Neutralité du Net : les directives Berec tentent de ménager la chÚvre et le chou
Pour une premiĂšre consultation, le Berec a eu fort Ă faire. LancĂ©e au dĂ©but de lâĂ©tĂ©, la consultation publique portait sur le premier jet de directives publiĂ© par le Berec a donnĂ© lieu Ă une participation massive. Au total, le regroupement des autoritĂ©s tĂ©lĂ©com europĂ©enne a eu Ă se pencher sur pas moins de 481.547 contributions. « Cela a Ă©tĂ© compliquĂ© de traiter ces demandes, mais nous avons rapidement pu identifier les contributions qui Ă©manaient de diffĂ©rentes campagnes et qui se recoupaient, ce qui nous a permis dâisoler les arguments portĂ©s par ces diffĂ©rentes contributions » explique LĂĄszlĂł IgnĂ©czi, manager administratif du bureau du Berec.
Celui-ci confie Ă©galement avoir demandĂ© conseil Ă la FCC amĂ©ricaine, qui avait fait face Ă la mĂȘme problĂ©matique lors de sa propre consultation sur les rĂšgles applicables en matiĂšre de neutralitĂ© du net.
pic.twitter.com/HvziV1KRjW
â BEREC (@BERECeuropaeu) August 30, 2016
La mobilisation toujours au rendez-vous
Le sujet, pourtant pointu, a en effet largement mobilisĂ© au-delĂ du pĂ©rimĂštre de lâindustrie des tĂ©lĂ©coms. Des initiatives europĂ©ennes telles que Savethenet ont ainsi Ă©mergĂ©, rassemblant un grand nombre dâinternautes sur leur plateforme afin de peser dans le dĂ©bat. Mais les opĂ©rateurs nâĂ©taient Ă©videmment pas en reste : un manifeste avait ainsi Ă©tĂ© publiĂ© par les opĂ©rateurs europĂ©ens pour prĂ©senter leur vision.
Entre les deux, les demandes Ă©taient largement diffĂ©rentes : les opĂ©rateurs appelaient Ă des rĂšgles souples et flexibles dans la gestion du trafic et des services afin de ne pas limiter les investissements, tandis que les militants de la sociĂ©tĂ© civile espĂ©raient des prises de position claires et fortes afin de protĂ©ger les internautes face aux Ă©ventuels abus. Entre ces deux pĂŽles, les directives du Berec louvoient et tentent de satisfaire des intĂ©rĂȘts parfois opposĂ©s.
à tout seigneur tout honneur : le zero rating était évidemment sur toutes les lÚvres au cours de la conférence. Cette pratique polémique est jugée contraire au principe de neutralité du net par de nombreux militants et associations, mais les opérateurs tiennent à pouvoir proposer des services de ce type, qui se révÚlent générateurs de profits.
Mais la position du Berec en la matiĂšre se veut prudente : le zero rating nâest ainsi pas prohibĂ© en soi et les autoritĂ©s de rĂ©gulation nationales devront se pencher sur la question au cas par cas. Mais lâautoritĂ© rappelle nĂ©anmoins que certaines implĂ©mentations de ce principe seront clairement en dĂ©saccord avec le texte, notamment celles venant bloquer lâaccĂšs au rĂ©seau mais laissant lâaccĂšs aux services partenaires une fois le quota de data dĂ©passĂ©.
Cette forme-lĂ ne passera pas, mais les rĂ©gulateurs ne veulent pas sâavancer sur les variantes de ce modĂšle et laissent aux autoritĂ©s nationales le soin dâĂ©valuer leur conformitĂ©. « « Dans la rĂ©gulation, le zero rating nâest ni autorisĂ© ni interdit. Nous avons souhaitĂ© suivre cette ligne » rĂ©sume Ă ce sujet Sebastien Soriano, qui prĂ©side lâorganisme.
Gestion de trafic en eaux claires
Autre point de polĂ©mique : les mesures de gestion de trafic. LĂ aussi, la question est clivante avec dâun cĂŽtĂ© des gros opĂ©rateurs qui souhaitent pouvoir avoir la main sur leur trafic pour rĂ©pondre Ă des problĂ©matiques de congestion ou dâoptimisation, et de lâautre des dĂ©fenseurs de la neutralitĂ© du net qui craignent dây voir lâĂ©mergence dâun internet Ă deux vitesses.
Encore une fois, pas de position unilatĂ©rale ou dâinterdiction pure et simple, mais le Berec Ă©dicte plusieurs principes pour encadrer la pratique. Impossible ainsi de mettre en place ces mesures pour des raisons commerciales notamment, et celles-ci ne doivent pas affecter les applications ou les utilisateurs.
La question des services spĂ©cialisĂ©s est Ă©galement soumise Ă des rĂšgles devant encadrer leur lancement : ceux-ci devront prouver la nĂ©cessitĂ© de passer par ce type de service, ne devront pas remettre en question la qualitĂ© du service dâaccĂšs internet ou sây substituer.
Pas clair ? Une question de lâassistance est venue poser un cas pratique qui parlera Ă certains de nos lecteurs : celui du blocage publicitaire. Un opĂ©rateur peut-il dĂ©cider de mettre en place un blocage publicitaire chez lâensemble de ses abonnĂ©s ? RĂ©ponse du Berec « Ce nâest pas noir ou blanc. Un blocage au niveau des terminaux nâentre pas dans le champ dâapplication de la rĂ©gulation.
Si en revanche le blocage est mis en place au niveau du cĆur de rĂ©seau, il faudra justifier dâune congestion Ă cause des publicitĂ©s pour que la mesure soit en rĂšgle. » Les rĂ©gulateurs jouent finement. On pensera Ă©videmment trĂšs fort Ă Free, qui avait eu le malheur de tenter une pratique de ce type il y a quelques annĂ©es avant de rapidement rĂ©tropĂ©daler.
Face à ce constat, les réactions semblent globalement positives : la Commission européenne a ainsi été la premiÚre à faciliter la publication de cette nouvelle directive, tandis que les sites des campagnes AcessNow et SaveTheInternet affichent leurs triomphes et clament une victoire totale et la fin du zero rating.
Plus de rĂ©serves du cĂŽtĂ© des associations françaises telles que la Quadrature ou FFDN, qui semblent vouloir se pencher plus en dĂ©tail sur le texte avant de crier victoire. Le Berec profite de lâoccasion pour renvoyer tout le monde au 30 juin 2017, date Ă laquelle un premier rapport viendra tirer le bilan de ce nouveau cadre. Et le Berec ne sâinterdit pas de venir corriger ses directives en cas de besoin.
Neutralité du Net : les directives Berec tentent de ménager la chÚvre et le chou was originally published on JDCHASTA SAS