seaux, nous parvenons Ă remplir nos bouteilles et jerricans.
TroisiÚme jour : nos voisins nous disent que certains villages ont été rebranchés, pour nous ce sera réparé dans la journée ! Toute la région de Podlachie croule sous la neige et surtout les branches cassées. De notre cÎté, on a mis tous les produits congelés dans un trou dans la neige. Avec les myrtilles à moitié dégelées, je décide de faire des tartes.... Ah Ah ! Elles étaient belles mes tartes lorsque je me suis rappelée que mon four fonctionnait à l'électricité ! Je les ai mises dans la cheminée... et bon...n'en parlons plus...Vendredi : l'électricité est revenue au village (nous habitons à l'écart et le communiqué du groupe d'énergie, comme chaque jour nous annonce la réparation pour bientÎt !) donc mon fils va chez nos amis pour brancher sa tablette et participer aux cours. Quant à moi je pars f aire les courses avec nos voisins qui m'emmÚnent en voiture avec eux. Du pain, des produits laitiers, nous sommes tranquilles pour le week-end.Notre cave étant remplie de bocaux divers -confitures et sacs de légumes du jardin - nous n'étions pas encore en besoin vital de faire les courses mais ça fait plaisir de voir du monde. Le soir, mon fils et moi découvrons qu'en plus du ski, nous avons fait de gros progrÚs en Scrabble. Samedi midi on entend le réfrigérateur se mettre en marche ! Youpi ! C'est l'euphorie ! On remet tout en marche petit à petit pour revivre normalement. Cinq jours à vivre à l'ancienne ! L'hiver durera encore jusqu'à mars, la voiture attendra encore deux semaines chez le garagiste.En tout cas, on se souviendra de cet hiver d'antan.