Jim Zemlin aux opĂ©rateurs : "Etes-vous prĂȘts pour l'open source ?"
Ă lâoccasion de lâUltra Broadband Forum, organisĂ© la semaine derniĂšre par Huawei sous lâĂ©gide des Nations Unies Ă Francfort, Jim Zemlin, le patron de la Linux Foundation est venu prĂȘcher les vertus de lâopen source aux opĂ©rateurs tĂ©lĂ©coms et fournisseurs de services prĂ©sents.
Devant un parterre rassemblant des  responsables techniques de la plupart des opĂ©rateurs europĂ©ens, Zemlin a profitĂ© de son intervention pour rappeler que la Linux Foundation est aujourdâhui lâhĂŽte du plus grand projet open source de la planĂšte, Linux. «âCe nâest pas seulement le plus important projet open source, câest aussi le projet logiciel collaboratif le plus vaste quâait connu la planĂšteâ», a rappelĂ© Zemlin. «âLinux, ce sont plus de 10 milliards dâinvestissements partagĂ©s et 21 millions de lignes de code. (âŠ)Au quotidien 10â000 lignes de code sont ajoutĂ©es et 5000 lignes sont retirĂ©es chaque jour. Des modifications sont apportĂ©es 8 fois par heureâ».Â
Un plaidoyer en faveur de lâopen sourceÂ
Plaidant pour lâadoption du modĂšle open source par les opĂ©rateurs tĂ©lĂ©coms pour leurs services et produits, Zemlin a rappelĂ© les principales raisons pour lesquelles lâindustrie du logiciel adopte massivement le modĂšle open source : « Petit a, quâil y a trop de lignes de code Ă Ă©crire pour quâune seule entreprise puisse le faire seule et petit b, aucune entreprise aussi puissante soit elle ne peut soutenir le rythme de dĂ©veloppement quâoffre un projet open sourceâ».
Zemlin est aussi revenu sur la transformation qui sâest opĂ©rĂ©e dans le monde du libre au cours des derniĂšres annĂ©es. Il a ainsi rappelĂ© quâil y a encore cinq Ă six ans, lâopen source Ă©tait souvent un modĂšle suiveur dont les projets concurrençaient des acteurs propriĂ©taires sur des marchĂ©s en faible croissance ou en rĂ©gression : «âMySQL a Ă©tĂ© conçu comme une alternative Ă Oracle et Linux comme un remplacement pour Unixâ» a-t-il rappelĂ©. Aujourdâhui, en revanche, le modĂšle open source est Ă la pointe de lâinnovation : «âtoutes les catĂ©gories modernes de logiciels sont dominĂ©es par des logiciels open source et le libre est Ă la pointe de lâinnovation, que ce soit dans le Big Data avec un projet comme Hadoop, dans lâIoT, dans le cloud, avec des projets comme OpenStack, Kubernetes, Mesos qui sont au cĆur de tous les grands projets dâinfrastructure au cĆur des datacenters modernesâ» a ainsi expliquĂ© Zemlin tout en mettant en avant le rĂŽle de transformation du libre pour des industries entiĂšres. Par exemple, «âOn voit des technologies comme la blockchain redĂ©finir le monde bancaire en crĂ©ant en un livre de compte distribuĂ© et immuable qui va accĂ©lĂ©rer les transactions bancaires de jours en secondesâ».
Un modÚle de développement associé à un modÚle économique innovant
Jim Zemlin a aussi tenu Ă rappeler que si lâopen source est devenu la norme pour le dĂ©veloppement logiciel, câest aussi un modĂšle Ă©conomique que les opĂ©rateurs feraient bien de ne pas ignorer. «âCe que Linux a prouvĂ© au cours des vingt-cinq annĂ©es de son existence est que le libre est un modĂšle qui produit du logiciel meilleur, plus vite et moins cher, mais que câest aussi un modĂšle Ă©conomique oĂč partager le logiciel, aider les autres, câest aussi se rendre service à soi-mĂȘmeâ».Â
Jim Zemlin, Directeur exécutif de la Linux Foundation
Selon Zemlin, des millions de dĂ©veloppeurs open source produisent chaque annĂ©e des milliards de lignes de code. Et cela a des effets dans lâĂ©conomie rĂ©elle : «âDes centaines de start-ups sont nĂ©es de lâopen source dans la Silicon Valley. Une dizaine dâentre elles sont ce que lâon appelle des âlicornesâ et valorisĂ©es plus dâun milliard de dollars. Des milliards de valorisation sont créés par lâopen sourceâ». Mais lâindustrie du logiciel nâest pas la seule affectĂ©e par le libre. Le mouvement vers les services est Ă©galement favorable Ă lâopen source. Zemlin a ainsi rappelĂ© que si «âdes compagnies comme HP ou IBM sont en difficultĂ© aujourdâhuiâ», câest parce quâun marchĂ© entier, celui de lâinformatique dâentreprises se dĂ©place des produits vers les services, ce qui bouleverse le modĂšle Ă©conomique traditionnel des acteurs de lâIT.
