Comment ĂȘtre sĂ»r·e que je suis asexuel·le ?
En tant que personnes asexuelles, nous avons pu nous poser nous-mĂȘmes la question ; et trĂšs souvent, les autres nous lâont posĂ©e aussi.
Faut-il ĂȘtre inattaquable ?
Nous ne sommes pas toujours trĂšs Ă lâaise avec lâidĂ©e de nous attribuer une identitĂ©.
Ăa peut venir dâun sentiment dâimposture quand on a lâimpression de ne pas rentrer dans la case ou dans toutes les cases, sur le moment ou quand on regarde lâensemble de notre vie.
Ăa peut ĂȘtre la crainte dâun mauvais « diagnostic » : et si ça venait dâautre chose ?
Ăa peut ĂȘtre notre tendance ou celle de notre entourage Ă rechercher une explication plus normativeâŠ
Bref, on se demande si ce nâest pas « tout simplement autre chose », ou « juste un malentendu », ou un peu « exagĂ©rĂ© ».
Alors, quelques éléments de réponse :
Il nây a pas de mauvais diagnostic parce que ce nâest pas un diagnostic ! On peut ĂȘtre autiste et asexuel·le (ou pas), handicapé·e moteur·trice et asexuel·le (ou pas), dĂ©pressif·ve et asexuel·le (ou pas), intersexe ou transgenre ou souffrant de vaginisme et asexuel·le (ou pas), survivant·e dâun traumatisme et asexuel·le (ou pas). Le fait dâavoir ou pas dâautres conditions nâinvalide pas ce que vous vivez et lâutilitĂ© dâun concept pour vous. Peut-ĂȘtre que « quelque chose » dâextĂ©rieur ou dâintĂ©rieur pourrait ĂȘtre la cause de ce que vous vivez en termes dâattirance physique, mais ça ne change pas que câest bien ce que vous vivez Ă ce moment.
On nâutilise pas ce genre de concepts par hasard. Il existe des personnes qui voient leur libido baisser aprĂšs des Ă©vĂ©nements mĂ©dicaux, des personnes qui pour des raisons diverses vivent le cĂ©libat ou la chastetĂ© pendant de longues pĂ©riodes, sans pour autant se considĂ©rer asexuelles. Si vous vous reconnaissez dans la dĂ©finition, dans certaines expĂ©riences, des personnes asexuelles, et quâĂ lâinverse vous vous reconnaissez moins dans le discours ambiant autour de la sexualitĂ©, bref si ce terme rĂ©pond Ă quelque chose chez vous, alors il est lĂ©gitime.
Il nây a pas de personne asexuelle « parfaite ». Parce que les gens ont toujours des doutes, besoin dâune explication qui sâinscrive dans leur vision du monde, on va dĂ©cortiquer chaque aspect de votre personne, personnalitĂ©, expĂ©rience, et essayer de justifier que ça ne rentre pas. Les gens - et nous-mĂȘmes ! - ont dĂ©jĂ des reprĂ©sentations toutes faites sur beaucoup de choses, et le premier effort va souvent ĂȘtre de faire coller qui vous ĂȘtes avec ces reprĂ©sentations.
Les gens croient facilement que pour les femmes, surtout blanches, « câest normal, il y a beaucoup de femmes frigides », « toutes les femmes sont comme ça », « les femmes ont une sexualitĂ© compliquĂ©e, rien dâexceptionnel lĂ -dedans ». Dans mon expĂ©rience câest une rĂ©action trĂšs typique des hommes hĂ©tĂ©rosexuels, dont je plains beaucoup les partenaires. On dit aussi que « les femmes intellectuelles rĂ©flĂ©chissent trop pour vraiment apprĂ©cier le sexe », bref, on se dĂ©douane beaucoup de faire plaisir aux femmes⊠et on nie autant leur sexualitĂ© que leur asexualitĂ© !
En revanche lâasexualitĂ© est vue comme rĂ©solument incompatible avec les femmes noires, maghrĂ©bines, latino, asiatiques - et en gĂ©nĂ©ral les jolies femmes, qui ont toujours Ă©tĂ© hypersexualisĂ©es. LĂ , câest la prouesse du « bon » homme (Ă©videmment un homme) qui les « sauvera ». En fait ce sera vu soit comme une trahison de qui elles sont, soit comme le modĂšle parfait de soumission attendu des hommes machistes oĂč les femmes ne sont de toutes façons que des objets et non des sujets de dĂ©sir.
