Jane Birkin in Le mouton enragé (Love At The Top), Michel Deville, 1974

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Jane Birkin in Le mouton enragé (Love At The Top), Michel Deville, 1974

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Lâamour est une envie de se noyer, une tentation de la profondeur, en cela, il ressemble Ă la mort.
- Emil Cioron
Master Gardener (2022) : Paul Schrader
Angelo Badalamenti ''Days of Passion''

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âDie Wunderblumeâ / âThe Miracle Flowerâ â Sidonie Springer (1919)
Je suis si lasse que je me surprends Ă implorer une Ă©treinte, comme si je pouvais enfin abandonner mon poids Ă quelquâun, Ă quelque chose de plus vaste que moi. Je voudrais ĂȘtre tenue comme le Christ fut tenu par la croix; soutenue dans ma souffrance, sans jugement, sans parole, jusquâĂ ce que mes forces me quittent
Jâaimerais offrir mon dos fatiguĂ© Ă une Ăąme patiente, une Ăąme plus indulgente que la mienne, une prĂ©sence capable de porter, ne serait ce que pour quelques secondes, le fardeau silencieux que je traĂźne en moi.
Je l'ai rapproché d'une sensibilité flaubertienne : plus de précision dans les sensations, un rythme plus lent, une mélancolie contenue, des images qui naissent de l'observation plutÎt que de l'emphase. J'ai aussi conservé ta voix, qui reste trÚs personnelle.
Je suis à la plage. J'ai envie de vomir ; je ne supporte pas les hautes températures. Et pourtant, c'est précisément dans cette nausée que l'envie d'écrire m'est revenue.
Je suis exactement telle que tu m'imaginais. Quatre biÚres sur la table, deux salades, un plat de riz, un paquet de cigarettes et une désastreuse gestion de mon argent. Mais une excellente gestion de mon humeur. Je suis heureuse.
Je fumais et je buvais comme si demain avait renoncé à exister. à mes cÎtés, Nour, lumineuse, vive, obstinée ; rebelle sans tapage, ferme sans dureté. Elle m'a dit que nous nous ressemblions beaucoup. Je crois qu'elle disait vrai, sans doute un peu trop. Nous sommes deux fleurs de printemps obstinées à éclore au milieu de l'hiver ; deux promesses de douceur dans une saison qui ne leur appartient pas.
Je me vois finir ma vie ainsi : apprenant enfin la lenteur, laissant les heures se dissoudre entre le soleil, la mer et le silence. Je ne veux pas me réveiller.
Je pense Ă toi. Ătrangement, je ne pense plus aux malchances, ni aux tragĂ©dies, ni mĂȘme Ă ce qui nous a sĂ©parĂ©s. Peut-ĂȘtre est-ce l'effet des vagues, qui emportent les pensĂ©es comme elles effacent les traces sur le sable.
« Ti voglio bene. »
Je crois que ces mots ont cessĂ© d'ĂȘtre une formule. Ils me viennent dĂ©sormais avec la simplicitĂ© d'un rĂ©flexe, presque malgrĂ© moi, presque parce que je n'attends plus rien. L'espĂ©rance, lorsqu'elle dure trop longtemps, finit parfois par se fatiguer ; alors il ne reste qu'une tendresse silencieuse, plus profonde que le dĂ©sir lui-mĂȘme.
J'aurais tant voulu que tu sois lĂ , sous mes bras, Ă partager cette lumiĂšre sans que nous ayons besoin de parler.
Nous passons notre vie Ă espĂ©rer ; c'est peut-ĂȘtre la seule occupation dont personne ne se lasse jamais. Et, Ă cette heure oĂč la mer respire plus doucement que moi, je n'espĂšre plus qu'une seule chose : que tu te sentes bien, oĂč que tu sois, tant que la distance te prĂ©serve encore de la cruautĂ© que je porte parfois en moi.
Je fumais ma cigarette avec cette lenteur que prennent les gestes lorsqu'ils n'ont plus besoin de paraĂźtre. Lui ne disait rien. Il me regardait avec une obstination silencieuse, comme si mes mouvements lui rĂ©vĂ©laient quelque vĂ©ritĂ© que j'ignorais moi-mĂȘme. Je persistais Ă feindre l'ignorance ; je faisais semblant de croire que nul regard ne s'arrĂȘtait sur moi. C'Ă©tait une vieille habitude : vivre comme si l'on Ă©chappait encore Ă l'examen des autres.
Alors il parla.
« Tu es ferme. Tu poses ta cigarette sans l'écraser. Tu lui ordonnes de finir seule. Cela explique bien des choses sur toi. Pourtant, je n'arrive pas à te cerner. »
Cette phrase demeura suspendue en moi plus longtemps que je ne l'aurais voulu. Depuis, il m'arrive de penser Ă ces dĂ©tails infimes auxquels nous n'accordons aucune importance : la maniĂšre de tenir une cigarette, de refermer une porte, de laisser une tasse sur une table, de tourner la tĂȘte avant de rĂ©pondre. Nous croyons gouverner nos paroles, quelquefois nos pensĂ©es ; mais nos gestes, eux, nous prĂ©cĂšdent. Ils se dĂ©tachent de nous avec une fidĂ©litĂ© que nous n'avons jamais consentie.
Il y a dans cette idĂ©e quelque chose qui m'attriste. Nous imaginons ĂȘtre faits de secrets, de profondeurs, d'intentions soigneusement gardĂ©es. Pourtant, il suffit parfois d'un mouvement presque imperceptible pour que quelqu'un commence Ă nous lire. Les dĂ©tails s'Ă©chappent sans demander notre assentiment ; ils parlent une langue que nous ne savons pas taire. Et devant celui qui sait regarder, tout devient d'une Ă©trange nuditĂ©. Ce n'est pas que l'on se dĂ©voile : c'est que l'on dĂ©couvre, avec une sorte de honte paisible, que l'on Ă©tait transparent depuis le commencement
