#42 Faidherbe
à Fara Sory Konaté
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if i look back, i am lost

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Claire Keane

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@viedemaigre
#42 Faidherbe
à Fara Sory Konaté
Câest un invisible rĂ©cif
Qui Ă©merge de lâeau marron
Tout petit, tout chétif
Lardé par les rayons .
Un vieil homme sây baigne seul
La tĂȘte entiĂšrement nue
Immobile Ă tromper lâĆil
Il semble un peu perdu .
Regard dans le vague, il médite
Le corps couvert dâalgues et dâermites
Il a la peau verdi par les remous .
Attendant quâles hommes se fĂ©dĂšrent
Le général Faidherbe
A de lâeau jusquâau cou.
- Image: ChatGPT
- Musique: « Saint-Louis » - HDW

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#41 Le slam et l'IA
La question est sur toutes les lĂšvres depuis quelques mois.
Des rĂ©pliques dâArnold Schwarzenegger finiront-elles par remplacer les artistes ? PlutĂŽt quâhurler avec les loups, jâai prĂ©fĂ©rĂ© prendre un peu de distance et passer le sujet au prisme de ma modeste pratique : le slam poĂ©sie.
En septembre dernier, jâai donc suivi un atelier aux JIRAFE (JournĂ©es de lâInnovation, la RĂ©pĂ©tition, lâAccompagnement, la Formation et lâEnvironnement) des musiques actuelles Ă Paris intitulĂ© « Intelligences artificielles (IA) gĂ©nĂ©ratives : des outils pour la crĂ©ation musicale ? » et animĂ© par JĂ©rĂŽme Pons, sympathique producteur de spectacles rennais.
JĂ©jĂ© a poussĂ© le vice en utilisant lâIA pour concevoir sa prĂ©sentation. Lâobjectif ? Nous prĂ©senter les possibilitĂ©s de la machine en matiĂšre de conception de visuels, de gĂ©nĂ©ration de vidĂ©os, de production dâinstrumentales et surtout en ce qui nous concerneâŠdâĂ©criture de textes.
Premier constat (objectif) : la plupart des outils sont payants par abonnement et donc chers. Les versions gratuites étant volontairement limitées, modÚle économique oblige.
DeuxiĂšme constat (subjectif) : les rĂ©sultats actuels ne sont pas extraordinaires. Si certains visuels gĂ©nĂ©rĂ©s pourraient faire office de pochette dâalbum surrĂ©aliste potable, que certaines vidĂ©os frĂŽlent les cinĂ©matiques dâun Final Fantasy VIII (1999 quand mĂȘme), les instrumentales se rĂ©vĂšlent mĂ©diocres (moins sur les arrangements que la qualitĂ© du son) et les textes clichĂ©s voire incomprĂ©hensibles. CodĂ©e en anglais, la machine galĂšre avec la langue de MoliĂšre. Bref, il faut repasser derriĂšre.
« Mais tout dĂ©pend du prompt » assure JĂ©jĂ©. Câest-Ă -dire des instructions transmises pour arriver au rĂ©sultat souhaitĂ©.
PiquĂ© mais pas GĂ©rard, je dĂ©cide donc de tester le fameux fĂ©lin Ă trois lettres (ChatGPT) en lui demandant de mâĂ©crire un slam Ă la maniĂšre de Grand Corps Malade, Kery James ou encore Hippocampe fou. Puis de mâĂ©crire un slam sur X sujet en trois parties.
LĂ encore, les rĂ©sultats sont peu probants et une Ă©vidence me saute aux yeux. La machine se contente de recracher un mix de donnĂ©es digĂ©rĂ©es. Elle ne peut pas innover. Alors que la quĂȘte de formes nouvelles est lâessence mĂȘme de la poĂ©sie.
Mon approche aurait pu en rester lĂ . CâĂ©tait sans compter le mois de fĂ©vrier. Je suis en plein cycle dâatelier slam, troisiĂšme sĂ©ance quand un soupçon sâĂ©veille en moi. Deux collĂ©giens qui peinaient encore Ă Ă©crire hier reviennent avec deux textes achevĂ©s, spatialement bien structurĂ©s sur le papier. Lâun avance lâaide de sa sĆur, lâautre le soutien de son voisin de table qui ne semble pas assumer tant de maturitĂ©.
Je nâai pas de preuves mais ça sent lâentourloupe. Je suis pris de court sans avoir pu rĂ©flĂ©chir au problĂšme. Alors je vais me permettre de reproduire ici la rĂ©ponse que jâai tenu Ă la classe entiĂšre :
Je nâai pas dâavis tranchĂ© sur lâIA dans le slam. Pour le moment. Câest un outil. Il peut donner des idĂ©es, inspirer, mĂȘme si je trouve quâil est limitĂ© et quâa priori, il utilise le travail de crĂ©ateur.e.s sans leur consentement. Pour le moment. Cela changera peut-ĂȘtre. En revanche, je pense que cela doit rester un outil et ne pas devenir un prolongement de la crĂ©ativitĂ© humaine. Ne laissons pas ChatGPT devenir Ă lâimagination ce que la calculatrice est devenu au calcul mental et le GPS au sens de lâorientation. Cela passera peut-ĂȘtre en atelier. Pas sur une scĂšne slam tout public. Pas lors dâun examen oral. Pas lors dâun entretien dâembauche. Pas pour faire rire ses potes. Pas pour sĂ©duire lâĂ©lu(e) de son cĆur. Câest comme un muscle. Si on laisse lâeffort Ă la machine, le muscle fond. Alors gardons la forme. Surtout en milieu scolaire.
Le reste nâappartient quâĂ lâavenir.
- Image : ©kung_tom/Shutterstock
- Musique : « Savages » - AlttA
#40 La MĂȘme
Tâes artiste ?
En rĂ©gion ? Autodidacte ? Ta famille nâest pas dans le milieu ? Tu gĂšres toi-mĂȘme la production de ton art ? La diffusion ? La communication ? La mĂ©diation ?
Tu pratiques depuis plus de dix ans ? Tâas jouĂ© en local ? RĂ©gional ? National ? International ?
Tu as attirĂ© lâattention de mĂ©dias reconnus ? ProuvĂ© ta valeur par un travail rigoureux ? Tâes parfois plus organisĂ© que les structures qui tâaccueillent ?