Les hommes, surtout blancs et noirs, ne peuvent ĂȘtre que sujets de dĂ©sir donc ne seront pas crus non plus. Les hommes asiatiques selon les cultures et pĂ©riodes peuvent ĂȘtre vus comme Ă©masculĂ©s donc avoir des reprĂ©sentations contradictoires sur ce sujet. Plus que pour les femmes, lâasexualitĂ© chez les hommes serait considĂ©rĂ©e comme honteuse et dĂ©virilisante. Mais les hommes auront aussi souvent eu plus facilement et « automatiquement » accĂšs au sexe, ou eu des rĂ©actions physiologiques naturelles, qui viendront apparemment contredire la notion dâasexualitĂ©.
Si vous avez des soucis par ailleurs on regroupera tout ça dans une condition mĂ©dicale et on vous refusera cette identitĂ© ; si vous nâavez pas de souci on vous dira quâil nây a aucune raison pour que vous ne trouviez pas quelquâun un jour quiâŠ
Si vous avez dĂ©jĂ eu des expĂ©riences sexuelles on vous dira que vous ne pouvez pas ĂȘtre asexuel·le, mais si vous nâen avez pas eues, on vous dira que vous ne saurez pas tant que vous nâaurez pas essayĂ© !
Si vous ĂȘtes jeune on vous dira que vous nâĂȘtes pas encore mature sexuellement, que vous nâavez pas encore rencontrĂ© la bonne personne⊠non ! attendez, on me dit ça alors que jâai maintenant 32 ans et jâai vu des tĂ©moignages sur internet, une pauvre dame sâest encore entendu dire Ă 60 ans passĂ©s quâelle nâavait pas rencontrĂ© la bonne personne !
Si vous vous habillez bien on vous dira que vous cherchez lâattention sexuelle donc vous ne pouvez pas ĂȘtre asexuel·le ; si vous ne vous habillez pas bien on vous dira que vous nâĂȘtes pas mature, que vous avez juste peur, que vous avez des blocages psychologiquesâŠ
Si vous avez une libido ou des rĂ©actions physiologiques on ne vous considĂ©rera pas asexuel·le, mais si vous nâen avez pas on vous dira juste que câest mĂ©dical.
Si vous ĂȘtre extraverti·e on vous dira que vous avez peur de vous engager, vous aimez juste les gens de façon superficielle ; si vous ĂȘtes introverti·e on vous dira que vous avez peur, vous nâosez pas vous ouvrir aux gens.
Comme vous aimez des gens, romantiquement ou non, on vous dira que vous ĂȘtes capable dâĂ©tablir un lien fort avec quelquâun donc il suffira de trouver la bonne personne⊠Si vous Ă©prouvez de lâattirance non sexuelle pour des gens (sensuelle, esthĂ©tique) ce sera vu comme un signe dâattirance physique puisque personne dâautre ne fait cette distinctionâŠ
Parfois il nây a rien Ă faire : pour certaines personnes, ce concept nâest pas acceptable et elles n'y croiront jamais. On ne peut que prendre du recul, se dire que ce nâest pas personnel et câest leur vision du monde quâelles ont du mal Ă quitter.
Quand on se questionne, on peut avoir tendance Ă dĂ©cortiquer des nuances Ă lâinfini « tiens, cette fois lĂ , quand jâavais 14 ans et que cette fille mâa souri, jâai ressenti des papillons dans le ventre donc est-ce que du coup je ne suis pas⊠» « une fois jâai Ă©prouvĂ© du plaisir pendant lâamour donc est-ce que⊠? » « jâaime bien lâentourage de personnes de tel genre, je me sens Ă lâaise et valorisé·e, alors⊠? »
Rien nâinvalide votre asexualitĂ©, si vous considĂ©rez que ce concept rĂ©sonne avec ce que vous vivez.
Est-ce que ça vous apporte des clĂ©s de comprĂ©hension, des outils, du vocabulaire utile pour faire sens de ce qui se passe en vous et avec les autres ? Alors câest bon !
Il nây a pas une façon dâĂȘtre asexuel·le. Il nây a pas dâexamen dâentrĂ©e.
Avancez dâune maniĂšre qui est authentique pour vous, pour dĂ©crypter vos fonctionnements et vos besoins, apprendre Ă les gĂ©rer et ĂȘtre Ă lâaise avec vous-mĂȘme.
Je me rĂ©pĂšte sur ce point : respectez ce que lâasexualitĂ© veut dire pour les autres aces, et utilisez le terme si ça vous est utile !
Et si lâon se condamnait ?
