4 pensées difficiles que vous êtes susceptible d'avoir quand vous faites face à vos privilèges
La meilleure façon dont je pourrais décrire l'acceptation de la plupart de mes privilèges, c'est la sensation accablante d'être mentalement rongée – que la vérité avait littéralement des dents.
Alors que les preuves de mon privilège m'étaient présentées, un choix s'est révélé : je pouvais choisir de rejeter ces réalités et vivre heureuse dans mon ignorance, protégée par mon privilège qui me le permettait, ou je pouvais commencer à accepter la vérité et à changer.
Je choisis d'accepter la vérité.
Je dis « choisis » -et pas « j'ai choisi »- parce que je fais ce choix tous les jours, pour reconnaître mes privilèges et combattre activement contre les oppressions. C'est un processus continu.
Comme je suis une personne dotée de multiples privilèges, si je n'en fais pas un choix quotidien, je peux facilement m'y réfugier et ignorer les réalités que d'autres gens doivent affronter.
Le privilège, c'est ce tapis volant qui vous permet de voguer au-dessus des soucis des autres sans même avoir besoin de regarder en bas.
Et si je ne choisis pas de défier activement cette inclination, je retombe aussitôt dedans.
Je suis loin d'être parfaite sur ce sujet. Parfois mon ignorance s'affiche complètement, et il faut qu'une bonne amie féministe me dise « C'est quoi, ce merdier ? » pour que je réalise ce qui se passe.
Mais c'est comme ça que ça marche. On essaie, et on réessaie, on merde, et on essaie encore.
Cet article n'a pas pour but de vous convaincre que les privilèges existent et que vous en avez. Il est pour les gens qui se sentent rongés et sont aux prises avec la vérité.
Voici quatre pensées désagréables auxquelles sont confrontés les gens qui apprennent sur leurs privilèges, et pourquoi il est normal de se sentir ainsi.
1. Je me sens comme quelqu'un auquel on assigne un rôle de méchant
La plupart des gens ne se considèrent pas comme de « mauvaises personnes », et n'apprécient pas qu'on leur dise que c'est ce qu'ils sont. Les gens aiment à penser qu'ils sont réfléchis et sages.
Alors, quand quelqu'un se trouve confronté au fait qu'iel a des idées préconçues, qu'iel bénéficie de discriminations et de préjugés contre les autres, et qu'iel maintient activement ce système en place, iel va souvent le rejeter, le voir comme une attaque sans fondement et complètement nier l'idée de privilège.
En fait, les gens dotés de privilèges de toutes sortes vont avoir tendance à penser que ce sont eux qui sont discriminés, et que ce sont les autres qui sont privilégiés.
Par exemple, il y a quelques semaines, j'ai lu un post qui déclarait que le validisme n'existait pas, puisque il y a des places de parking et des toilettes « spéciales ». L'auteur-rice continuait en expliquant que ce sont en fait les personnes en situation de handicap qui sont privilégié-e-s.
Beaucoup d'hommes vous asséneront avec une totale conviction que ce sont les femmes qui sont privilégiées, en balançant une anecdote très drôle comme « Dans une situation de violence conjugale, la prison, c'est pour ma pomme. »
Et parfois, cette attitude défensive mène à des attaques personnelles pour invalider la personne vous démontrant que vous êtes privilégié.
Quand les gens n'aiment pas vos propos, la réaction typique est de comparer à quelque chose d'extrême pour terroriser le plus de monde possible, et les convaincre de ne pas y regarder de plus près.
Il y a quelques semaines, après avoir lu un article que j'ai écrit qui faisait mention du patriarcat, un homme a tweeté que « [j'enseignais] les femmes à haïr les hommes et les hommes à se haïr eux-mêmes. »
C'est un exemple classique : on déforme un message pour l'invalider.
Vouloir que les hommes reconnaissent leur privilège social, économique et politique = nous voulons que les femmes haïssent les hommes et que les hommes se haïssent eux-mêmes.
Quand vous commencez à confronter votre privilège, c'est une réaction ordinaire de croire que vous êtes calomnié-e (même si ce n'est pas le cas). Mais si votre réaction est d'être méprisant-e, c'est que vous choisissez le déni plutôt qu'une analyse critique.
Vous permettez à ces arguments simplistes de vous dissuader de chercher la vérité. Et ce mode de vie n'est ni sain, ni satisfaisant.