95% des programmateurs contactĂ©s ne te rĂ©pondent pas ? Tu constates que les lieux se refilent leurs crĂ©ations dans un entre-soi Ă©litiste ? Tu vois des bourgeois parisiens dĂ©barquer dâĂ©coles hors de prix et bĂ©nĂ©ficier immĂ©diatement de financements ? Tu nâas quasiment jamais touchĂ© de subventions faute dâĂȘtre dans les petits papiers ? Faute dâavoir assimilĂ© la complexitĂ© administrative Ă©tatique ? Tu gĂ©nĂšres pas assez dâargent pour embaucher ? Ăa ralentit ton travail ? Tes projets de crĂ©ation prennent des plombes ? Tu es contraint dâinvestir ton argent personnel ?
Tu vois peu ta famille et tes amis ? Tâas fait un burnout et trois Ă©pisodes de surmenage en cinq ans ? Tâes angoissé ? CĂ©libataire ? Tâas pas accĂšs Ă la propriĂ©té ? Tu te demandes combien de temps ton corps et ton esprit supporteront une telle pression ?
On tâa annoncĂ© une coupe de 200 millions dâeuros dans le budget de ta branche professionnelle ? T'as hĂ©sitĂ© Ă publier ce texte ?
- Photo: R.T.
- Musique: "Playing with fire" - Warcub
#39 R.A.P.T
Lundi 20 novembre 2023
AĂ©roport dâOrly, Paris
23h30 heure française
Atterrissage. AprĂšs une escale de dix heures Ă Lisbonne, lâavion a une heure de retard suite Ă la grĂšve des aiguilleurs du ciel. Je suis crevĂ©. CrevĂ© dâune intense semaine de taffâ, crevĂ© de lâattente, crevĂ© dâun nourrisson qui a pleurĂ© une bonne partie du voyage. Et pour couronner le tout, le repas nâĂ©tait pas inclus dans le vol malgrĂ© lâembarquement Ă 17h20. Classe Ă©coâ, tu cocoâ.
Une seule envie : récupérer ma valise et gagner le centre chez ma pote Anaïs pour dormir avant de repartir au Mans.
Mon cerveau est en mode pilote automatique. GPS sur le smartphone pour trouver un itinĂ©raire de transport en commun rapidement. La machine mâindique quâil nây plus dâOrly Tram et quâil ne reste que deux bus.
Non loin de lâarrĂȘt, la navette me dĂ©passe. Il faut agir vite. BientĂŽt les lignes de mĂ©tro vont fermer, je dĂ©cide de monter par la porte du milieu. Pas le temps pour le distributeur si tant est qu'il y en ait eu un et pas fan du smartphone pour ce genre de services (bonjour la fracture numĂ©rique qui tâoblige Ă possĂ©der un appareil hors de prix pour tout faire).
De toute façon, il aurait Ă©tĂ© difficile dâeffectuer lâun ou lâautre, le bus est littĂ©ralement blindĂ© de monde. Ă lâarrĂȘt suivant, deux usagers forcent le passage. La tension monte avec eux. Je repose littĂ©ralement contre un homme et une femme.
Aucun affichage ni Ă©cran dâinformations (pas mĂȘme pour les arrĂȘts). Juste une horloge qui indique minuit et passe donc au mardi 21 novembre 2023. Je mâen souviendrai.
Ăa y est ! Terminus Denfert-Rocherau en vue, plus que le mĂ©tro et on sera bon.
Les portes sâouvrent : « ContrĂŽle RATP, bonsoir ».
Ils sont quatre Ă bloquer les portes de sortie . Ă trente minutes de la fermeture de la ligne.
La vérification des titres prend un temps fou et je le sais, je ne vais pas y couper.
Câest ironique, je dis souvent Ă mes potes que je ne resquille jamais les transports car si je dĂ©cide de le faire, je peux ĂȘtre sĂ»r de me payer un contrĂŽle. Car-ma.
Ă mon tour. Je tente dâexpliquer ma situation au contrĂŽleur chauve qui me fait face : le retard, la cohue, la fermeture de la ligne, le fait que je ne suis pas dâici et Ă©tranger aux dĂ©tails du rĂ©seau (jâapprends peu aprĂšs quâil Ă©tait possible de payer par carte bancaire sur un moniteur situĂ© Ă cĂŽtĂ© du chauffeur, mais littĂ©ralement inaccessible au vu de la frĂ©quentation).
Le type ne veut rien savoir. Verbe hostile, autoritaire. Direct. Câest lâamende ou les flics. Pas dâalternative. Nous sommes quatre dans le mĂȘme cas. Trois hommes et une femme. Les autres ont prĂ©fĂ©rĂ© payer lâamende pour ĂȘtre tranquilles. Nous tentons dâargumenter, de bonne foi. Le ton monte. Les gens derriĂšre protestent.
Ce seront donc les flics.
Le bus se vide, il ne reste que nous. Team A contre Team B, masques sociaux et répliques bien rÎdées.
Temps calme puis reprise de la joute verbale. Cela sent les techniques de pression, les agents formatĂ©s dâun systĂšme huilĂ© oĂč tout nâest que protocole et rĂšglement. « Tu viens dâoĂč ? Du Mans ? Et tu ne paies pas le transport au Mans ? Nul nâest censĂ© ignorer la loi. Personne tâa obligĂ© Ă monter », « RĂ©glez maintenant et on en parle plus, vous pourrez contester aprĂšs mais lĂ faut prendre ses responsabilitĂ©s ».
Oui, ses responsabilitĂ©s de consommateur bĂȘte et docile qui doit accepter une injonction sans en interroger les tenants et aboutissants. Jâai encore la casquette blanche de ma copine Ă lâenvers sur la tĂȘte, jâai lâimpression dâĂȘtre Nekfeu dans sa jeunesse. La situation est surrĂ©aliste.
Les flics sont en route a priori. Pour quatre putain de tickets de bus. Un dâentre nous (je salue son initiative) dĂ©cidĂ© dâappeler le 17 aussi pour expliquer son point de vue.
Une agente tente le rĂŽle de la « bonne inspectrice » et me rĂ©pĂšte que je pourrais contester lâamende de 50 euros par la suite. Mais je connais le procĂ©dĂ© psychologique. Je lui demande comment prouver la foule, ma fatigue, mon ignorance du rĂ©seau de transport parisien pour espĂ©rer ĂȘtre remboursĂ©. Elle me rĂ©pond un argument bancal sur un capteur dâeffectif placĂ© Ă lâentrĂ©e des bus. Cela ne tient pas la route. Je pense quâelle sent le manque de consistance de sa rhĂ©torique. « Vous ĂȘtes de mauvaise foi » nous lance-t-elle. Exemple classique de manipulation par inversion.
Je demande au chauffeur de nous ouvrir les portes, il refuse. Je tente de forcer le passage avec ma valise. Les agents font barriĂšre. « Faites attention, monsieur, je filme, faites attention Ă ce que vous faites ». Coup dâĆil Ă la camĂ©ra pectorale du chauve, pas de clignotant rouge. Il bluffe ?
