LâĂ©tĂ© arrivait, et elle Ă©tait partie regarder les Ă©toiles. La premiĂšre fois quâelle sâĂ©tait assise dans lâherbe, elle avait quatorze ans, une fille de lâeau. Depuis le pont, elle connaissait chacune des constellations qui bordaient son hĂ©misphĂšre, une fille du ciel. Elle avait cette allure des filles qui profitent de leur propre compagnie la plupart du temps, elle ne se sentait ni trop seule ni trop accompagnĂ©e. Elle nâavait besoin de personne, pourvu que sa poche soit suffisamment grande pour y loger un livre. Elle dĂ©ambulait dans les ruelles pavĂ©es et rosĂ©es, les ombres des lampadaires, et les gens moroses, sa veste en cuir, de noir vĂȘtue. Elle nâĂ©coutait jamais de musique en marchant, jamais elle nâavait Ă©tĂ© aperçue avec des Ă©couteurs dans ses oreilles. La musique, elle la vivait seule avec elle. Elle aimait croiser le regard des garçons, les tenter peut-ĂȘtre, les provoquer. Un soir, elle Ă©tait venue frapper Ă sa porte, un peu rouge mais le sourire aux lĂšvres, parce quâelle lâaimait beaucoup. Elle aimait sa compagnie, lui qui Ă©tait prĂȘt Ă sacrifier certains moments de sa vie pour elle. Les fenĂȘtres ouvertes dans la fraĂźcheur printaniĂšre, Janis Joplin emplissait lâair. Elle le tira dans la chambre, et lui ĂŽta ses couches de vĂȘtements. Elle sâassit sur le lit, en tailleur, et le fixa, debout et nu devant elle. Il se laissait regarder, lorsquâelle commença Ă se caresser les seins, puis le sexe au travers de sa culotte en dentelle rouge. Et dĂšs lâinstant oĂč ses gĂ©missements se firent entendre, son sexe se durcit, se dressa, et les images de sexe avec cette fille passĂšrent dans sa tĂȘte Ă une vitesse inimaginable, il Ă©prouvait des difficultĂ©s Ă contenir cette excitation, alors il se laissa aller et fondit sur le lit. AprĂšs lâavoir dĂ©licatement dĂ©shabillĂ©e, elle sâallongea de tout son flanc, les jambes Ă©cartĂ©es. Ses seins ronds, sensibles au moindre toucher, la langue lui faisait perdre ses moyens. Elle basculait la tĂȘte en arriĂšre, sâagrippait aux draps, les poings serrĂ©s, pendant quâentre ses jambes, il sâactivait, Ă chaque mouvement de langue, son corps tout entier recevait cette dĂ©charge Ă©lectrique qui prĂ©cĂšde la transe. Doucement, elle attrapait son visage entre ses mains, lâembrassait, et lui suppliait Ă lâoreille âBaise-moi.â Il Ă©tait pĂ©trifiĂ© de plaisir. Il Ă©tait dans les bras de la fille la plus excitante qui soit, elle prenait le contrĂŽle de tout son corps. Il sentait ses lĂšvres gonfler entre ses doigts, Ă chaque caresse, elle perdait un peu plus lâĂ©quilibre, son plaisir incontrĂŽlable se rĂ©percutait sur le plaisir quâil pouvait lui-mĂȘme ressentir. Le sexe ruisselant de plaisir, les doigts nâavaient plus aucun pouvoir, elle voulait son sexe, elle voulait le sentir en elle. Elle lui attrapa les hanches, le suppliait. Il Ă©tait sans dĂ©fense, sa verge dure et gorgĂ©e de sang. Il exultait Ă chacun de ses cris, lorsquâelle serrait les dents, se mordait les lĂšvres, sa mĂąchoire saillante, ses sourcils froncĂ©s, et de profondes inspirations. Dans ses va-et-vient, elle se crispait, levait son bassin, pendant quâil se saisissait de ses hanches. Leurs corps nus ruisselaient de sueur, la piĂšce aux murs blancs devenait le théùtre de tensions, de desseins. Le sexe leur procurait Ă tous les deux cette sensation de flottement dans lâexistence, sensation dĂ©cuplĂ©e par le contact du corps de lâautre dans lâextase. Elle poussait des petits cris, fermait les yeux, tandis que lui restait silencieux, il lâobservait gĂ©mir, belle dans lâerreur, splendide dans lâabsolu, il se demandait comment lâorgasme fonctionnait, comment et par quels moyens elle lâatteignait. Il voulait comprendre cette fille qui se donnait Ă lui, cette fille quâil admirait lorsquâelle marchait, lorsquâelle dansait, lorsquâelle vivait. Dans la chaleur printaniĂšre, il ne pouvait rester silencieux. Il Ă©mit de petits cris crispĂ©s, entrecoupĂ©s de souffle coupĂ©, bloquant son bassin, lâempĂȘchant de bouger davantage le sien, de peur de perdre pied, de tomber sans fin dans cet inconnu trop court. Il sâĂ©tendit sur le cĂŽtĂ©, les bras en croix, les yeux fermĂ©s vers le ciel, le souffle haletant, Ă©prouvant des difficultĂ©s Ă le reprendre. Elle, ne disait rien. Elle ne parlait que rarement aprĂšs lâamour, elle avait besoin dâamour mais Ă©tait incapable de lâexprimer autrement quâallongĂ©e. Ce soir-lĂ , elle Ă©tait seule, lorsquâelle Ă©tait venue frapper Ă sa porte. Ce soir-lĂ , elle Ă©tait seule, lorsquâelle lâavait de nouveau franchie.