Beaucoup dâentre nous avons vĂ©cu notre dĂ©couverte de lâasexualitĂ© comme une libĂ©ration, un concept et une communautĂ© qui enfin expliquaient quelque chose chez nous et nous permettaient de ne plus nous sentir cassé·e·s ou forcé·e·s de rentrer dans un moule pas adaptĂ©.
Pour certains, câĂ©tait juste une Ă©vidence.
Pour dâautres encore, et massivement pour notre entourage en gĂ©nĂ©ral, cette identitĂ© vient avec une peur, celle dâune sorte dâenfermement :
Est-ce que nous ne prenons pas pour des sortes de poĂštes maudit·e·s, nous condamnant nous-mĂȘmes au malheur et Ă la solitude par notre attachement idĂ©ologique Ă ce concept ?
Je vais vous dire un truc. Ăa ne marche pas comme ça.
Oui, les mots ont un certain pouvoir, ils expriment, et ce faisant donnent du poids aux idées.
Mais ce concept dâidentitĂ©, ce nâest pas pour cela quâon lâutilise. Ce nâest pas un voeu de chastetĂ©, une entrĂ©e en religion, un ermitage⊠Câest une description ! Tout ce que ça veut dire, câest que ça indique le fait quâĂ ce moment, sur la pĂ©riode de rĂ©fĂ©rence, notre expĂ©rience est suffisamment diffĂ©rente de la majoritĂ© pour avoir besoin dâun concept.
Dans un monde parfait oĂč tous les modes de vie seraient acceptĂ©s sans sourciller et traitĂ©s de maniĂšre parfaitement Ă©gale, les identitĂ©s LGBTQIA nâauraient pas la mĂȘme importance. Dans notre sociĂ©tĂ©, cela nous permet de trouver des dĂ©cryptages pour mieux comprendre la sociĂ©tĂ© et ce qui nous en sĂ©pare, des ressources pour nous dĂ©fendre et nous affirmer, des personnes pour partager nos expĂ©riencesâŠ
En fait, si on sâattache Ă ce concept, câest la faute de lâhĂ©tĂ©ronormativitĂ© ! Câest parce que les hĂ©tĂ©rosexuels nâacceptent pas la diffĂ©rence que lâon doit comprendre et forger la nĂŽtre plutĂŽt que de nous enfermer rĂ©ellement cette fois dans un mode de vie qui nâest pas le nĂŽtre. Alors câest un peu facile de nous le reprocher.
Peut-ĂȘtre que câest une possible dĂ©rive de sâenfermer dans une idĂ©e quâon a de soi et de se rendre malheureux·se quand on nâaccepte pas⊠quoi, de revenir sur cette idĂ©e alors que nos envies profondes ont changĂ© ? Peut-ĂȘtre. Je nâai jamais rencontrĂ© le cas, personnellement, sur ce sujet ou sur un autre. Les gens sont trop attachĂ©s Ă leurs dĂ©sirs et suivent trop leurs Ă©motions pour cela.
Mais vous savez qui ne se pose jamais cette question sur lâimportance de rester ouvertes au changement ? Les personnes hĂ©tĂ©rosexuelles, pour elles-mĂȘmes.
Câest parce quâon associe la normalitĂ© et lâĂ©panouissement Ă lâhĂ©tĂ©rosexualitĂ© quâon a tellement peur de « lâenfermement » dans une autre identitĂ©.
Certain·e·s parmi nous et notre entourage espĂšrent que les choses changeront, parce quâon a tellement intĂ©riorisĂ© le concept traditionnel et hollywoodien de lâamour romantique et sexuel qui doit remplir notre vie, nous accompagner jusquâĂ la mort, porter notre sens, notre bonheur, nos Ă©preuves, mais aussi le crĂ©dit de la maison, les deux enfants et demi, les vacances, tout ça⊠On croit que câest la seule façon dâĂȘtre heureux, notamment pour notre entourage qui part de sa propre maniĂšre dâĂȘtre et ne peut pas imaginer ĂȘtre heureux autrement !
Pour moi il est lĂ , le vrai danger : espĂ©rer ou attendre que notre façon dâĂȘtre change. Car câest se nier soi-mĂȘme, se dire quâon nâest pas complet·e, pas suffisant, et attendre un Ă©vĂ©nement hypothĂ©tique pour se donner le droit dâĂȘtre heureux·se et de construire sa vie. Il est temps de se sortir de la tĂȘte quâil y a une recette unique et universelle du bonheur et du mode de vie idĂ©al.