Le manÚge dure une heure. Majoritairement dans le silence. Parfois entrecoupé par des échanges tendus et kafkaïen. RAPT : Régime Autoritaire Paris Transport.
Au bout dâune heure, ils dĂ©cident de libĂ©rer le chauffeur et nous demandent de sortir sur le trottoir. Un quart dâheure avant, jâai Ă©cumĂ© les forums dĂ©taillant les droits et devoirs des contrĂŽleurs et je le sais, tout comme mes camarades : ils ne peuvent pas nous retenir contre notre grĂ© Ă lâextĂ©rieur du vĂ©hicule.
Nous prenons donc la tangente. Sans courir. Lâescouade ne tente mĂȘme pas de nous poursuivre.
Pourtant, au coin de la rue je prends peur. Et sâils dĂ©cidaient de me rattraper ? De faire une ronde avec les flics ? Alourdi par ma valise, je suis moins mobile. AccĂ©lĂ©ration.
Paris vous aime les gars, surtout si vous marchez au pas.
Un stylo bic bleu sâest brisĂ© dans ma poche gauche pendant le contrĂŽle. Jâai les mains pleines dâencre.Â
Il est 02h52.
Je suis rentré en Uber*
*Je déteste Uber
Montage : A.S.
Musique : « 22 » - S-Crew
#38 Pour en finir avec Le Mans Jazz
Pour en finir avec Le Mans Jazz
La loi de Brandolini est une rĂ©flexion contemporaine selon laquelle « la quantitĂ© de temps et dâĂ©nergie nĂ©cessaire pour dĂ©noncer des idioties est trĂšs largement supĂ©rieure Ă celle nĂ©cessaire pour les Ă©noncer ». En voici une illustration.
En mars 2022, la direction de lâassociation Le Mans Jazz assurĂ©e par Charlotte RiviĂšre me propose une tournĂ©e et des ateliers dans des lycĂ©es ligĂ©riens avec mon spectacle Detour sur une pĂ©riode sâĂ©talant de janvier Ă fin mars 2023. Le projet est consĂ©quent et la structure pile dans lâesthĂ©tique que je dĂ©fends. Jâaccepte donc.
Lâassociation dĂ©clarant elle-mĂȘme les artistes pour des questions de subventions, je demande ce quâil en est des contrats. On me rĂ©pond quâils ne peuvent ĂȘtre signĂ©s avant septembre 2022 le temps que le planning se fixe auprĂšs des lycĂ©es. Or, comme les heures de travail sont importantes et obligent mon Ă©quipe Ă refuser du travail ailleurs, jâexige une garantie. Jâenvoie un mail listant les conditions que nous avions toutes conclues oralement et demande Ă ce quâil me soit renvoyĂ© validĂ© point par point afin de constituer une promesse dâembauche. Pratique reconnue par la jurisprudence notamment aprĂšs les annulations de contrat abusives de la pĂ©riode Covid (cf. Cass. soc., 23 sept. 2020, n° 18-22.188). Un dĂ©tail Ă©chappe cependant Ă mon attention : Ă cĂŽtĂ© du montant des cachets est prĂ©cisĂ© entre parenthĂšses « à confirmer avec la direction ». Grave erreur.
DĂ©but septembre 2022, un(e) employĂ©(e) mâappelle pour me prĂ©venir que lâassociation sâĂ©croule et quâil ne faut pas que je compte sur la tournĂ©e. Je suis choquĂ© et dĂ©stabilisĂ©. Sa parole est-elle crĂ©dible ? Il faut une semaine Ă la direction pour me contacter dans un imbroglio tout sauf professionnel. Elle mâexplique le matin que la tournĂ©e est maintenue avant de me rappeler quelques heures plus tard en mâannonçant que suite Ă une baisse de subventions, elle est finalement annulĂ©e. Pas de compromis, pas dâalternative. Je rĂ©alise que le projet ne reposait sur aucun plan budgĂ©taire valable et que lâheure nâest plus aux Ă©changes oraux, il va falloir entrer dans des dispositions juridiques car le travail refusĂ© ailleurs nâest plus rĂ©cupĂ©rable.
Jâenvoie dâabord une lettre recommandĂ©e avec accusĂ© de rĂ©ception au conseil dâadministration de lâassociation prĂ©sidĂ© par Armand Meignan. Silence radio.
Jâalerte aussi les institutions publiques qui subventionnent Le Mans Jazz. Le DĂ©partement de la Sarthe, la RĂ©gion Pays de la Loire et la DRAC me servent une rĂ©ponse politique type. « On entend votre souffrance mais on ne peut rien vous dire pour le moment ». CâĂ©tait Ă lâautomne 2022, aucune nouvelle depuis. La ville du Mans nâa jamais rĂ©pondu Ă mon message mais a ensuite lĂ©gĂšrement soutenu mon nouveau projet.Â
EncouragĂ© par mon entourage professionnel, la CGT Spectacle Nantes et le SNAM CGT, je rassemble toutes les piĂšces Ă ma disposition dans un dossier et prends contact avec lâUnion DĂ©partementale Cgt Sarthe 72 en vue dâune saisine des prudâhommes dĂ©but 2023.
Lâavocat rĂ©fĂ©rent, MaĂźtre Emmanuel Bujeau, mâexplique au printemps 2023 quâil y a une zone dâombre dans le droit au vu de nos statuts et faute de preuve Ă©crite concernant le montant des cachets (le fameux « à confirmer par la direction »), lâissue en sera manichĂ©enne : soit ce flou nous profite, soit il profite Ă Le Mans Jazz. Or, dans le second cas, je ne serais pas remboursĂ© de mes frais de justice.
Il mâinvite donc fortement Ă trouver une prise en charge juridique mĂȘme partielle mais je nâen dispose ni par ma banque, ni par mon assurance, ni par ma sociĂ©tĂ© de droits dâauteur. Je ne bĂ©nĂ©ficie pas non plus de lâaide juridictionnelle publique puisque jâai un peu dâĂ©conomies (en cas de coup dur). Or, je refuse de jouer ces derniĂšres Ă la « roulette russe ». Ne dĂ©sirant pas saisir les prudâhommes seul face aux avocats de Le Mans Jazz, je dĂ©cide Ă lâĂ©tĂ© 2023 de clore le litige. Nous nâobtiendrons pas justice.
