The Evil Eye - Clément Cogitore
Le dernier film (The Evil Eye) du rĂ©alisateur, ClĂ©ment Cogitore, nous plonge dans un monde construit Ă partir de vidĂ©os provenant de banque dâimages.Â
Lâartiste qui est maintenant professeur dâArt VidĂ©o aux Beaux-Arts de Paris a connu plusieurs succĂšs avec ses films documentaires Braguino, Ni le ciel ni la terre, Lâintervalle de rĂ©sonance, Dans le jardin du temps. Avec cette filmographie consĂ©quente, lâartiste a traversĂ© les sujets de lâisolement (Dans le jardin du temps), du reclus (Braguino), de la frontiĂšre comme connexion (Lâintervalle de rĂ©sonance)âŠ
Selon moi, il a toujours su viser juste. Son prisme dâĂ©tude ne sâarrĂȘte pas Ă lâhomme et son comportement, mais il va plus loin en replaçant lâindividu et le groupe dans son environnement, ce qui permet dâavoir un regard rĂ©aliste et sincĂšre sur la situation.
Avec The Evil Eye, il illustre de nouveau un certain Ă©cart, mais Ă travers une frontiĂšre matĂ©rielle. Lâimage nâest plus captĂ©e par lui-mĂȘme, mais elle est achetĂ©e sur une banque dâimage puis, utilisĂ©e pour sa plastique spĂ©ciale et son statut consommable. Tout simplement, il crĂ©e une histoire avec ce qui est Ă vendre, comme un plasticien faisant une sculpture avec des parpaings de maçonnerie, comme Andy Warhol exposant une soupe Campbell.
https://www.arte.tv/fr/videos/073049-031-A/square-artiste/
« Faire réémerger de lâhumain dans un produit » câest lâobjectif citĂ© par le rĂ©alisateur.
Jâai trouvĂ© ce moyen de mise Ă lâĂ©cran puissant, car la dĂ©finition de lâimage et de lâacteur est interrogĂ©. On retrouve une marchandisation de lâindividu filmĂ©, car celui qui achĂšte le produit dĂ©tient lâimage de lâacteur. Cette image est ensuite utilisĂ©e pour identifier lâacteur au public cible. Par exemple, si une femme sexagĂ©naire blanche est filmĂ©e, elle reprĂ©sentera pour une campagne publicitaire ou politique toute la population fĂ©minine sexagĂ©naire blanche. Lâimage contient lâindividu comme un stĂ©rĂ©otype social.
Le travail de ClĂ©ment Cogitore permet de restituer lâhumanitĂ© singuliĂšre de lâacteur Ă son image. Alors, lâĂ©cart entre humain et image est critiquĂ©. Et cette distinction entre ces deux entitĂ©s est une problĂ©matique contemporaine dans la relation que nous entretenons avec les images.
JusquâoĂč pouvons nous dĂ©tenir lâimage dâun individu ? Est-ce que cette question rĂ©vĂšle seulement dâun contrat commercial ? Ou est-ce une question identitaire ?
Maintenant et grĂące aux outils numĂ©riques, nous pouvons accĂ©der Ă lâimage de quiconque gratuitement et simplement. En quelques sortes, nous possĂ©dons lâimage de personne. Est-ce que cela veut dire que jâai un droit sur lâidentitĂ© dâune personne ? Voici un exemple historique qui peut proposer une rĂ©ponse.
Au milieu du XIXe siĂšcle, la photographie arrive sur le sol malgache. Les habitants prennent peur face Ă cette nouvelle technologie qui permet de transposer son corps sur le papier. Dans les premier temps de la dĂ©couverte de cette technologie, les malgaches parlent dâun vol/dĂ©doublement de lâĂąme: ils considĂšrent perdre une partie de leur Ăąme.
Cette anecdote, reprise des centaine de fois, pour prĂ©senter le caractĂšre sacrĂ© de la photographie, invite les contemporains Ă ne pas banaliser cette pratique. Seulement ce raisonnement, semble perdre son public au fil du temps, mĂȘme dans les milieux artistiques.