Est-ce quâil faudrait âessayerâ ?
Ce quâil faut, câest nous Ă©couter nous-mĂȘmes.
« Je suis vierge, je nâen sais rien, peut-ĂȘtre que je devrais essayer pour ĂȘtre sĂ»r·e ? »
« Je nâai quâune ou deux expĂ©riences mais ratĂ©es, peut-ĂȘtre que je devrais rĂ©essayer⊠pour ĂȘtre sĂ»r·e ? »
Et puis quoi aprĂšs ? « Là ça nâa pas marchĂ©, peut-ĂȘtre que je devrais vivre avec une personne, me marier⊠pour ĂȘtre sĂ»r·e ? » !
La grande majoritĂ© des gens hĂ©tĂ©rosexuels sont sĂ»rs dâĂȘtre hĂ©tĂ©ro souvent bien avant leur premiĂšre expĂ©rience sexuelle et mĂȘme la pubertĂ©.
La grande majoritĂ© des gens hĂ©tĂ©rosexuels nâont pas essayĂ© le sexe avec une personne de leur genre juste « pour ĂȘtre sĂ»rs » quâils Ă©taient bien hĂ©tĂ©ros.
La grande majoritĂ© des premiĂšres expĂ©riences sexuelles sont lamentables, et autant de gens ne le referaient pas juste « pour ĂȘtre sĂ»rs » si ce nâĂ©tait pas quelque chose dont, fondamentalement, ils ont extrĂȘmement envie.
La sociĂ©tĂ© applique ce calque de « bien sĂ»r on a tou·te·s trĂšs envie de sexe avec X personnes » et ne peut pas imaginer quâon nâen ait simplement pas envie, donc elle essaie de voir oĂč ça nâa pas marchĂ©.
Il y a une telle pression normative que le discours « essaye au moins » est trÚs courant.
Je ne suis pas lĂ pour vous dire de le faire ou non.
Je sais quâil y a des personnes asexuelles qui ont essayĂ© des relations avec une composante sexuelle. Certain·e·s ont apprĂ©ciĂ©, dâautres sont indiffĂ©rent·e·s, dâautres sont dĂ©goĂ»té·e·s. Je sais quâil y en a qui nâont pas essayĂ©. Il nây aucun problĂšme avec aucune de ces options !
Je veux juste dire deux choses importantes mais qui sont loin dâĂȘtre Ă©videntes et partagĂ©es : si vous choisissez dâessayer le sexe, faites-le en connaissance de cause et pour les bonnes raisons.
Lâorientation ne doit pas ĂȘtre rĂ©duite Ă un acte sexuel. Dans lâensemble, quand on dĂ©couvre le concept dâasexualitĂ©, lâexpĂ©rience sexuelle nâest pas nĂ©cessaire pour identifier sa propre asexualitĂ©, et mĂȘme jâirais jusquâĂ dire quâelle nâaide pas spĂ©cialement.
Le fait de pratiquer du sexe est un choix que vous pouvez faire si vous apprĂ©ciez lâacte et le plaisir physique, si vous voulez faire plaisir Ă votre partenaire, mais la pratique du sexe ne transforme personne en hĂ©tĂ©ro, homo ou bisexuel·le. Cela fait juste de vous quelquâun qui pratique du sexe. Si vous questionnez votre identitĂ©, vous nâaurez pas forcĂ©ment une rĂ©ponse par ce biais. Ce que ça vous apprendra, si vous avez envie de le savoir, câest si vous aimez le sexe avec un·e partenaire, potentiellement. Le dĂ©sir de lâautre ne vient pas avec le sexe, lâorientation nâest pas lâacte.
Si lâasexualitĂ© est une orientation Ă part entiĂšre, câest parce que nous avons une diffĂ©rence fondamentale avec la majoritĂ© des gens : lâabsence de dĂ©sir physique pour lâautre personne. Beaucoup de personnes non asexuelles vous diront que le sexe avec une personne quâelles ne dĂ©sirent pas est plutĂŽt insatisfaisant et dĂ©goĂ»tant. Ce nâest peut-ĂȘtre pas vrai de tout le monde, mais câest une tendance. Et nous, asexuel·le·s, nâavons pas de dĂ©sir⊠Alors comment savons-nous que nous voulons ou pas essayer ? Il est dĂ©jĂ bon de savoir que « ne pas avoir envie » est une option. Eviter de le faire juste parce quâon nâa pas de âbonneâ raison de dire non, que câest ce qui se fait, que ça semble logique, que peut-ĂȘtre Ă un moment du plaisir viendra... Si on se trouve en mode exploratoire âquâest-ce qui se passe si je fais ça ?â ou en mode âhum ça câest dĂ©jĂ super, je veux bien essayer cet autre trucâ, câest dĂ©jĂ meilleur signe !Â
Vous pouvez totalement choisir de faire du sexe ou pas, mais ce nâest pas ça qui vous confirmera si oui ou non vous ĂȘtes asexuel·le, et ce nâest pas ça non plus qui vous « rĂ©parera » ou vous « rĂ©veillera », parce que vous nâĂȘtes pas cassé·e.