S'entendre dire «assieds-toi et tais-toi » peut être difficile, surtout lorsque l'on pense que l'on fait quelque chose de bien. Cela arrive beaucoup et est souvent utilisé comme un moyen de justifier de dire du mal d'un mouvement, et même de nier l'existence des privilèges. « Vous voyez, c'est la raison pour laquelle vous, les féministes, avez mauvaise réputation... »
Et cela peut être comme des sables mouvants pour quelqu'un qui commence à remettre en question ses privilèges.
Vous pouvez poser une question, ou faire un commentaire qui recevra une réponse très sévère et surprenante. C'est à ce moment-là que vous pourrez être tenté de remonter sur ce tapis volant et de décoller loin de tout ça.
Mais voici un conseil de quelqu'un qui a mis les pieds dans le plat plus d'une fois : si vous sentez monter de la colère d'être critiqué quand vous apprenez sur vos privilèges (et ce sera le cas à un moment donné, parce que nous passons tous par là), cessez de parler et écoutez.
Croyez-moi, je sais combien ça peut être difficile. L'un des bénéfices du privilège, c'est qu'habituellement, il nous protège de la censure. Lorsque l'on vient d'une position privilégiée, notre chemin de pensée va souvent ainsi : « Eh, j'ai quelque chose à ajouter dans cette discussion, et j'ai le droit de l'exprimer ! »
Mais le fait est que ce sont des gens dotés de vos mêmes privilèges qui ont toujours eu la parole auparavant. Donc, peu importe à quel point vous vous sentez mal à l'aise, peu importe à quel point vous devez vous empêcher de parler, si vous voulez vraiment être du côté qui combat l'oppression, vous aurez besoin d'écouter quand quelqu'un vous confronte sur votre logique.
Si ceux que vous avez offensés ne sont pas d'humeur à expliquer votre erreur, essayez de l'accepter. Combattez la tentation de les discréditer, eux et leur message, même si vous vous sentez blessé-e.
Relevez-vous et essayez encore, à nos côtés. Si vous voyez où vous avez fait une erreur, alors présentez de vraies excuses. Si vous ne voyez pas, attendez un peu. Parfois, cela vous vient plus tard lorsque vous commencez à faire davantage les liens.
Les mots peuvent blesser. Ils peuvent être tranchants, toucher là où ça fait mal. Mais ça ne veut pas dire qu'ils ne sont pas vrais ou que vous ne devriez pas écouter.
2. J'ai l'impression qu'on attaque ma famille.
Certaines personnes pensent à leur propre arbre généalogique lorsqu'on les confronte à certains privilèges.
Peut-être avez-vous eu des ancêtres qui ont vécu la pauvreté et des oppressions de là où iels venaient, et leurs effets ont été ressentis pendant des générations.
Ceci peut rendre difficile de croire que vous avez vécu n'importe quel type de « privilège ». Ça pourrait même vous énerver et vous tenter d'abandonner.
Mais si vous abandonniez, vous manqueriez une belle opportunité d'éveil et d'introspection !
Beaucoup de gens ont certains privilèges, mais sont marginalisés sur d'autres aspects de leur vie. Par exemple, votre famille peut avoir eu un privilège racial, mais comme immigrés, iels ont peut-être du affronter de la discrimination et de la stéréotypation.
Vous n'êtes peut-être pas conscient-e du rôle que les privilèges de votre famille ont joué dans votre vie de tous les jours -personne n'attend ça de vous, du moins au début. C'est un peu le signe distinctif des privilèges : vous n'avez pas à avoir conscience d'eux, et ils travaillent tout de même en votre faveur.
Le meilleur conseil pour vous ici est de retourner aux étapes fondamentales que sont penser, lire et écouter. Je n'ai absolument aucun doute que si vous faites les trois, vous commencerez à remarquer vos privilèges, à côtés de là où vous avez été marginalisé-e.
3. Je ne me sens pas « privilégié-e »
L'un des memes les plus agaçants circulant sur Facebook en ce moment figure une personne sans-abri, vieille, et blanche, dormant sur un banc dans un parc, et la légende indique « Eh bien, au moins tu as ton privilège blanc ».
