Lecture-action : Tintamarre by Cyril Jarton
Samedi 9 octobre
Tintamarre
Lecture-action
Cyril Jarton
Texte - Randolph St Cosmo
Tintamarre de Cyril Jarton est une lecture interactive (artiste/public) extraite du roman-partition du mĂȘme nom, et opĂ©rant lâidĂ©e dâune rĂ©appropriation physique des mots et de la fiction, par les spectateurs. A travers cette proposition lâartiste emmĂšne le public dans lâunivers insulaire de Tintamarre et dĂ©roule la toile dâune narration boursouflĂ©e profondĂ©ment nourrie par le surrĂ©alisme et le dadaĂŻsme, tapissĂ©e dâune multitude de collages protĂ©iformes (mots, phrases) en tout genre (rĂ©pĂ©titions saccadĂ©es, accĂ©lĂ©rations impromptues, injonctions absurdes), et matĂ©rialisĂ©e dans lâespace par une corde dâune longueur inouĂŻe Ă laquelle est rattachĂ©e un foutoir dâobjets divers et incalculables.
Une fois rentrĂ© dans lâespace du GĂ©nĂ©rateur, le public se place instinctivement sur les cĂŽtĂ©s de la salle, le centre Ă©tant occupĂ© par du matĂ©riel technique laissĂ© volontairement Ă terre par lâartiste. Ce dernier, pĂ©nĂštre lâarĂšne : son texte-partition dans une main, la corde bien serrĂ©e dans lâautre. Lâartiste avance dans lâespace parcimonieusement en lisant son texte dont la taille une fois dĂ©roulĂ©e Ă©gale presque celle de la corde elle mĂȘme.
RĂ©guliĂšrement, ce dernier tire violemment la corde (« Oh hisse ! ») et apparaissent de nouveaux objets restĂ©s encore invisibles (map-monde, boĂźte en carton, vĂȘtements, jouets dâenfants). Comme une ponctuation dans le rĂ©cit, les objets grincent et traĂźnent par terre provoquant un brouhaha sonore. Puis lâartiste lĂąche la corde et rĂ©cupĂšre le fil de son histoire, et ainsi de suite.
Lâhistoire de Tintamarre est aussi cryptique que son dispositif (objets sans rapports flagrant), mais le processus opĂšre distinctement, berçant les spectateurs pendant une heure. Cependant, le but est tout autre, et Cyril Jarton nous le fait bien savoir lorsquâil propose subtilement au public de venir attacher Ă la corde un objet de son choix. Plusieurs participants moins timides que les autres viendront complĂ©ter la liste des objets divers avec une chaussure, une femme se dĂ©shabille pour y accrocher son pantalon. Le rĂ©cit prend fin avec une outro sonore violente et bruitiste aux accents aquatique et chamanique, faisant Ă©cho Ă lâĂźle de Tintamarre et mise en forme par Thierry Balasse et Wilfried Wendling (musiciens que lâon retrouve dans la performance prĂ©cĂ©dant tout juste Tintamarre, Feedback â le larsen dans tous ses Ă©tats).
Lâeffort de lâartiste est celui dâun dĂ©ploiement combinĂ© du rĂ©cit dans un espace-temps particulier (celui du GĂ©nĂ©rateur et de cette aprĂšs-midi prĂ©cise), et de son incarnation dans la corde et des objets y Ă©tant rattachĂ©s (dĂ©bordement du rĂ©cit : de la page vers la matiĂšre). En effet, si le rĂ©cit est une corde et que lâon peut modifier cette corde, alors le rĂ©cit peut ĂȘtre transformĂ© Ă loisir par les visiteurs. Câest cette notion dâinteractivitĂ©, ce dĂ©ploiement vers le public, que lâon retrouve dans le travail de lâartiste, dĂ©cidĂ© Ă placer au cĆur de son dispositif artistique la pratique du jeu (agir et remodeler le rĂ©cit mais aussi la matiĂšre) comme condition nĂ©cessaire Ă la conception dâun art Ă©quivoque, ludique et participatif.
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