J'apporte ma petite pierre à l'édifice, pour une autre variété de queerness.
Être queer en France, pour moi, c'est naviguer entre le visible et l'invisible.
J'ai grandi dans une famille assez catho tradi pratiquante, mais heureusement, globalement bienveillante.
Être gay/lesbienne n'a jamais été un souci, ça a toujours été normal quand j'ai grandi. Pourtant j'ai grandi dans un petit patelin de campagne, et je suis reconnaissante à ma famille pour la tolérance dont ils font preuve. Car je sais infiniment que pas mal de gens nous regarde, nous queer, comme des anomalies.
J'ai eu des oncles gay des deux côtés de ma famille, qui sont dans leurs 60s et 70s, et des couples âgés gay en France (et heureux !), ça existe. Ça a toujours été pour moi tonton G. ET tonton JL. Tonton Do. ET tonton De. . Une petite cousine végan et lesbienne (le côté végan passe moins que sa sexualité).
Ce que j'ai remarqué, c'est qu'en France, pays de l'amour, a bien du mal à reconnaître l'aromantisme. Un truc qui a du mal à se faire abriter par le drapeau LGBTQIA+.
En France, c'était comme s'il fallait forcément "aimer" pour être normal. On s'en fout qui, homme, femme, non-binaire, etc.
On célèbre l'amour partout, dans les chansons, dans la culture Française. Et longtemps, j'ai confondu amour et désir. Amour et amitié. Et encore maintenant, j'ai l'impression que l'aromantisme ne rentre dans aucune case, n'arrive pas à se mettre à l'abri du parapluie queer.
Être aro en France, c'est se demander comment expliquer l'aromantisme au pays de l'amour, au pays qui se fait de plus en plus gangrener par les idées nauséabondes d'extrême-droite. C'est ce demander si cette variété de queerness est valide.
"Tu n'as pas trouvé la bonne personne."
"Quand tu trouveras ton âme sœur, ça te sera évident."
Pourtant, plus jeune, dans cette confusion, j'ai essayé. Mais j'étais incapable de donner certaines choses à mon ex, car ce n'était pas câblé dans mon cerveau. Impossible de mettre des mots dessus.
Jamais pu expliquer à qui que ce soit IRL sans qu'on me prenne pour quelqu'un de bizarre. D'anormal. Une anomalie inconcevable pour beaucoup.
Être queer en France c'est s'enfermer dans son placard, même vis-à-vis d'autres queer. Ne pas pouvoir embrasser sa bisexualité car on est aromantique et ne peut pas réciproquer l'amour qu'une autre personne nous donne, peu importe son genre.
Être queer en France, c'est le jeu du "bon queer" et du "mauvais queer". Celui qui donne une bonne image contre celui qui ne rentre pas dans les cases.
Et les cases, en France, qu'est-ce qu'on aime ça. Cataloguer et étiqueter, faire rentrer dans un moule, et ce dès la petite enfance. Et quand les étiquettes sont un peu floues, ou que le moule est trop étroit pour ce que l'on est, on se demande où sont les alliés, où est la solidarité, même sous le grand parapluie queer.
Maintenant je suis maman d'un enfant au collège. Je m'efforce au possible de l'élever dans des valeurs de tolérance, de respect, de liberté et d'auto-détermination. Et dois faire face et me battre contre les stéréotypes, les cases imposées, les mots anodins utilisés comme insultes.
Et surtout, de le soutenir, de l'aimer à fond, et toujours.