Dans le 9Ăšme, jour XXX...
Chers confinos, ce silence nâest pas du Ă ma personne. Officiellement, je faisais du pain, officieusement câest beaucoup plus complexe que cela...
Tout dâabord, il y a une chose Ă savoir de premiĂšre importance:
Il y a un monde dans ma cave. Et ce nâest pas un monde que je veux connaitre... OĂč Ă©tais- tu, lecteur durant tous ces jours? En tout cas pas avec moi, jâai bien failli crever toute seule!
AprĂšs les nouvelles dâArdĂšche, je me suis trouvĂ©e fort inutile dans mon confinement. Et je pense ne pas ĂȘtre la seule. Moins de monde au cafĂ© Kebab, moins de monde aux fenĂȘtres Ă 20h... Comme si peu Ă peu le quartier sâĂ©teignait. Il me fallait une nouvelle quĂȘte, un nouveau dĂ©fit. Jâai donc dĂ©cidĂ© de dĂ©couvrir ce quâil y avait derriĂšre cette grille. Comme si le destin mâenvoyait un signe, jâai trouvĂ© la porte dĂ©verrouillĂ©e en descendant pour la 8Ăšme fois mes poubelles.Â
Il y a un monde dans ma cave. Et jâai fait demi tour dĂšs que je lâai vu. Malheureusement pour moi, quelquâun avait refermĂ© le verrou et avait laissĂ© un mot sur la porte. Jâai eu beau crier, pleurer, appeler. Mes voisins avaient dâun commun accord dĂ©cidé de respecter le confinement pour me faire chier.
Jâai ouvert alors le mot:
âChĂšre Voisine,
La prochaine fois planquez mieux les gobelets. Un petit séjour au frais vous fera du bien.
Vos voisins mĂ©contentsâ
Les jours passĂšrent et se transformĂšrent en semaines... En fouillant pendant les brĂšves pĂ©riode de jour la cave, jâai pu dĂ©goter un rĂ©chaud en Ă©tat de marche et heureusement pour moi, le restaurant avait entreposĂ© ses stocks.
Au bout de quelques jours, voir semaines, quelquâun est enfin venu me sortir de cet enfer, et comme il me lâa fait comprendre, tout le monde mâavait complĂ©tement oubliĂ©... Lui Ă©tait juste venu descendre ses poubelles.
Mes voisins en plus dâĂȘtre potentiellement des assassins sont surement des gens sales.
Jâai profiter de ce temps pour rĂ©soudre le mystĂšre du tag. La famille 3C, a un petit Jean-Kevin de 14 ans qui dâaprĂšs sa mĂšre serait un artiste.. Avide de se faire une âstreet credâ comme disent les jeunes, Jean-Kevin Ă voulu sâexercer au noble art du tag.
Je suis déçue. Non pas par Jean Kevin, que jâai dĂ©noncĂ© au flic ainsi quâau syndic. Non, je suis déçue de la petitesse de ce mystĂšre. OĂč est le meurtre? OĂč sont les secrets de mes voisins? Mais bon, dâun certain cotĂ©, cela vaut mieux. Passons Ă autre chose.
Pendant mon kidnapping, le 9Ăšme Ă totalement changĂ©. Je le quitte triste et morne, et le voila qui renait tel une fleur au printemps. On parle de âdĂ©confinementâ, de âlibĂ©rationâ. Le gouvernement veut lancer son processus en commençant par la rĂ©ouverture des Ă©coles. Je trouve personnellement que tester la seconde vague sur lâenseignement est vraiment dâavant garde. Sacrifier ses enfants pour le bien de la nation, on avait pas vu ça depuis les croisades. Jâai demandĂ© Ă mon dealer, depuis ma fenĂȘtre, ce quâil en pensait, il mâa rĂ©pondu : âle confi... quoi?â. VoilĂ ce que jâaime dans mon quartier, ils sont dĂ©jĂ passĂ©s Ă autre chose.
Comme mes voisins! Maintenant ils sâengueulent avec les restaurants du bas, parce quâils font des travaux et cela gĂšne leur bronzage.Â
Une nouvelle mode apparait, tous ont vĂȘtu leur masque... Tout le 9Ăšme Ă le sien... A croire que les stocks manquant Ă©taient chez nous! A mon avis, il nây a pas que la drogue qui circule dans mon quartier.
Jâaime ce petit air de printemps qui flotte de nouveau dans mon quartier. Les fenĂȘtres sont ouvertes, mais lâespionnage nâest plus pour moi. Jâai installĂ© mon fauteuil, et je mâendors sous les rayons du soleil.
La semaine prochaine, jâentendrai Ă nouveau les klaxons, les gens crier, les enfants rire (sâil ne sont pas morts, tuĂ©s par cette nouvelle mutation dont Facebook fait ses choux gras, ou juste par la somme de leur devoir). Nous le savons tous, la mauvaise humeur reviendra vite, surtout lorsque le gouvernement annoncera un nouvel effort national, mĂȘme si cette fois elle sera cachĂ©e par un masque.
Alors je profite de ces derniers jours, avant de retrouver ma réalité et mon bar adoré.