Ecoutez-vous. Faites-vous confiance.
Et si vous faites du sexe, rappelez-vous que le consentement est informé, libre, enthousiaste, et continu : il se donne en permanence pour tout ce qui se fait, et doit pouvoir se retirer à tout moment sans objection.
Je veux vous dire que malgrĂ© ce que nous dit la sociĂ©tĂ©, nous aussi nous avons droit Ă lâerreur et au questionnement. Pour lâinstant ce concept nous parle ? TrĂšs bien, alors câest ce quâil nous faut, et câest juste. Et si ça change ? Eh bien, ça change. Et alors ? Et si en fait on se rend compte que ce nâĂ©tait pas ça ? Eh bien quel est le problĂšme ? Ce nâest pas ça, trĂšs bien, donc quâest-ce qui nous est utile maintenant et nous permet dâavancer ?
On nâest sĂ»r·e de rien dans la vie. Câest un faux dĂ©bat de faire croire quâil y a des choses immuables qui ne changent jamais, et câest vicieux et malhonnĂȘte de nous demander si on est sĂ»r·e de quelque chose avant de nous prendre au sĂ©rieux, pour finalement nous dire quâinsister sur notre certitude risque de nous enfermer !
On ne demande pas Ă une personne qui se marie si elle est vraiment sĂ»re de rester mariĂ©e toute sa vie (statistiquement, non !), on ne demande pas aux personnes hĂ©tĂ©rosexuelles si elles sont sĂ»res de leur orientation, on ne demande pas Ă un homme sâil est sĂ»r dâaimer le football et sâil ne veut pas essayer la gym suĂ©doise ou le ballet, on ne dit Ă pas une femme quâelle devrait essayer le rugby ou le hockey « juste pour ĂȘtre sĂ»re ». ArrĂȘtons dâimposer une exigence de perfection et de certitude qui nâexiste nulle part pour celles et ceux qui entrent dans la norme.
Ne nous forçons pas Ă faire des trucs dont nous nâavons pas envie parce que ces trucs rendent heureuses dâautres personnes dans dâautres circonstances !
Une derniĂšre chose⊠lâasexualitĂ©, et ce qui va avec, ça reste un concept. Pas la peine dâen faire une montagne. Ăa ne donne pas rĂ©ponse Ă tout. Ce nâest pas notre identitĂ© complĂšte, et si on veut exprimer ce que ça veut dire pour nous, il faut quand mĂȘme y mettre des mots parce quâaucun terme ne dĂ©crit complĂštement lâexpĂ©rience individuelle. Et ça, câest vrai pour tout le monde.
Alors quand on parle de notre asexualité, tant pis si on rentre trop bien ou pas assez dans les représentations des gens, tant pis si le mot dérange :
Expliquons factuellement ce que câest, dĂ©crivons factuellement notre expĂ©rience : câest la vie, et câest comme ça, il faut le respecter.
Expliquons ce que ça veut dire pour nous - si et autant quâon est Ă lâaise avec ça !
Essayons de ne jeter personne sous le bus : il nây a pas une expĂ©rience unique de lâasexualitĂ©, et ça peut ĂȘtre diffĂ©rent pour dâautres gens.
Nâacceptons pas les questions et objections irrespectueuses ou malpolies : parfois ce sont nos interlocutrices et interlocuteurs qui doivent rĂ©flĂ©chir Ă ce quâils pensent, pas nous ; nous nâavons pas Ă rester sur la dĂ©fensive parce quâon nous demande de nous justifier. Ce nâest pas Ă nous de prouver quâon est un·e candidat·e crĂ©dible Ă lâasexualitĂ©, ou quâon ne va pas changer, ou quâon va accepter si finalement on change⊠Câest aux autres de montrer un minimum de respect, dĂ©cence et politesse - ce quâiels savent montrer sur dâautres sujets, ou Ă des personnes non asexuelles !