Les fenĂȘtres qui nâont jamais su dire adieu
On disait que cette maison respirait.
Chaque soir, quand le vent se levait, les rideaux sortaient par les fenĂȘtres comme deux Ăąmes impatientes. Les voisins prĂ©tendaient que ce nâĂ©tait quâun courant dâair. Mais Ana savait mieux.
Elle avait grandi entre ces murs gris, dans le silence laissĂ© par un dĂ©part sans adieu. Sa mĂšre Ă©tait partie un matin dâhiver, sans valise, sans explication â juste une fenĂȘtre ouverte et des voilages agitĂ©s comme des mains qui hĂ©sitent.
Des années plus tard, Aza revint.
La maison Ă©tait vide, mais les fenĂȘtres, elles, nâavaient rien oubliĂ©. Quand elle poussa la porte, un souffle traversa les piĂšces et les rideaux se soulevĂšrent Ă nouveau, plus vivants que jamais. Elle monta lentement lâescalier, le cĆur battant comme si quelquâun lâattendait.
Dans la chambre du haut, le vent fit danser le tissu autour dâelle. Il ne faisait pas froid. CâĂ©tait une Ă©treinte.
Alors Aza comprit : sa mĂšre nâavait jamais su partir autrement. Elle sâĂ©tait dissoute dans lâair, dans la lumiĂšre, dans ce mouvement fragile qui refuse dâĂȘtre enfermĂ©.
Aza ouvrit les deux fenĂȘtres en grand.
Et pour la premiĂšre fois, le vent entra sans emporter personne.