Les conséquences sont triples :
210 heures de travail perdues me concernant soit presque lâĂ©quivalent dâune moitiĂ© dâintermittence, 120 heures pour mes camarades LĂ©naĂŻc Hureau, ingĂ©nieur du son et Paul Rogers, musicien non-intermittent
La violence physique et psychologique engendrĂ©es par la perte de la tournĂ©e. Il a fallu retrouver du travail en pleine saison en urgence. Jâai subi un Ă©pisode de surmenage au printemps 2023
La perte de la visibilitĂ© professionnelle et mĂ©diatique du projet Detour qui aurait dĂ» favoriser sa pĂ©rennitĂ© (jâavais travaillĂ© en ce sens). De fait, le spectacle ne joue quâune seule et unique fois sur la saison 2023-2024
Partant de ce constat, jâai dĂ©cidĂ© de mettre Ă disposition des citoyens le dossier des piĂšces illustrant mon propos. Vous le trouverez en cliquant ici.
Je prĂ©cise quâil nâa aucune valeur juridique, nâayant pas Ă©tĂ© examinĂ© par un tribunal. Libre Ă chacun.e cependant de se faire sa propre opinion sur la responsabilitĂ© de la direction de Le Mans Jazz.
Je le publie parce quâil est question dâargent public.
Je le publie parce que la direction de Le Mans Jazz ne semblait pas ĂȘtre Ă son coup dâessai (cf. partie « LubĂ©ron » dans le dossier).
Je le publie pour dĂ©noncer lâidiocracie et lâomerta. La sphĂšre politique et culturelle sarthoise Ă©tait au courant des dysfonctionnements de la direction de Le Mans Jazz, câĂ©tait un secret de polichinelle. Personne nâa rĂ©agi et câest finalement le bas de lâĂ©chelle qui en subit les consĂ©quences Ă savoir celles et ceux sur le terrain.
Je le publie pour dĂ©noncer une pratique qui tend Ă se propager Ă tous les niveaux (institutions, associations, Ă©tablissements scolaires) Ă savoir nous solliciter pour du travail et nous demander de geler des crĂ©neaux pour finalement annuler avant toute contractualisation. Que lâon ne vienne pas nous faire la morale Ă ce propos : il y a toujours eu une diffĂ©rence entre la thĂ©orie et la pratique concernant la signature des contrats de spectacle.
Les artistes et technicien.ne.s ne sont pas des mouchoirs. Nos statuts sont dĂ©jĂ suffisamment prĂ©caires, inutile dâen rajouter avec des promesses bancales qui ne reposent sur aucunes projections financiĂšres ou organisationnelles.
Je rappelle aux dĂ©cisionnaires culturels que sans eux, notre travail est plus difficile mais que sans nous, ils nâont plus de travail.
Slamicalement,
Image: A.S.
Musique: Fuck Jazz - P. Paul Fenech

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#37 Bulle
Journal dâHDW, 15 aoĂ»t 2023.
05h21. Arrive pas Ă dormir. CouchĂ© 23h hier aprĂšs 380 430 pages de comics. Straczynski, Romita Jr et Deodato Jr trio gagnant. Aime le dessin, la narration. Y voit quelques parallĂšles avec vie. Mes super-vilains (lâHomme au chapeau, Relent-Relent, Le Mans Nazz). Impression de lutter tout le temps. Fatigant. Ai reposĂ© le masque en juillet. Le reprendrait en septembre. Note : penser Ă Ă©voluer vite. En attendant, repassage. Festival ce week-end. Prix du billet Ă©norme. Augmentation. Foutu capitalisme « culturel ». Retrouver amis. Heureux. Ose Ă peine lâĂ©crire. Fragile. Vais-je rĂ©ussir ? Profiter. Eviter de trop penser. Dehors rue dĂ©serte. Attendre. Se passe rien. Patience.
⹠Montage : A.S. ⹠Musique : « Jolene » - Dolly Parton
#36 Charlotte RiviĂšre & Armand Meignan
5 dĂ©cembre 2022 CommuniquĂ© de presse des anciens salariĂ©s de lâassociation Le Mans Jazz
Suite Ă quelques articles ou sujets dans les mĂ©dias relatant les dĂ©boires de lâassociation LE MANS JAZZ, qui nous semblaient orientĂ©s et flous, et pour rĂ©pondre aux interrogations de nombreuses personnes sur les circonstances de la chute de cette « institution culturelle locale » de 43 ans dâhistoire, nous, anciens salariĂ©s, souhaitions apporter notre tĂ©moignage et notre Ă©clairage sur la situation qui a conduit Ă la cessation dâactivitĂ© en cours. Le problĂšme est unanimement identifiĂ© en la personne de la Directrice, qui, depuis une dizaine dâannĂ©es, Ćuvre Ă la destruction de lâĂ©difice, Ă force de manipulation, dâautoritĂ©, de mensonges, de calculs, dâincompĂ©tence et de paraĂźtre. Elle est arrivĂ©e chez Le Mans Jazz il y a une dizaine dâannĂ©es. Dâabord Ă la production puis nommĂ©e Directrice Communication, les relations sont dâentrĂ©e de jeu tendues avec les membres de lâĂ©quipe, les bĂ©nĂ©voles et techniciens. ProtĂ©gĂ©e du fondateur, son impunitĂ© lui permet de se comporter en despote tout en ne faisant au final pas grand-chose. Mais elle maitrise le paraitre et le verbe et sâen tire toujours bien, tandis que le turn-over de lâĂ©quipe commence. Il ne sâarrĂȘtera jamais : nous avons dĂ©nombrĂ© 17 dĂ©parts (hors retraite ou fin de CDD non renouvelĂ©), dont 5 avec arrĂȘt maladie, entre 2017 et 2022, sur une Ă©quipe de 5 ou 6 permanents. Fin 2018, elle est nommĂ©e Directrice, remplaçant ainsi le fondateur de lâassociation qui reste PrĂ©sident et lui donne ainsi tous pouvoirs sur la structure et ses employĂ©s. Les dĂ©parts sâaccĂ©lĂšrent et donc les arrivĂ©es en continu de nouveaux salariĂ©s aussi. LâĂ©quipe est instable et en tension permanente avec sa Directrice, jusquâĂ en faire des burn-out. Le PrĂ©sident leur dit de patienter, que les choses vont sâarranger⊠discours quâil tiendra pendant des annĂ©es sans jamais agir malgrĂ© de nombreux signalements de la part des salariĂ©s et plusieurs dĂ©missions du Conseil dâAdministration. Pendant ce temps, la Directrice maltraite impunĂ©ment ses Ă©quipes et les stagiaires ou services civiques : demandes abusives voire dangereuses, humiliations