Et dans ce monde des services, «âle logiciel nâest plus un centre de profitâ» a expliquĂ© Zemlin. «âQuand vous dĂ©livrez des services, le logiciel est un coĂ»t, il fait partie de votre bill of material. Et dans ce contexte, le code open source a un avantage, car il est gratuit. Il fait tourner lâinfrastructure [cloud] qui dĂ©place des milliards de revenus [des produits vers les services]â». Ce nâest donc pas un hasard si parmi les grands acteurs du libre on retrouve des sociĂ©tĂ©s FaceBook, Google, Yahoo ou Amazon.
Ătes-vous prĂȘts pour lâopen sourceâ?
Zemlin a mis en garde les opĂ©rateurs contre la tentation dâignorer le libre pour se tourner vers le refuge du code propriĂ©taire. «âLes meilleures organisations de la planĂšte sâappuient sur lâopen source : elles vont vers un monde ou la majoritĂ© de lâinfrastructure sâappuie sur lâopen source. Pourquoiâ? Car ce sont les 20 derniers pour cent qui sont rĂ©ellement importants pour les clients. Vous imaginez-vous crĂ©er un OS Ă partir de rien alors quâun OS totalement gratuit et qui Ă©volue 8 fois par heure est disponible gratuitement est disponible. Ce serait de la folie. La question que vous devez vous poser est : ĂȘtes-vous prĂȘts pour lâopen sourceâ?â»
Zemlin a ainsi rappelĂ© quâil y a plus de 38 millions de projets open source sur Github et 430â000 projets sur Sourceforge. On compte selon lui plusieurs centaines de projets et de fondations libres dans le monde. La question que doivent se poser les opĂ©rateurs est donc de savoir quels sont les projets importants pour eux. «âLa question quâil vous faut vous poser est de savoir quels sont les projets open source que vous devez surveiller pour les inclure dans vos produitsâ».
Il a rappelĂ© que la Linux Foundation avait pour objectif de soutenir les projets les plus importants et a notamment mentionnĂ© certains de ceux quâelle soutient dans le monde des rĂ©seaux et des tĂ©lĂ©coms. Il a toutefois averti les opĂ©rateurs que lâindustrie des rĂ©seaux et tĂ©lĂ©coms a encore des progrĂšs Ă faire pour tirer pleinement parti du modĂšle open source.
«âLes bons projets deviennent de bons produits et gĂ©nĂšrent de bons profits. Les bugs sont corrigĂ©s, la qualitĂ© progresse, lâinnovation est collectĂ©e et ainsi de suite. Câest ce sur quoi la fondation Linux se concentre. Parmi les projets clĂ©s que nous avons identifiĂ©s, il y a des projets comme node.js â il est utilisĂ© par des millions dâorganisations dans le monde pour des applis IoT â. Il y a aussi Cloud Foundry dans les frameworks applicatifs ou Kubernetes dans la gestion de conteneurs. Kubernetes a aujourdâhui 33â000 requĂȘtes de modifications ouvertes et un millier de dĂ©veloppeurs actifs. La vĂ©locitĂ© dâun tel projet est hallucinante. Dans les conteneurs, il y a Docker ou Open Container qui sont aussi open source. Plus bas au niveau de la couche rĂ©seau, il y a des choses comme Open O, Ecomp (une plate-forme NFV nĂ©e chez AT&T et testĂ©e par Orange, N.D.L.R), OPNFVâŠâ».
Zemlin a terminĂ© son intervention en invitant les opĂ©rateurs Ă adapter leurs organisations pour embrasser les modĂšles libres. «âJâen reviens donc Ă ma question initiale : ĂȘtes-vous prĂȘts pour lâopen source. Avez-vous quelquâun dans votre organisation en charge de lâopen source Ă mĂȘme de vous aider Ă en rĂ©colter la valeur. Savez-vous quels projets choisirâ? Savez-vous comment gĂ©rer vos obligations en matiĂšre de propriĂ©tĂ© intellectuelleâ? Savez-vous comment intĂ©grer les processus de dĂ©veloppement open source dans vos propres processus de dĂ©veloppementâ? Avez-vous ces capacitĂ©sâ? Il est important de vous assurer que câest le cas car Google, Amazon Facebook, Intel, Huawei, Oracle, Apple, et toutes les compagnies leaders de lâIT sont passĂ©es maĂźtres dans lâart de tirer parti de lâopen source. Elles savent gĂ©rer sa complexitĂ©, savent comment lâintĂ©grer dans leur chaĂźne de valeur et gĂšrent de façon appropriĂ©e le changement dans leurs groupes dâingĂ©nierie. Elles savent reconnaĂźtre la valeur de lâopen source dans leurs comptes, ont les Ă©quipes juridiques pour gĂ©rer leur propriĂ©tĂ© intellectuelle en conjonction avec le modĂšle open source. Ce sont autant de choses que les meilleures sociĂ©tĂ©s technologiques ont appris Ă faireâ».
Et de conclure : «âAujourdâhui, le principal obstacle Ă lâopen source ne vient pas des dĂ©veloppeurs, mais du management qui ne sait pas comment en tirer partiâ». Ă bon entendeurâŠ
Jim Zemlin aux opĂ©rateurs : "Etes-vous prĂȘts pour l'open source ?" was originally published on JDCHASTA SAS