Cet argument fait plaisir dans un esprit privilégié. Vous pouvez simplement vous convaincre que le privilège doit être égal à la richesse ou au pouvoir, et qui si vous n'avez pas ça, alors vous n'êtes pas privilégié-e. Pfiou. Quel soulagement !
Beaucoup croient à tort que s'iels ont souffert ne serait-ce qu'un petit peu, iels ne peuvent pas être privilégié-e.
Nous avons tendance à nous tourner vers cet argument quand quelqu'un nous défie à propos de notre privilège, ou à la seconde où l'on commence à ressentir de la culpabilité et que nous n'aimons pas ce sentiment. Dans les faits, ça n'amène à rien du tout de réfuter l'existence du privilège.
En revanche, les gens qui ont travaillé dur sont offensés par l'idée qu'un type de privilège leur ait bénéficié d'une façon ou d'une autre. Pour elleux, il peut sembler que reconnaître les façons dont iels sont privilégié-e-s revient à dire qu'iels n'ont pas mérité ce qu'iels ont.
C'est une réaction initiale compréhensible. Vous pouvez en effet avoir travaillé très dur pour gagner ce que vous avez.
Mais accepter vos privilèges ne minimise pas votre dur labeur, et ne dilue pas votre réussite. Cela requiert seulement de reconnaître que la ligne de départ n'est pas la même pour tout le monde.
Certains privilèges nous aident dans notre réussite par des moyens qui sont invisibles aux seuls yeux privilégiés, à moins que vous ne décidiez de regarder vraiment.
Donc, allez-y. Regardez. Ça vaut la peine de se rendre compte de vos privilèges si vous voulez être authentique, honnête, et faire partie d'un mouvement qui veut améliorer la situation de tous.
C'est facile de se replier sur des manières de penser plus confortables – de complètement déformer ce que le privilège est réellement, à la faveur de quelque chose de plus psychologiquement acceptable. Il faut faire un effort pour ne pas tomber là-dedans.
Faites-moi confiance. Ça en vaudra l'inconfort et la vulnérabilité.
4. Vous me demandez de changer !
Eh bien… oui. C'est ce qu'on demande.
Et cela peut être difficile à accepter si vous pensez que vous n'avez rien fait de mal. On se sent plus en sécurité lorsqu'on s'accroche à nos croyances que toutes les choses sont justes et égales, ou que l'on est toujours défavorisé-e.
Quel autre choix existe-t-il ? Si je ne crois pas ça, alors je dois agir, n'est-ce pas ?
Je ne peux pas nier que je suis délibérément impliqué-e dans les oppressions que subissent d'autres que moi. Si je le nie, soudainement le poids de tout ce que ces féministes ont évoqué est sur mes épaules aussi.
Mais honnêtement, ça a toujours été le cas. Vous avez juste une opportunité d'y faire quelque chose maintenant.
Et c'est là que les choses deviennent concrètes. Si vous vous évaluez honnêtement, vous et tout ce qui fonde vos pensées, vos croyances et vos comportements, vous allez sans doute éprouver cette sensation dévorante d'avoir besoin de changer, et vous pouvez en craindre le prix.
Qu'est-ce que les autres vont penser quand je ne serai plus amusé-e par quelque chose qui m'aurait fait rire il y a six mois de ça ?
Est-ce que je vais devoir changer ma façon de penser ? Mon attitude ? Comment je communique ? Peut-être. Probablement.
Mais est-ce vraiment la fin du monde ? Non.
Alors prenez courage, et ne laissez pas la peur d'être remis-e en question vous empêcher de faire ce qui est juste.
Assumer ses privilèges est un processus actif et continu. Cela requiert d'une personne qu'elle pense, lise, et surtout écoute.
Vous devez être enclin-e à faire les choses bien sans être félicité-e à chaque fois. Après tout, nous ne devrions pas nous attendre à l'être, simplement pour avoir reconnu la vérité et pour agir en conséquence. Il est également probable qu'on vous emmerde pour ça.
Quelle est la récompense ? La satisfaction que vous aurez parce que vous essayez d'améliorer les choses -et l'amitié de personnes extraordinaires en chemin.
Alors oui, accepter vos privilèges sera probablement inconfortable. Mais vous verrez que ça en vaut le coup.
Traduction de cet article http://everydayfeminism.com/2015/01/uncomfortable-thoughts-privilege/ de Dr. Robin Landwehr (@RobinLandwehr1, the Hippie in Me Blog.)