Ayant commencĂ© Ă lire cet intĂ©ressant, souvent pertinent, et instructif billet : https://www.persee.fr/doc/pole_1262-1676_1995_num_2_1_901 , je ne peux mâempĂȘcher de rĂ©agir Ă lâidĂ©e Ă©vidente (trop Ă©vidente) qui y est exprimĂ©e que Guy Debord Ă©tait orgueuilleusement auto-proclamatoire dans son propos, voire ânarcissiqueâ (PanĂ©gyrique en est presque bouffonesque certesâŠ) est-il Ă©crit. Jây ai personnellement toujours vu quelque chose de plus compliquĂ© que ça, et suffisamment Ă©norme sur la forme pour en ĂȘtre une sorte dâironie interrogeant le fait mĂȘme de prĂ©tendre Ă©crire, postuler, sur une sociĂ©tĂ© aussi thĂ©orique, un monde aussi Ă©nigmatique, et finalement la prĂ©tention au savoir mĂȘme. Mais il resterait quoi ? Affirmer que câest ceci ou cela qui est en jeu, pour sâautoproclamer valeur indiscutable (on peut dire nĂ©anmoins que Debord fut Ă©tonnamment visionnaire, vu avec quel engouement aveugle on sâest ruĂ© sur Facebook dĂšs sa sortie, entre autres), et par lĂ nâĂȘtre plus que par le regard dâautrui⊠nâest-ce pas affirmer en filigrane que personne ne peut Ă©chapper au jeu spectaculaire, pas mĂȘme celui qui en fait la thĂ©orie ? Nâest-ce pas quelque peu tourner en dĂ©rision le cĂŽtĂ© auto-proclamatoire de la SociĂ©tĂ© du Spectacle et de ses dignes reprĂ©sentants mĂ©diatiques et intellectuels, dâune certaine Ă©poque surtout, avec leur conception bornĂ©e du bien, alors que lâinquiĂ©tude renaĂźt aujourdâhui face Ă de vieux dĂ©mons comme lâantisĂ©mitisme renaissant, un horizon technocratique bornĂ©, dystopique, des rĂ©gimes dâun autre Ăąge pourrissant et une « gauche » invraisemblablement indiffĂ©rente, une paralysie, impuissance de masse qui se confirme par rapport Ă tout cela (masse qui nâa plus le droit de sâimaginer faire - pas automatiquement « table rase » - le monde, plus que dâen ĂȘtre spect-actrice je dirais) mais peut se traduire par un retours de nationalismes, logiques identitaires variĂ©es et contradictoires, ou fondamentalismes tout aussi impuissants Ă recrĂ©er un « passĂ© perdu », mais dangereusement et superstitieusement irrĂ©sistibles Ă la foisâŠ. Un monde qui se voulait si tranquillement mais avec certitude « fin de lâhistoire » (bonne bien sĂ»r) quâil le devient vraiment (moins bonne), confinant finalement au « simulacre » baudrillardienâŠ
Pour revenir au sujet, Debord nous dit humblement : « Je ne vais pas me contenter dâavoir un propos pertinent sur le spectacle, je vais parfois gratuitement le mettre en acte sous la forme de lâorgueil Ă lâĂ©tat pur, ce que ne ferait jamais un intellectuel reconnu (car cela Ă©veillerait le doute), parfois un idiot, moi je le fais en Ă©tant un esprit supĂ©rieur qui ne feint pas de sâignorer ». Câest un parti pris extrĂȘme mais Ă comprendre comme contradiction agissante au sein dâune situation elle-mĂȘme extrĂȘme. Il nous dit aussi : « Je prends le risque de nâĂȘtre vu que comme un odieux personnage pour ĂȘtre sĂ»r quâon ait une rĂ©elle approbation de mon propos, pour lui-mĂȘme. ». Câest donc une louable ascĂšse et dĂ©votion, pas du narcissisme.