Le mariage de Louis XV en la cathédrale de Strasbourg
Peu de strasbourgeois se souviennent que le 15 août 1725, leur cathédrale a été le témoin d’un évènement historique exceptionnel, à savoir le mariage du roi Louis XV.
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Pourquoi faut-il absolument marier le roi Louis XV ?
En 1725, le roi Louis XV est un adolescent de 15 ans, puisqu’il avait cinq ans à la mort de son arrière grand-père, le roi Louis XIV, en 1715. Son mariage constitue une urgence, car il est le dernier vivant de sa branche et son décès entraînerait la transmission du trône au duc d’Orléans, fils du Régent, décédé deux ans plus tôt. Certes, le roi est bien fiancé à la fille du roi Philippe V d’Espagne, elle aussi arrière-petite-fille de Louis XIV, mais celle-ci est encore une enfant de sept ans et il faudrait attendre plusieurs années avant qu’elle ne puisse donner un héritier à Louis XV. La décision est prise de la renvoyer chez son père et de trouver une autre épouse au roi. Sur plusieurs dizaines de princesses européennes envisagées, beaucoup sont éliminées comme étant trop âgées, trop jeunes, de confession luthérienne ou orthodoxe. Le choix se porte finalement sur Marie Leszczynska, fille de Stanislas Ier, qui a régné en Pologne entre 1704 et 1709 mais qui en a été détrôné.
Certes, le parti n’est pas prestigieux car la Pologne est une monarchie élective à laquelle la famille Leszczynski n’a donné qu’un seul et éphémère roi. La dot est chiche, car le roi Stanislas est un exilé assez démuni, mais sa fille a 22 ans, ce qui garantit des naissances rapides et constitue le principal critère recherché.
Après s’être réfugié dans le Palatinat, le roi Stanislas et sa fille se trouvent établis à Wissembourg depuis 1719. Ils sont donc déjà dans le royaume de France. Or, traditionnellement, la princesse étrangère que le roi de France épouse se trouve accueillie aux frontières du royaume, où elle se dépouille de tout ce qui vient de son pays, que ce soit ses femmes de compagnie ou même
ses vêtements, pour être confiée à la Maison de la Reine, groupe d’officiers
et de domestiques composé à son intention. C’est ce rituel que connaîtra la jeune Marie-Antoinette d’Autriche lorsqu’elle traversera le Rhin entre Kehl et Strasbourg en 1770 pour épouser Louis XVI.
La cité de Wissembourg étant trop modeste, il est décidé que Marie Leszczynska deviendra reine de France à Strasbourg à travers son mariage, avant de rejoindre son époux en cortège royal. Il semble que la localisation alsacienne de la cérémonie ait également été choisie pour des raisons politiques : attacher à la couronne de France la population d’une province fraîchement conquise. De plus, la cathédrale de Strasbourg constitue un cadre splendide pour un tel évènement. Le contrat ayant été signé le 9 août 1725 à Versailles, la date du 15 août est choisie pour la cérémonie.
La fiancée rend ainsi hommage à la Vierge Marie, qu’elle vénère particulièrement, en la fête de son Assomption, qui se trouve être la fête patronale de la cathédrale de Strasbourg.
Un mariage par procuration
Le mariage par procuration, pratique assez courante pour les mariages royaux de l’époque, présente l’avantage de permettre un mariage rapide sans pour autant obliger le marié, en l’occurrence le roi, à se déplacer. Rappelons que les voyages de l’époque sont sans commune mesure avec ceux d’aujourd’hui. Le duc d’Orléans, celui-là même qui aurait tout intérêt à ce que la femme de Louis XV n’ait pas d’enfants, est chargé de représenter le roi au mariage par procuration, en sa qualité de premier prince du sang. Quant au prélat chargé de recevoir les consentements, il s’agit du cardinal Armand-Gaston de Rohan, prince évêque de Strasbourg depuis 1704, cardinal depuis 1712, grand aumônier de France depuis 1713 et qui est entré au conseil de Régence trois ans plus tôt, aux côtés du duc de Bourbon, principal instigateur du mariage avec la princesse polonaise. Certains le disent fils naturel de Louis XIV, ce qui en ferait un grand-oncle du marié…
La cérémonie à la cathédrale
En 1725, le choeur de la cathédrale se présente depuis quelques décennies dans une nouvelle disposition : le jubé a été détruit en 1682, un an après le retour de la cathédrale au culte catholique ; un monumental autel à la romaine a été élevé à la croisée du transept, avec un baldaquin rappelant le style de Saint-Pierre de Rome et surmonté d’une couronne ; les stalles des chanoines ont été déplacées au fond de l’abside. Par ailleurs, des galeries ont été aménagées entre les piliers délimitant le choeur, pour servir aux chantres et aux musiciens.
La fiancée est accueillie au grand portail par le cardinal de Rohan, entouré de quatre abbés mitrés et de l’évêque de Spire, diocèse dont dépend Wissembourg. Le cardinal harangue la princesse en l’invitant à entrer dans la cathédrale, de laquelle les protestants ont été exclus. Marie Leszczynska s’agenouille sur un prie-Dieu couvert d’un tissu de velours semé de lys d’or.
Selon le Rituel alors en usage, le duc d’Orléans passe d’abord au doigt de la fiancée l’anneau béni par le cardinal et lui remet symboliquement treize pièces d’or. Le cardinal pose aux deux fiancés la question rituelle, à cela près que le texte tient naturellement compte de la procuration : « Monsieur le duc d’Orléans, prenez-vous au nom du roi de France la princesse Marie pour épouse ? ». « Marie, je vous prends au nom du Roi comme ma femme et légitime épouse ».
À ce moment précis, la princesse polonaise est devenue reine de France et c’est comme telle qu’elle reçoit les honneurs des gardes présents. La messe se poursuit jusqu’à la communion et la cérémonie s’achève par un Te Deum, avant la signature des registres.
Départ pour Fontainebleau
La nouvelle reine doit rejoindre au plus vite son époux. Le cortège quitte l’Alsace, avec plusieurs carrosses pour la suite et de nombreux fourgons pour les bagages. Le roi Stanislas rejoint par surprise sa fille à Saverne pour l’embrasser encore. Le roi, qui a reçu l’écho de la cérémonie par des courriers, a grande hâte de rencontrer son épouse, mais il devra patienter le temps d’un voyage de trois semaines dans la pluie et dans la boue, au point qu’il faudra faire une fois appel à de robustes paysans pour sauver le carrosse royal qui s’enfonce dans un véritable cloaque. La nouvelle reine attend de voir son époux en contemplant un portrait en miniature qu’il lui a fait parvenir.
Chaque village et chaque ville traversés permettent à la population locale d’acclamer sa nouvelle reine. C’est seulement le 4 septembre que le cortège parvient à Fontainebleau où se célèbre dès le lendemain une deuxième cérémonie de mariage, cette fois en présence des deux époux.