Je nâai pas souvent Ă©tĂ© fiĂšre de ce que jâaccomplissais, encore moins dans le milieu du travail.
Aujourdâhui, en regardant ces souvenirs en photos, je me rappelle surtout la lassitude des tĂąches Ă accomplir. Pas dâenvie, pas dâĂ©nergie, aucune perspective dâĂ©volution. Des patrons qui prenaient une alternante juste pour toucher lâaide de lâĂtat, des managers toxiques qui ne se remettaient jamais en question⊠et cette sensation dâĂ©puisement quotidien.
Et pourtant, aujourdâhui, ce que je ressens, câest une vĂ©ritable passion pour la transmission du savoir.
Ătre instructrice, câest apprendre tous les jours en expliquant, en rĂ©expliquant de mille façons diffĂ©rentes. Câest ne pas lĂącher un Ă©lĂšve tant quâil nâa pas compris, câest rendre les apprentissages ludiques, les faire rire pour rendre une notion plus plaisante. Mais ce nâest pas que ça.
Câest aussi savoir gĂ©rer leurs Ă©motions, ĂȘtre une oreille attentive, trouver les mots justes pour rassurer. Câest apprendre que lâĂ©chec nâest pas une fin en soi mais une Ă©tape, une leçon Ă intĂ©grer avant de retenter, encore et encore.
Je suis à la fois enseignante, médiatrice, infirmiÚre improvisée, je contacte les parents, je prends des rendez-vous avec eux, je fais grandir mes élÚves et je co-éduque.
Et cette autonomie, je la savoure aujourdâhui. Une fois la porte de ma classe fermĂ©e, plus de patron sur le dos, plus de critiques injustes. Juste un emploi du temps que jâai choisi.
Voir lâĂ©merveillement des Ă©lĂšves quand ils comprennent une notion nâa pas de prix.
Ăcouter de la musique, lire, chanter, dĂ©battre⊠tout ça fait partie du quotidien. Je me sens libre. Libre dâĂȘtre moi, avec mes imperfections, mes mimiques, ma bienveillance. Je nâaurais jamais cru ĂȘtre capable de tout cela.
Comme si, Ă travers chaque sourire dâenfant, je recollais les morceaux dâun cĆur qui avait Ă©tĂ© brisĂ©. Leur innocence, leur regard⊠Pour rien au monde je ne voudrais changer de mĂ©tier.
Je reste une grande enfant pleine dâespoir.
Ă leurs yeux, je suis leur maĂźtresse.
Mais Ă mes yeux, je suis simplement moi.
Sans masque. Juste avec mon amour, ma patience et tout ce qui me rend unique.
Le rythme est intense, bien sĂ»r. Mes journĂ©es en classe sâĂ©tendent de 7h40 Ă 19h, et je travaille Ă©normĂ©ment en dehors aussi. Mais avoir le mercredi matin et les vacances scolaires me permet de souffler. Mon corps rĂ©cupĂšre, ma tĂȘte aussi. Cet Ă©puisement constant a laissĂ© place Ă un Ă©quilibre plus sain. Avant, je ne savais pas comment gĂ©rer, et ça finissait parfois en arrĂȘt maladie.
Aujourdâhui, je me sens respectĂ©e, libre, alignĂ©e avec moi-mĂȘme. Et fiĂšre.
FiĂšre dâĂȘtre qui je suis.