Conversation : GROUPE ICONOGRAMME - Avec Bruno Trocoli, Karim Rouillon et Nicolas Guillemin
Vendredi 15 octobre / 19.00 à 22.00 / Le Générateur
GROUPE ICONOGRAMME
Avec Bruno Trocoli, Karim Rouillon et Nicolas Guillemin
Conversation
Texte - Randolph St Cosmo
En tant que forme artistique, la performance engendre son propre « discours » et ses propres « dĂ©finitions ». Se pose ainsi Ă celui qui en prend acte la question : que me communique-t-on et quâest-ce que je comprends ? De quelle maniĂšre puis-je lâinterprĂ©ter, le transmettre ? Quâest-ce qui prĂ©cĂšde et motive mon interprĂ©tation ? ProposĂ©e par le groupe ICONOGRAMME, la soirĂ©e du 15 octobre 2010 au GĂ©nĂ©rateur est consacrĂ©e Ă un Ă©change public autour de la notion de performance (« Quâest ce que la performance ? »), et de sa dĂ©finition, et rĂ©unit une vingtaine de convives.
ICONOGRAMME se prĂ©sente comme un groupe de rĂ©flexion, de discussions et dâanalyse des problĂ©matiques contemporaines. Il composĂ© de trois membres actifs : Bruno Trocoli, Karim Rouillon et Nicolas Guillemin. Ces derniers travaillent sur trois pĂŽles, trois laboratoires : « Logique et langage », « DĂ©finition de lâArt », et « La nouvelle Ă©conomie affective ». Câest dans le cadre de ce dispositif quâest nĂ© le SGRAM, une forme de discussion publique qui vise Ă analyser les opinions avancĂ©es par les participants au cours des Ă©changes. Lorsque quelquâune personne formule une opinion, on appelle cela un GRAM,  le but Ă©tant de passer du GRAM au SGRAM, câest-Ă -dire de passer dâune opinion personnelle Ă lâanalyse et Ă la comprĂ©hension collective de cette opinion : câest une GRAMATURGE (et toute personne participant : un SGRAMMEUR). Sâadressant aussi bien aux amateurs quâaux professionnels â aux curieux en gĂ©nĂ©ral â chaque session de SGRAM recoupe ainsi un vaste et riche Ă©ventail de dĂ©finitions, de ressentis, de notions, de remarques plus ou moins pertinentes.
 Le parcours rĂ©flexif de la session SGRAM au GĂ©nĂ©rateur sâoriente autour de plusieurs problĂ©matiques liĂ©es Ă une interrogation de dĂ©part : « Quâest-ce que la performance ? » Lâon se demande entres autres sâil est possible ou non de dĂ©finir la performance, et si cela sâavĂšre pertinent.  « La performance constitue davantage une maniĂšre dâexister », entend-on rapidement. « Naissance », « essence », « maniĂšre de sâexprimer », « geste dans le sens dâacter » sont les premiĂšres notions Ă apparaĂźtre. Pour certains, chercher Ă identifier la performance nâest rien dâautre quâune « tentative de se rassurer », et permet de se situer par rapport Ă la chose dĂ©finie. Ainsi, « la dĂ©finition tue », « annihile ».
Il est vrai, il est encore aujourdâhui difficile de parvenir Ă une dĂ©finition univoque de la performance, nĂ©anmoins on peut lui trouver des attributs, et tenter de la circonscrire : « La performance est dans le mouvement, dans lâespace, de lâexistence, elle est directe ou diffĂ©rĂ©e », entend-t-on. « Un noyau peut ĂȘtre dĂ©crit, mais ses Ă©lectrons seront toujours insaisissables ».
On discutera ensuite de son origine, puis de sa commercialisation. RamenĂ©e Ă un plan plus pragmatique, on soumet lâidĂ©e que « la performance ne peut se commercialiser, sauf depuis trĂšs rĂ©cemment, oĂč la juridiction sâest mise en place petit Ă petit ». Lâexemple de Tino Sehgal, « qui ne veut pas quâil y ait dâacte », ne souhaitant pas que la transaction laisse quelconque trace, est mentionnĂ©. « La performance comme acte artistique est induite par la loi en 2004 ».
La conversation introduit aussi la notion de public, quelle part active-t-il dans le cadre dâune performance peut ou doit-il avoir ? PlutĂŽt que des rĂ©ponses câest principalement un nouveau corpus de questions qui ne cesse dâĂ©merger. « La performance doit-elle ĂȘtre vue ? En directe ou en diffĂ©rĂ©e ? ». Lâacte artistique peut pour lâun nâ « exister que dans un cadre social », câest-Ă -dire quâelle doit sâoffrir Ă des rĂ©cepteurs avertis (dans le sens, ĂȘtre conscient de la performance). On cite par exemple un artiste chinois ayant vĂ©cu une annĂ©e complĂšte Ă New York dehors, dans la rue. Pas de tĂ©moins, uniquement quelques photos de proches rĂ©alisĂ©es de temps en temps. DâoĂč : « La performance peut-elle ĂȘtre un acte gratuit ? » « Lâartiste peut-il ĂȘtre son propre spectateur ? ».
La derniĂšre problĂ©matique abordĂ©e concerne celle de lâart fonctionnel (ou non). « Lâart ne doit pas ĂȘtre fonctionnel, ni utile. Il appartient au monde. Il ne peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un besoin ». Un autre complĂšte subtilement par le fait que « lâart provoque forcĂ©ment une rĂ©action. Ce nâest pas de la propriĂ©tĂ© privĂ©e mais une vĂ©ritable interaction/relation ».
Au terme de plusieurs heures de rĂ©flexions, sont apparues plus de questions que de rĂ©ponses ; lâensemble de la discussion et des notions abordĂ©es, dense. Deux heures ne sauraient ĂȘtre, si ce nâest un prĂ©ambule, une documentation suffisante Ă lâĂ©laboration dâune dĂ©finition Ă©tayĂ©e sur la performance.  Car si lâobjectif du SGRAM est bien de se rĂ©approprier ce qui est Ă©noncĂ© au dĂ©part, puis de remonter le fil des raisonnements jusquâaux raisons qui nous ont poussĂ©es Ă avoir tels ou tels arguments, celui-ci nâest au final que partiellement remplit. Preuve de la difficultĂ© mĂȘme de circonscrire cette notion hyper-mobile Ă lâheure actuelle.

















