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L'Enfant au chat (Julie Manet) - by Renoir, ca 1887
photos par Julia Fullerton-Batten
On associe souvent la jeunesse à un paradis perdu, mais c'est peut-être oublier, un peu vite, toutes les peines et les douleurs, qu'enfant, on a connues…
V. H. SCORP
Saint Jean Bosco, sculpture de Georges Serraz (1938) devant l’église Saint-Jean-Bosco, rue Alexandre-Dumas, Paris 20e – aquarelle, carnet n° 152, 26 avril 2026.

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@30jourspourecrire - Jour 3
Héritage
Quand on parle d'héritage, on pense souvent à une maison, à de l'argent, à des bijoux, à des objets que l'on transmet après son départ.
Pourtant, je crois que le plus grand héritage est invisible.
Depuis avril, je me demande souvent ce que notre fils gardera de cette histoire. Il n'aura pas grandi dans cette famille que nous avions imaginée. Il ne grandira plus avec des repas à trois, avec son papa et sa maman, et un second enfant. Il ne grandira pas avec des des vacances, des anniversaires, des Noël passés tous ensemble. Il ne connaîtra jamais cette version de son enfance. Et du haut de ses cinq ans, il ne gardera que si peu de souvenirs.
C'est un héritage que nous ne pourrons pas lui offrir.
Son père lui laissera le sien, un héritage tâché par son comportement qu'il devra assumer et lui expliquer un jour. Mais cela, n'est pas à moi de l'écrire. Ce sera leur histoire.
Moi, je m'interroge sur celui que je suis en train de lui transmettre.
Aujourd'hui, il voit une maman qui pleure souvent ; une maman fatiguée ; une maman qui a parfois tant de chagrin qu'il vient essuyer ses larmes avec ses petites mains ; une maman qu'il croit devoir protéger alors que c'est à moi de le faire.
Et ça me brise le cœur, parce qu'un enfant ne devrait jamais porter le poids de la tristesse d'un adulte. Il y a quelques temps, quand j'étais tout au fond du gouffre, quand la douleur était si forte que je ne voyais plus d'issue, j'ai écrit une lettre, une lettre pour lui, pour lui dire tout l'amour que je lui portais. J'avais peur de ne pas réussir à survivre à cette souffrance. J'avais peur qu'il grandisse sans souvenir de moi. Alors j'ai voulu lui laisser une trace, quelques mots qui lui diraient ce que ressent sa maman pour lui, au cas où je ne pourrais plus le faire moi-même.
Aujourd'hui, cette lettre existe toujours et j'espère qu'il ne la lira jamais. Parce que je veux être là. Je veux être celle qui le regarde grandir, qui l'encourage, qui l'embrasse quand il aura le cœur brisé à son tour. Je veux être celle qu'il appellera pour raconter ses joies, ses doutes, ses réussites. C'est ce qui me motive à ne pas craquer et sauter ce pas.
Je me suis aussi rendu compte d'une chose qui me fait mal. Il existe si peu de photos de lui et moi, comme pour de nombreuses mères d'ailleurs. Pendant des années, j'ai été celle qui prenait les photos. Je voulais capturer les souvenirs, les anniversaires, les vacances, les premiers pas. Mais j'y apparais rarement, car j'avais toujours été derrière l'objectif. Et je me demande… Si je disparaissais demain, combien d'images lui resteraient-il de nous deux ? Je pense affirmer, moins de 10 alors qu'il a déjà cinq ans, bientôt six.
Alors je veux changer ça. Je veux qu'il garde le souvenir de mon sourire ; de mon regard ; de mes pommettes qu'il a héritées des miennes ; de cette lumière que l'on disait si naturelle chez moi avant qu'elle ne s'éteigne un peu. Je veux surtout qu'il se souvienne de ce qu'il ressentait quand il était avec moi. Parce qu'au fond, une maison n'est qu'une maison. Une famille peut exister à deux.
Et il en aura une autre avec son papa, ses grands-parents, ses oncles et ses tantes.
Mon héritage ne sera peut-être pas matériel.
Je ne lui laisserai peut-être pas une grande fortune mais j'espère lui laisser des souvenirs heureux, les fous rires, les histoires inventées avant de dormir, les câlins sans raison, les mots d'amour du soir : "je t'aime plus que tout" ; "je t'aime jusqu'à la lune et retour" ; "Je t'aime jusqu'au bout de l'espace et même et au delà", répétés jusqu'à ce qu'ils deviennent une évidence.
Je serai une maman imparfaite. Je ferai des erreurs. Je me tromperai souvent. Mais jamais je ne cesserai de l'aimer. Et s'il y a une seule chose que je veux lui transmettre, c'est celle-là.
Et il y a un autre héritage que je refuse de lui laisser : mes blessures, mes traumatismes, ceux que ma mère m'a transmis, parfois malgré elle, ceux qu'elle avait elle-même reçus avant moi. Je veux que cela s'arrête ici. Je veux être celle qui casse le cycle.
Peut-être que ce sera, finalement, le plus bel héritage que je puisse lui offrir.