publiques, surcharges de travail, refus de congĂ©s systĂ©matiques (mĂȘme pour des enterrements), mĂ©contentement permanent, mensonges... La Directrice nâest que trĂšs rarement prĂ©sente au bureau mais veut tout contrĂŽler dans les moindres dĂ©tails, tout en faisant de la rĂ©tention dâinformation. Elle ne rĂ©pond pas, ou trĂšs tard, aux demandes dâinformation ou de dĂ©cision des Ă©quipes et interlocuteurs extĂ©rieurs et nâaccepte aucune objection. Les relations avec les partenaires, institutions, productions artistiques, lieux culturels, bĂ©nĂ©voles, techniciens, artistes locaux⊠ne sont pas Ă©pargnĂ©es non plus, mĂȘme si elle fait bonne figure et se donne une image dâhumaniste en public. La situation de lâassociation se dĂ©grade rapidement. Cependant, le projet de salle Chorus, sur le site de la Visitation en centre-ville du Mans, mais surtout la COVID, ont fait des miracles pendant 2 ans pour camoufler et retarder lâeffondrement annoncĂ©. GrĂące aux aides dâurgence de lâĂ©tat et au maintien des versements des subventions prĂ©vues pour la saison 2019/20 (avortĂ©e Ă cause de la crise sanitaire), la trĂ©sorerie Ă©tait finalement excellente Ă la rentrĂ©e de septembre 2021. « Presque trop » sâen vantait mĂȘme le PrĂ©sident ! TrĂ©sorerie qui a fondu comme neige au soleil en une saison, les recettes de billetterie nâĂ©tant pas du tout au rendez-vous et les dĂ©penses parfois inadaptĂ©es. La programmation de reprise post COVID proposĂ©e pour la saison 2021/22 nâĂ©tait par ailleurs pas Ă la hauteur des attentes et des enjeux dâun public qui a changĂ© dâhabitudes. La Directrice-Programmatrice nâa pas su renouveler lâoffre artistique, pour trouver un nouveau public, tout en perdant une partie du public fidĂšle en changeant le calendrier et les lieux de concerts du festival (par exemple tout programmer Ă lâAbbaye de lâEpau et supprimer les concerts Ă la Fonderie qui draine pourtant un public plus jeune). En mai 2022 les salariĂ©s permanents adressent un nouveau courrier dâalerte au Conseil dâAdministration pour dĂ©noncer la situation, et leur faire part de leur inquiĂ©tude quant Ă la survie de Le Mans Jazz Ă court terme. Les membres du CA sont scandalisĂ©s en dĂ©couvrant lâĂ©tat interne de la structure, le fonctionnement de sa direction et le bluff dont ils ont Ă©tĂ© lâobjet depuis le dĂ©but. Ils somment donc le PrĂ©sident de remercier la Directrice. Encore une fois le PrĂ©sident a assurĂ© que les choses seraient rĂ©glĂ©es aprĂšs le festival Europajazz⊠il sâen chargerait personnellement ! En parallĂšle et coĂŻncidence bienvenue, lâinspection du travail, alertĂ©e par la mĂ©decine du travail qui a collectĂ© depuis quelques annĂ©es de nombreux tĂ©moignages accablants, se penche sur le cas Le Mans Jazz et envoie un inspecteur dans les bureaux de lâassociation un matin de la mi-juin. Les salariĂ©s prĂ©sents sont longuement auditionnĂ©s individuellement, la Directrice et le PrĂ©sident sont absents mais prĂ©venus de cette visite. Ils ne parleront pourtant pas avec lâinspecteur ce jour-lĂ . Sâensuit une mise en demeure du PrĂ©sident pour risques psychosociaux, ce qui aurait dĂ» finir de le convaincre aprĂšs les demandes des salariĂ©s et du CA. Mais non, il repousse, il ment, il biaise pendant tout lâĂ©té⊠Le CA finira par dĂ©missionner dĂ©but septembre. En juillet, nous comprenons quâil se trame quelque chose : la Directrice nous demandait de faire lâinventaire du matĂ©riel, des prestataires, contrats en cours⊠elle nous a imposĂ© de prendre toutes nos rĂ©cupĂ©rations dâheures supplĂ©mentaires de lâannĂ©e en plus de nos congĂ©s, elle ne nous informait dâaucune programmation Ă venir pour la rentrĂ©e, interdiction aussi de publication sur les rĂ©seaux sociaux, stand-by sur la refonte du site internet en cours, sur les locations prĂ©vues pour Chorus et sur les actions culturelles⊠tout sâarrĂȘte et nous partons pour de longs congĂ©s dans lâincertitude. A la rentrĂ©e, nous nâavons toujours aucune programmation sur laquelle travailler. La Directrice reprend la main Ă distance sur le peu de projets et engagements que nous avions encore pour les annuler sous des prĂ©textes fallacieux. Du matĂ©riel disparait des bureaux et de la salle Chorus pendant que nous nây sommes pas, un cadenas est posĂ© sur la boĂźte aux lettres, la Directrice confisque tous les moyens de paiement, tandis que de nombreux fournisseurs attendent dâĂȘtre payĂ©s. Le niveau de stress est tel dans lâĂ©quipe que lâun des salariĂ©s fera mĂȘme une crise de spasmophilie et sera emmenĂ© aux urgences en ambulance. Le lendemain, jeudi 15 septembre, nous sommes attendus de pied ferme par la Directrice pour signer un courrier de dispense dâactivitĂ© professionnelle aux motifs de la sĂ©curitĂ© des biens de lâassociation et de celle de la Directrice qui se sent remise en cause par les salariĂ©s. Nous continuons Ă ĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ©s mais restons chez nous et nâavons toujours aucune explication sur le devenir de lâassociation et donc de nos emplois. Quelques jours plus tard des articles paraissent dans la presse annonçant un naufrage chez LMJ, dans lesquels le PrĂ©sident pointe du doigt les baisses annoncĂ©es des aides de la part des partenaires institutionnels comme une menace Ă la survie de la structure. Il incrimine Ă©galement des salariĂ©s trop inexpĂ©rimentĂ©s et un Conseil dâAdministration fatiguĂ© et frileux, un public vieillissant, mais continue Ă dĂ©fendre le bilan de la Directrice. Les bĂ©nĂ©voles, pourtant piliers de lâassociation depuis ses dĂ©buts, nâont pas droit