Je profite de ma propre compagnie la plupart du temps (1/â)
ITâS BEEN A FUCKING YEAR ! Bien veillante de me le rappeler, la FrisĂ©e. En suivant la logique amĂ©ricaine exposĂ©e par Sylvain Tesson : se dĂ©cider Ă Ă©crire uniquement aprĂšs avoir expĂ©rimentĂ© la vie. Ces foutus auteurs français qui font lâinverse et qui croient pondre des livres Ă la volĂ©e, Ă©coutez donc ce bon vieux Jacques ; âjâaffirme que le monde des sens est Ă lâorigine de toute comprĂ©hension humaine.â IrrĂ©mĂ©diablement, le vagabond va chercher la montagne, la vallĂ©e des cinq sens. Le vagabond â sa technique ? TrĂšs vagabonde, trĂšs Ă©lastique, selon les dispositions oĂč il se lĂšve le matin... Il est capricieux. Terrible dĂ©mangeaison dâinconnu qui lui fait faire des folies. Au surplus, lui-mĂȘme, il ne se voit pas toujours trĂšs bien. Câest ce que jâen ai retenu cela dit ! Le cadre est beau, ça manque terriblement de culture, on y planterait bien quelques donzelles, on commencerait bien des nouvelles noires, avec du suspense, de lâhorreur et des armes, des drames, des histoires dâamour qui partent en sang, Et on tuera tous les Affreux ! Tandis que lâautre Ă©crit sur les pirates, on essaye dâĂȘtre publiĂ©s nous, ça vous traverse pas lâesprit ? Il me faut une idĂ©e, une ingĂ©nieuse idĂ©e, une idĂ©e splendide, qui sort du commun, qui sort de mon imaginaire. Lâinspiration, elle ne vient pas subitement, elle sâapprivoise, elle se force, il faut la faire venir lâinspiration, Picasso le faisait bien lui, ce gĂ©nie ! On pourrait aussi Ă©crire sur quelques-unes qui ont marquĂ© ces derniĂšres saisons, Celle qu'on mystifie sans remords, Celle qui parle agrĂ©ablement, Celle qui suce divinement bien. On a quelques exemples, voyez-vous ! Malheureusement, aucune nâoccupe encore mon esprit. âIl Ă©tait seul, mĂ©connu, heureux, et proche du cĆur sauvage de la vie. Il Ă©tait seul, jeune, obstinĂ©, libre, seul dans un dĂ©sert chargĂ© dâair vif et dâeau saumĂątre, parmi la moisson marine des coquillages et des algues, dans la lumiĂšre gris pĂąle du soleil.â Alors Ă©videmment, il existe le thĂšme du Songe, que lâon peut complĂ©ter pĂ©riodiquement, mais câest trĂšs difficile de parvenir Ă un niveau dâabstraction totale du monde qui nous entoure, et produire des textes constamment diffĂ©rents. Le film de trop de Tarantino ressemble aux textes sciemment identiques... La contradiction essentielle Ă lâĂ©crivain, on y revient Ă nouveau : choisir lui fut impossible entre le bonheur de vivre et la nĂ©cessitĂ© dâĂ©crire. UN BON COUP DâPIED AU CUL, OUAIS ! Je crois que sans Ă©goĂŻsme, les gens sont incolores ; ils manquent dâindividualitĂ©. La lecture avant la vie. MĂ©riter le monde. Ătre fait pour lâhiver. ExcitĂ© par le futur. Mourir de mĂ©lancolie. On peut mourir de la mĂ©lancolie, mâa-t-on dit, de la nostalgie, oĂč tu tâabandonnes, dans une sorte de solitude, de dĂ©pression. On sâimagine dans un autrefois et on sây noie. Câest dramatique les histoires dâamour, ce doit ĂȘtre pour cela que beaucoup - moi compris - dĂ©cident dâen Ă©crire. Je crois sincĂšrement que lâon peut glisser un peu dâamour dans chacun de nos Ă©crits. Câest aisĂ©, un peu de poĂ©sie : âJe mâennuie la nuit sans toi, les beaux jours parfois câest toi.â Je ne pense pas ĂȘtre perdu, ou seul. Je profite de ma propre compagnie, la plupart du temps. Je me complais dans ce que jâaime, vivre.










