@30jourspourecrire - Jour 9
Longtemps, j'ai cru que les bijoux n'étaient que des objets, de jolies choses que l'on porte pour embellir un cou, un poignet, une main. En réfléchissant à ce thème, je me suis surtout dit qu'ils étaient une métaphore des êtres humains qui gravitent autour de moi.
Nous entrons tous dans la vie des autres comme des bijoux déposés dans un écrin, ou dans une boîte que l'on garde précieusement.
Certains arrivent discrètement, d'autres attirent immédiatement le regard, certains brillent si fort qu'ils nous éblouissent et d'autres restent dans l'ombre jusqu'au jour où un rayon de lumière révèle leur véritable éclat. Pendant longtemps, j'ai cru que les plus précieux étaient ceux qui scintillaient le plus, qui étaient les plus visibles au quotidien et, je vous le donne en mille, je me suis trompée.
Il existe des bagues qui ressemblent à des diamants mais qui ne sont que du verre taillé. Elles captent parfaitement la lumière, donnent l'illusion de la rareté et nous donnent l'impression que nous sommes, nous aussi, précieux. On les admire, on les protège, on les bichonne, on en prend soin. Puis un jour, le métal s'écaille, la pierre se fissure et l'on découvre qu'elles n'avaient jamais eu la valeur qu'on leur prêtait et que nous n'avons fait que perdre un temps si précieux, même si, au final, elles nous ont apporté cette foutue résilience.
À l'inverse, il existe des pierres que l'on voit moins. Des obsidiennes noires, des pierres de lave, des quartz bruts. Elles ne cherchent pas à séduire et elles ne promettent rien. Pourtant, lorsqu'on les observe vraiment, elles racontent une histoire bien plus profonde. Elles ont traversé le feu, les pressions, les profondeurs de la Terre pour devenir ce qu'elles sont. Leur beauté ne saute pas aux yeux. Elle se mérite.
Je crois que les êtres humains leur ressemblent. Il y a ceux que l'on pensait être des bijoux éternels et qui disparaissent au premier choc, ceux qui perdent leur éclat dès que les jours deviennent plus sombres, ceux qui brillaient dans les grandes occasions mais deviennent invisibles lorsque l'on aurait simplement eu besoin d'une présence.
J'ai découvert que certains bijoux n'existent finalement qu'au soleil. Ils brillent sur les photos, lors des repas de famille, pendant les fêtes. Mais lorsque la nuit tombe, ils cessent d'éclairer. Ils restent dans leur écrin, bien à l'abri, pendant que l'on apprend seul à traverser l'obscurité.
Et puis il y a les autres. Les bracelets, par exemple. Eux nous entourent le poignet comme une présence discrète. Ils ne prennent pas toute la place. Ils rappellent simplement, à chaque mouvement, que quelqu'un est là. Ils soutiennent sans serrer. Ils accompagnent sans jamais entraver. Je porte toujours les cinq que mon fils m'a faits, et je rajoute régulièrement celui à breloques, dont chacune a une signification particulière, même si je vais devoir ôter celles qui représentent mon ex-époux. Mais plus tard, quand j'en aurai la force. En attendant, il reste bien rangé.
Il y a aussi les colliers, ceux que l'on porte tout contre le cœur. Pas parce qu'ils sont les plus chers, mais parce qu'ils portent une histoire, un souvenir, une promesse, une force invisible que l'on serre entre ses doigts lorsque tout vacille. Depuis qu'il est bébé, lorsqu'il est très fatigué, mon fils serre fort les pendentifs que j'ai au cou : d'abord un flamant rose, complété par le signe du Sagittaire et enfin un J qui, malheureusement, était indiqué en argent mais qui s'oxyde et que je vais devoir remplacer. Parfois, d'autres le rejoignent, avec toujours une signification derrière.
Enfin, il existe aussi les boucles d'oreilles, celles qui savent écouter. Elles ne parlent pas toujours beaucoup et n'ont pas besoin de réparer nos blessures. Elles restent simplement là, assez proches pour entendre nos silences sans chercher à les remplir. Elles ne sont jamais identiques. Je peux en porter jusqu'à six et, en dehors des pendantes, aucune n'est symétrique. Elles ont toutes une signification également et, bien que différentes, elles forment de superbes paires et s'harmonisent.
Et puis il y a ces pierres précieuses que l'on découvre là où l'on ne les attendait pas, des saphirs cachés dans des rencontres anciennes, des émeraudes croisées au détour d'un message, des perles offertes par des inconnus qui, sans le savoir, trouvent exactement les mots dont nous avions besoin.
La vie est étrange. Parfois, ceux que l'on croyait sertis dans notre existence tombent sans prévenir et ceux que l'on pensait n'être que de simples cailloux deviennent les plus beaux joyaux de notre collection.
Je crois même que certaines pierres ne révèlent leur véritable couleur qu'après la tempête. Cette année, ma boîte à bijoux s'est renversée et elle s'est vidée. Des pièces auxquelles je tenais plus que tout se sont brisées, et d'autres se sont décrochées sans que je comprenne pourquoi. Certaines se sont révélées n'être que des bijoux fantaisie auxquels j'avais donné une valeur qu'ils n'avaient jamais eue.
J'ai eu mal. Très mal. Parce qu'on ne pleure jamais un morceau de métal, on pleure ce qu'il représentait, on pleure les souvenirs gravés sur une alliance, les promesses enfermées dans une bague, les années suspendues à un pendentif.
On pleure tout ce que l'on croyait indestructible. Mais au milieu de toutes ces pertes, j'ai découvert quelque chose d'inattendu car mon écrin n'est pas totalement vide. Je possédais déjà des trésors dont je ne mesurais pas la valeur, des bijoux discrets qui n'avaient jamais cherché à attirer mon regard, des pierres solides qui, au lieu de fuir la tempête, sont restées à mes côtés jusqu'à ce que le vent se calme un peu.
Aujourd'hui, je ne porte plus l'alliance qui symbolise désormais une histoire terminée et j'ai laissé partir au loin ces bijoux que je pensais précieux. Je n'ai pas retenu ceux qui ont roulé au loin. Non, j'apprends à leur dire adieu et à laisser de la place à de nouveaux qui veulent, eux, faire partie de mon coffre aux trésors. Et peut-être que c'est cela, finalement, grandir, arrêter de courir après ce qui brille, apprendre à reconnaître ce qui éclaire.
Car les vrais bijoux ne sont pas ceux que l'on expose, ce sont ceux qui restent avec nous lorsque tout le reste s'effondre.