non plus Ă la moindre information, ils sont tenus informĂ©s par voie de presse comme tout le monde. Les prestataires, sociĂ©tĂ©s de productions et artistes, sont logĂ©s Ă la mĂȘme enseigne : aucune rĂ©ponse quant Ă leurs factures en attente ou projets Ă venir. La 3eme semaine dâoctobre, nous sommes convoquĂ©s Ă nos entretiens prĂ©alables de licenciement Ă©conomique. Lors de ces entretiens nous avons Ă©tĂ© notifiĂ©s de la cessation dâactivitĂ© de lâassociation. La note dâexplication qui nous a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e fait peser entiĂšrement la responsabilitĂ© de la fermeture sur les institutions (baisse des financements, aides insuffisantes et politique culturelle dĂ©phasĂ©e). Le licenciement de la Directrice est par ailleurs reportĂ© sine die, le temps de finir le travail de fermeture. Cette procĂ©dure met fin, de facto, Ă celle engagĂ©e par lâinspection du travail, puisque la structure ferme il nây a plus de poursuite possible. Fin novembre de nouveaux articles sortent dans la presse : dans lâun les dires du PrĂ©sident, dans lâautres ceux de la Directrice. Les informations sont contradictoires, floues et Ă nouveau principalement Ă charge des institutions. On y apprend aussi que la Directrice a lâintention de continuer Ă Ćuvrer et Ă discuter de nouveaux projets avec les partenaires institutionnels, ce qui nous laisse perplexes. Nous regrettons que le fondateur historique laisse son projet de 43 ans couler alors que son travail est reconnu nationalement et internationalement. LâEuropajazz festival Ă©tait devenu une institution culturelle. Le Mans Jazz câĂ©tait aussi une Ă©quipe de bĂ©nĂ©voles, salariĂ©s, techniciens, passionnĂ©s de musique et heureux dâĆuvrer ensemble aux cĂŽtĂ©s des artistes ! Tous leurs efforts, leurs engagements et leurs ambitions pour cette association ont Ă©tĂ© piĂ©tinĂ©s par ces dirigeants inconsĂ©quents, qui ont prĂ©fĂ©rĂ© se mettre tout le monde Ă dos, supprimer 6 emplois, mettre en difficultĂ© des artistes qui avaient prĂ©vu des actions culturelles ou des concerts, et priver le public dâune scĂšne jazz⊠plutĂŽt que de rĂ©soudre un problĂšme RH plutĂŽt simple. Il y avait des solutions et personnes identifiĂ©es pour prendre la relĂšve et relancer lâactivitĂ©. Nous dĂ©plorons le gĂąchis auquel nous assistons aujourdâhui. VoilĂ notre vĂ©ritĂ© telle que vĂ©cue de lâintĂ©rieur, elle avait droit de paraitre autant que la leur. Et encore, nous passons volontairement sur de nombreux autres aspects sombres, situations ou attitudes qui ont provoquĂ© cette longue agonie. Chaque ancien salariĂ© aura ses propres anecdotes et preuves pour Ă©tayer les propos que nous portons ici, cela dure depuis des annĂ©es, trop dâannĂ©esâŠ
#35 Trimardeur
Nous sommes trois. Il faut marcher vite. Ăa fait des mois quâjâattends câjour.
Lâhorloge a fait deux tours sans quâje nâdorme. La forĂȘt sâtermine, Ă©clairĂ©e par les premiers rayons. Sacs de randoâ, capuches. Des ombres. Ni riches, ni pauvres. La moyenne. Mais la moyenne qui Ă©chappe au systĂšme. Aujourdâhui, le radar social perd notâ signal. Zone grise entre les lignes, dans ces espaces vierges que personne ne foule, que personne ne fouille.
 Chicago
Denver
Jacksonville
 VoilĂ des destinations qui font rĂȘver
Qui portent en elles la promesse
Dâaventures, de rencontres et de nuits blanches
 Baraqueville, ça nâfait rĂȘver personne
Ă part la cinquantenaire britannique
Qui voit en nos campagnes la villégiature bourgeoise idéale
 Il nây a quâdes vieux. Je nâai rien contre eux mais lâĂ©cart joue
 On veut des romances, lâivresse et les chants
Pas un robot-cuiseur, RMC et un prĂȘt
 Sifflet. CĆur-batucada. Si nous nâavons pas lâdroit, nous le volons. La vraie vie est lĂ , elle nous attendait. Au loin un cliquâtis saccadĂ©. Il arrive, tiens-toi prĂȘt.
 Rapproche-toi le plus possible mais reste tapi pour ne pas tâfaire repĂ©rer. Gardâ tes antennes dressĂ©es. Si le serpent de contâners est lent, la manĆuvre est rapide. Allez vas-y, cours maintenant, cours jâte dis ! Câest pas moi quây faut râgarder. Perds pas lâdragon dâvue mais regarde devant toi quand mĂȘme. Y en a plus dâun qui sâest fait emplafonner. Tu sârais ni lâpremier, ni lâdernier. Une fois quâtâas lârythme, retiens ton souffle et lance un bagage.
 Guitare.
 Duvet.
 Sac.
 Toujours en dernier le sac. Rapport Ă si tu trĂ©buches. Perdre une guitare câest chiant, câest vrai. Mais moins que crever dâfaim. Tâendors pas, continue Ă tracer. Ăcoute-moi. Tu vas y aller en premier. Flexion, Ă©lan. MĂȘme si câest flippant. Je sais quâcâest flippant.
 Ălance ton corps
Ălance tes envies
Ălance tes rĂȘves
Ălance tes dĂ©sirs
 Suspension.
 Tu tâĂ©crases sur la plateforme. Retour Ă la rĂ©alitĂ©. Froide, violente, mĂ©tallique. Mais tu y es. Le paysage dĂ©file malgrĂ© tes jambes immobiles. En mouvement, enfin.
  Ouvre, ouvre grand.
 Les yeux, la bouche, les poumons.
 Et oublie, bon dieu, oublie, oublie au point dâoublier câquâil fallait oublier
 Ăa sâpasse maintânant, tâentends ? Ces quelques secondes sauvâront des annĂ©es de vie
 Câest ça, vas-y
 Crie
Danse sur place
Agite les bras
Bois
Ris
Majeur en lâair
Expulse la colĂšre
 On sâen fout si ça nâa pas dâsens
On est des fourmis sur une bille bleue qui flotte dans lâvide
Rien nâa dâsens
 Câest intense. Comme un shoot
Et câest nouveau pour toi, petit bourgeois.
 Au fond des océans
Au sommet des montagnes
Au creux des forĂȘts
 La mélodie des rails
Quand tu commences à y goûter
Tu nâpeux plus tâen passer.
 Félicitations
CâĂ©tait la premiĂšre leçon
 Pour vivre et ĂȘtre libre
Vibre.
