« Viens! » tu ajoutais. « Presse le pas.
Si tu tardes, je n'attendrai pas.
La voie de l'excès mène au palais
De la Sagesse… ou au mausolée.
Suis-moi, libère-toi des scrupules
Jetant tes cellules en cellule.
Pourquoi as-tu peur du ridicule?
Qu’on te passe un savon? Sors des bulles!
Laisse glisser le long de ta gorge
Ma boisson qui de poison regorge.
In vino veritas. N’assouvit
Pas l’eau de santé, mais l’eau-de-vie.
Tends le bras comme le cou d’un cygne;
Grimpe tels les sarments d’une vigne.
Que, tel l’encens qu’un hasard dirige,
Te monte à la tête le vertige!
Enivre-toi! D'extases, folies,
Mystères, alcool et poésie!
Que l’Abondance, cent fois, arrose
Ta foi sans foie qui n’ait de cirrhose!
Abandonne-toi sans précautions
Dans les doux bras de la tentation.
Brebis du Christ, au visage morne,
Va, prends la jeunesse par les cornes!
Demain, quand le jour se lèvera,
Tes péchés amers tu pleureras.
Mais, pendant que le sommeil te fuit,
Dissipe tes rires dans la nuit! »
Alors, je me suis dit : « La boisson,
Qu’est-elle sans l’orge des moissons?
Sans le travail du temps des vendanges
Au sécateur usant les phalanges?
Le plaisir, un passé sans mémoire,
Produit un avenir sans espoir.
Ma devise? À boire! À boire! À boire!
Moi, la sueur du front m’est terroir. »
-Poésie: extrait de "À un fils de Dionysos", à lire dans "Genèse d'une femme" par Marine Mariposa, disponible gratuitement sur https://sites.google.com/view/papillondusublime/gen%C3%A8se-dune-femme
-Image: "Frenzy of Exultations", Władysław Podkowiński