Pour gagner mon ciel, que dois-je perdre?
Quel est le prix à payer?
Moi qui me tiens fière comme un cèdre,
Faut-il me laisser plier?
De mes feuilles froissées de figuier,
Par le vent être déshabillée?
Faut-il que tombent les mûres pommes
Pour que volent à leur aise
Graines d’arbres qui sont taillés comme
Aux jardins à la française?
Pour voir mes contours, je brise Hier
Comme un sculpteur travaille la pierre.
Sortent formes comme un doux soupir
S’échappant de blocs sans air.
Dans chaque coup, mon marteau respire;
Son souffle fend et libère.
Tout part en fumée, pourtant je suis.
Dans un champ vide, l’encens conduit.
Faut-il, yeux tournés vers l’avenir,
Laisser derrière un regard?
Pour que l’âme s’élève, au nadir,
Des dieux verser le nectar?
Morts ont leurs morts à ensevelir.
Dans la vie, mon temps de vie expire.
Faut-il, pour me voir sous la surface,
Délaisser l’aveugle foi?
Dans l’égarement, trouver ma place,
Le néant traçant la voie?
Qui renonce à lui, porte sa croix,
Même nulle part a un chez-soi.
Pour gagner mon ciel, il ne suffit
Que de perdre dans ce monde
Hauteur, honneurs, biens pris pour acquis,
Bassesse et masques immondes,
De descendre et lâcher mes fardeaux,
De baisser les armes et rideaux.
Je gagne mon ciel quand je me perds
Sur Terre, changeant de peau.
« Fais ce que tu veux » : voilà l’enfer,
Sans un feu d’amour nouveau.
Dans la lumière, alors j’exécute
Des pas de cobra que guident flûtes.
-Poésie: "Gagner mon ciel", à lire dans "Genèse d'une femme" par Marine Mariposa, disponible gratuitement sur https://sites.google.com/view/papillondusublime/gen%C3%A8se-dune-femme
-Image: "The Garden of Earthly Delights", Hieronymus Bosch