- Photos: Mike Brodie
- Musique:Â âConversation pt. 1âł - Mac Miller
#34 Alerte rouge
Bonjour Ă toutes et Ă tous,
ce message est particuliĂšrement difficile Ă publier. En raison dâune suppression de subventions de La RĂ©gion Pays de la Loire sur les actions culturelles en lycĂ©e, je perds une promesse dâembauche estimĂ©e Ă 210 heures de travail cette saison. Câest Ă©norme. Mon statut dâintermittent sâen trouve directement menacĂ©.Â
Je suis donc à la recherche de dates pour combler le déficit, que ce soit en Sarthe ou ailleurs, avec les projets suivants :
 aboutdetour.com (performance de lecture musicale en duo avec Paul Rogers)
« Que Le Texte » (seul en slam en cours de dĂ©veloppement mais qui joue dĂ©jĂ cette saison sur des phases dâexpĂ©rimentation)
Ateliers slam avec restitution scénique
PossibilitĂ© de concevoir des petites formes scĂ©niques (jâen ai une sur le plaisir de lire par ex) Â
 Si vous connaissez des structures qui pourraient ĂȘtre intĂ©ressĂ©es, je suis preneur.
NâhĂ©sitez pas Ă partager, câest vital.
Slamicalement,
- Visuel: A.S.
- Musique:Â âTruth is a beautiful thingâ - London Grammar
#33 Slam qui peut
Le slam est une tribune dâexpression poĂ©tique ouverte Ă toutes et Ă tous. Je lâai toujours dĂ©fendu.
Ce que je dĂ©fends moins, câest la rĂ©cupĂ©ration du mouvement. Cela ne date pas dâhier et câest inĂ©vitable mais cette saison jâai constatĂ© trois cas dans mon secteur gĂ©ographique Ă savoir :
Un artiste ayant participé à une seule scÚne ouverte qui relaie ensuite dans la presse locale la création de son « spectacle slam »
Un slameur ayant participé à 4 ou 5 scÚnes ouvertes qui se déclare pédagogue slam et dispense des ateliers dans un collÚge sans aucune formation pédagogique
Un rappeur ayant participé à 1 ou 2 scÚnes ouvertes qui déclare mener des ateliers slam sans labellisation ni réelle connaissance du mouvement
Dans le premier cas, on rĂ©pliquera que mes productions personnelles nâont plus grand-chose Ă voir avec le slam originel non plus. Câest vrai et faux Ă la fois. Si je nâai pas de scrupules Ă utiliser le mot « slam » dans ma communication, câest dâabord parce que je suis impliquĂ© dans le mouvement depuis 2009. Jâai Ă©cumĂ© les scĂšnes ouvertes, participĂ© Ă des compĂ©titions, des ateliers, des masterclass, jâai lu les ouvrages, visionnĂ© les documentaires, je me suis formĂ©, jâai Ă©tĂ© labellisĂ© et jâai obtenu un agrĂ©ment de lâĂ©ducation nationale via une structure rĂ©fĂ©rencĂ©e.
JE SAIS DE QUOI JE PARLE (dans tous les sens du terme)
Jâentends que les intervenant.e.s pĂ©dagogiques rap tentent de dĂ©jouer les clichĂ©s qui collent malheureusement Ă la peau de leur pratique mais dans ce cas, mieux vaut proposer de la « poĂ©sie urbaine » plutĂŽt que dâaller transmettre des Ă©lĂ©ments erronĂ©s sur le terrain, surtout en milieu scolaire.
Le slam a une histoire, des valeurs, des codes qui sont en perpĂ©tuelle Ă©volution, certes, mais dont il convient de respecter la substance telle quâelle a Ă©tĂ© dĂ©finie par son crĂ©ateur Marc Kelly Smith :
« Le slam nâest pas une lecture formelle durant laquelle lâauditoire Ă©coute passivement et applaudit poliment sans exprimer rĂ©ellement ce quâil en pense ».
Il ne me viendrait pas Ă lâidĂ©e de donner des ateliers rap parce que jâai posĂ© une fois sur un beat ou de dire que mon spectacle est circassien parce que jây jongle au milieu.
Jâaimerais quâon fasse de mĂȘme avec ma pratique et jâaimerais aussi que les professionnel.le.s soient plus vigilant.e.s Ă ce niveau-lĂ . Le slam est plus quâun mot-clĂ© tendance et fourre-tout que lâon agite pour dĂ©crocher des contrats auprĂšs des institutions. Quâon se le dise.
Bisous.
- Musique : « No vaseline » - Ice Cube
- Photo : Willy Colin

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#32 Dodgeball
En poĂ©sie, on se farcit les mĂȘmes thĂšmes depuis toujours
Violence sociale, absolu, amour. Cette fois, y en a assez, câest bon
Abordons enfin les sujets dâfond. Exit les poncifs nazes
Parlons du ballon coincé au plafond du gymnase
Quel sujet incroyable, quelle puissance
Dans cette mĂ©taphore de lâexistence
Cette sphĂšre synonyme de terrain, de justesse
Passant de main en main chez la jeunesse
Recherchée et crainte à la fois
Comment a-t-elle atterri sous les toits ?
Coup dâpied rageur, qui a voulu bomber le torse ?
On ne connaĂźtra jamais lâauteur de ce tour de force
Ascension, les bouches sâouvrent
Aération, collision sourde
VoilĂ la sphĂšre reine dâun royaume des airsâŠdĂ©sert
Et quel sort cruel car en bas résonne toujours
Les vivats des tournois interculturels
Ă lâĂ©cartâŠloinâŠhors de portĂ©e
Bref, tâas compris lâidĂ©e
Les années passent, emportent les rires et les smashs
Et voilĂ quâun beau jour de printemps on abat le bĂątiment
Dernier voyage, la balle se dégonfle
Direction les gravats, sous les décombres
Moralité :
Ă trop vouloir prendre de la hauteur, on sâisole
Parfois il vaut mieux atteindre son but au ras du sol. - Photo: A.S. - Musique:Â âJâme bougeâ - Harold
#31 Horizon
Jâsuis pas une brindille, jâsuis un roseau
Et malgré le ruisseau je reste droit
La tige plie mais jamais ne ploie.
- Photos: A.S.
- Musique:Â âMy tears dry on their ownâ - Amy Winehouse
- Merci Ă Charlie Aventures
#30 Le silence du roi
Câest pas vraiment prouvĂ© par la science
Mais par chez moi, on aime pas trop lâsilence
Y faut parler vite pour combler lâvide
Celui qui nous poursuit depuis toujours
Quâon tente de combler par lâart et lâamour
Et quâça suffit pas puisquâil revient Ă chaque fois
 Faut dire quâil est assez Ă©pais
« Qui jâsuis ? », « DâoĂč jâviens ? », « OĂč jâvais ? »
Ouais, par chez moi ça jette un froid
 Câest difficile de faire face
Aux pensées, aux angoisses
Et tu connais lâadage :
 Le silence est aussi un langage.
Le répÚte pas, mais parfois
Les mots sont dâtrop
 On peut faire sans pour faire sens
Moi sur scĂšne, jâaime bien lâsilence
MĂȘme mutique, y a dâla musique
 Pourtant souvent câest associĂ© au trĂ©pas
Une minute de silence pour saluer
Ceux qui sâĂ©lancent dans lâau-delĂ
 Je propose dâinverser ce parti pris
Par un acte totalement gratuit
Une minute de silence pour célébrer la vie
 Saisir lâinfini de cette superficie
Et mĂȘme si câest pas super facile
Fermer les yeux comme un accord tacite
 [âŠ]
 Merci. Mission accomplie.
Quand le silence du roi rĂšgne
Les coins sont arrondis.
   - Photo : A.S.
- Musique : « Fever » - Balthazar
#29 Ivre donc vous ĂȘtes le blaireau
Tome 475: âĂ la croisĂ©e des chapiteauxâ (2021)
1.
 Dimanche, 10h32. Comme les six derniers mois, vous vous rĂ©veillez aprĂšs avoir passĂ© la soirĂ©e Ă mater des docuâ Arte sur lâart dâenculer les mouches. Petit-dĂ©jeuner, douche. Si vous dĂ©cidez de ne rien glander jusquâau dĂźner, allez au 2 et perdez dix points de moral. Si vous dĂ©cidez de lire le journal, tournez la page au 3.
  3.
 En parcourant le canard local, vous apprenez quâun festival de cirque se tient pas trĂšs loin. De quoi tuer lâtemps en sânourrissant intellectuellement au prix de huit piĂšces dâor, autrement dit : rien. Pour vous y rendre, vous pouvez enfourchez Tim le vĂ©lo magique (7) ou prendre le tram (8).
  7.
 Argh ! Tim sâest fait percer la roue avant gauche. En mĂȘme temps, fallait pas piquer lâemplacement du voisin. Sortez votre titre de transport et allez au 8.
  8.
 Vous arrivez sur site. Chapiteaux rouges, enfants sâexerçant aux pirouettes, odeur de beignets et musique Ă©lectro. Toujours la mĂȘme sensation au creux du ventre, ce bonheur du festivalier, celui de pĂ©nĂ©trer dans un parc dâattractions pour grands (enfants). Vous commencez par un spectacle puis portĂ© par lâambiance, vous dĂ©cidez de les enchaĂźner toute la journĂ©e entre trapĂšze, jonglage et ingurgitation de sabre. Perdez quarante-cinq piĂšces dâor. Dans lâeuphorie, vous croisez quand mĂȘme les yeux Ă©meraudes de votre crush avec qui câest compliquĂ© puisque votre compĂ©tence de communication Ă©motionnelle est de -18. La nuit tombe, les reprĂ©sentations se terminent et un concert commence. Vous hĂ©sitez Ă rester faute dâamis. Lancez 1D6. Sur un rĂ©sultat de 1, rendez-vous au 12, sur un rĂ©sultat de 2 Ă 6, rendez-vous au 13.
  13.
 Coup de chance ! Vous croisez une vague connaissance qui se propose de vous payer un coup. En avant la musique, les sourires et les corps qui se dĂ©hanchent. Au milieu des basses et de la biĂšre, vous apercevez Ă nouveau votre crush au loin et dĂ©cidez de vous adonner Ă une stratĂ©gie subtile consistant Ă lui lancer des regards de merlan frit. Perdez 15 points dâamour propre. Au mĂȘme moment, une connaissance de votre vague connaissance fait son apparition. Jeune femme brune au sourire sympathique qui entame direct la conversation. Le courant passe bien. Ne dites pas trop de conneries et reprenez une 16.
  16.
 Deux heures du matin. Le concert est terminĂ©. Le bar ferme. Vous ĂȘtes pompette. Perdez 30 points dâarticulation, 40 de luciditĂ© et toutes vos piĂšces dâor. Votre vague connaissance dĂ©cide de prendre le large, vous laissant seul avec la jeune femme brune qui ne fait que se passer la main dans les cheveux en proposant de vous ramener. Lâoccasion est trop belle mais, tandis que la foule se disperse, vous ne pouvez vous empĂȘcher de jeter des Ćillades Ă votre crush qui semble piquĂ©e de votre nouvelle rencontre. Il faut prendre une dĂ©cision mon grand. Si vous dĂ©cidez de rentrer avec la brune, allez au 69, si vous avez le courage de parler Ă votre crush aux yeux Ă©meraudes, allez au 666. Si vous ne savez pas quoi faire, allez vous faire foutre.
  69.
 La brune vous ramĂšne chez vous et Ă la rĂ©alité : elle part finir la nuit ailleurs et il est Ă©vident que vous nâĂȘtes pas conviĂ©. Vous rentrez seul et vous affalez sur le lit aprĂšs avoir englouti des madeleines au chocolat. Le sommeil vous gagne en mĂȘme temps que les questions existentielles. Vous avez trois grammes et votre rĂ©veil sonne dans quatre heures. Perdez 50 points dâĂ©nergie. Gagnez 100 points dâexpĂ©rience.
   - Image : Yuuza
- Musique : « Lost in the sound » - Chill Bump
#28 éoCd
ujoBnor,
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  - Image : A.S.
- Musique : « Au-delà  » - Donamaria

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#26 La classe
Je mĂšne rĂ©guliĂšrement des ateliers dâĂ©criture ludique et dâexpression orale.
En prenant garde Ă ce quâils ne prennent pas le pas sur mon activitĂ© artistique. Au sein de ma boĂźte Ă outils, il y a un exercice que jâaffectionne tout particuliĂšrement. Il consiste Ă rĂ©diger une phrase qui parle de soi en six mots maximum (apostrophes non comptĂ©es). Lâenseignante rĂ©fĂ©rente dâun lycĂ©e proâ mâa fait une copie des productions rĂ©alisĂ©es avec une classe il y a quelques semaines. Je la restitue ici:
Lâargent est temporaire, la vie Ă©phĂ©mĂšre
Ti, ti, Timidité, tout est caché !
Spécialités et animés, le Japon illuminé.
Bande-son apaisante comme des génériques Vongola
Mon inconnu: mes limites, ma liberté.
Une vie unique, une vie comblée
Fatigue absolue dans un monde résolu
Puncher la vie comme un poids léger
Sans famille, seul face au monde
La respiration au rythme du téléphone
Les amis toujours remplacent un pĂšre
Mort, au fond de mon verre.
Violent comme un coup de bĂąton
Rencontrer lâautre, apprendre sur moi
Prince de la ville, I drill
Ma haine nâa pas pu cicatriser
La famille, un sac de souvenirs
Trois secondes avant impact, contracte, contact.
- Photo: A.S.
- Musique: Jocelyn Flores - XXXTentacion