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âRelationship between human beings is based on the image-forming, defensive mechanism. In all our relationships each one of us builds an image about the other and these two images have relationship, not the human beings themselves. [âŠ] The actual relationship between two human beings or between many human beings completely ends when there is the formation of images. Relationship based on these images can obviously never bring about peace in the relationship because the images are fictitious and one cannot live in an abstraction. And yet that is what we are all doing: living in ideas, in theories, in symbols, in images which we have created about ourselves and others and which are not realities at all. All our relationships, whether they be with property, ideas or people, are based essentially on this image-forming, and hence there is always conflict.â
â Jiddu Krishnamurti, Freedom from the Known
Ce matin, jâai rĂ©solu dâĂ©crire sur moi, pour moi-mĂȘme ; peut-ĂȘtre trouverai-je, dans cette solitude silencieuse oĂč lâon ne se rencontre quâĂ demi, quelque rĂ©ponse Ă mes questions, et peut-ĂȘtre aussi Ă celles que les autres, sans le savoir, dĂ©posent en moi.
Jâai tant Ă©crit sur les autres. Jâai tant pensĂ© Ă eux. Jâai adressĂ© Ă leurs lĂšvres les interrogations qui naissaient en moi ; jâai voulu les voir, les dĂ©couvrir, les sentir jusque dans les replis les plus secrets de leurs Ăąmes. Et cette inclination, qui mâa si longtemps accompagnĂ©e, rĂ©vĂšle peut-ĂȘtre une vĂ©ritĂ© plus profonde : câest que je ne me connais point. Ou plutĂŽt, jâai toujours cru que lâon ne se connaĂźt jamais tout Ă fait ; et que parvenir Ă se connaĂźtre entiĂšrement serait dĂ©jĂ une maniĂšre de mourir, car alors rien ne bougerait plus, rien ne penserait plus, rien ne ressentirait plus. Et quand tout cesse de se mouvoir, de dĂ©sirer et de souffrir, câest que la mort a dĂ©jĂ fait son Ćuvre.
Ainsi, jâai cherchĂ© Ă rĂ©soudre mon incapacitĂ© Ă me comprendre en mâappliquant Ă comprendre les autres. JâĂ©coutais leurs aveux, leurs Ă©lans, leurs regrets ; ces « jâai ressenti ceci », ces « jâai agi ainsi parce que je dĂ©sirais cela », et chacune de leurs paroles me semblait ouvrir une porte sur quelque vĂ©ritĂ© qui mâĂ©chapperait moins. Jâaimais descendre les escaliers des Ă©motions Ă©trangĂšres comme si, Ă travers elles, je pouvais atteindre les miennes. Je croyais mâenfoncer dans les profondeurs de mon ĂȘtre, alors que je ne faisais quâemprunter un escalier sans fin, dont chaque marche menait Ă une autre, et celle-ci encore Ă une autre, sans jamais toucher le fond.
Et jâai compris, peu Ă peu, que lâon peut parvenir Ă comprendre les autres, pour peu que lâon possĂšde cette disposition du cĆur quâest lâempathie ; mais quâil est impossible de se laisser comprendre lorsque lâon demeure soi-mĂȘme inconnu Ă ses propres yeux. Je reste alors semblable Ă ces demeures dont les fenĂȘtres sont closes, et dont nul ne peut deviner les chambres obscures. Je demeure inaccessible, impĂ©nĂ©trable, et de cette obscuritĂ© naissent une froideur involontaire, une soif indĂ©finissable et cette indiffĂ©rence trompeuse qui nâest peut-ĂȘtre quâune fatigue de lâĂąme.
Ieri fu il mio sospiro, la mia speranza. Mi sembrava, finalmente, di poter respirare, come se, dopo una lunga soffocazione, lâaria avesse ritrovato la sua dolcezza. Eppure, quella pace aveva qualcosa del silenzio che segue le battaglie; ne conservava ancora lâodore, e sotto la sua apparente quiete continuava a vibrare il tumulto. PerchĂ© la guerra non era finita. Sopravviveva, ostinata e segreta, tra ciĂČ che si prova e ciĂČ che si deve fare, tra ciĂČ che appare giusto e ciĂČ che non lo Ăš, tra le leggi della morale e le inclinazioni del cuore.
Amiamo tanto dare un nome alle cose. Ci sembra che, nominandole, possiamo comprenderle meglio; che, rinchiudendole nelle parole, possiamo strappare un poâ di chiarezza al caos. Ma esistono ragioni, emozioni e slanci che rifiutano ogni definizione. Esistono semplicemente; respirano nellâombra, si nascondono e poi ritornano, come ricordi che si credevano svaniti. E quando si pretende di dar loro un nome, perdono la loro veritĂ piĂč profonda; entrano nel gioco delle apparenze e appassiscono tra le superficialitĂ del mondo.
Ti ho sentito lontano. Quando la tua mano ha sfiorato la mia, ho creduto di scorgere nel tuo sguardo qualcosa che somigliava al perdono; non un perdono concesso, ma quello che si porta dentro di sĂ©, come un peso divenuto piĂč leggero. Ho visto il tuo corpo, la tua presenza cosĂŹ familiare, eppure qualcosa in te sembrava giĂ allontanarsi. Eri lĂŹ, vicino a me, e tuttavia irraggiungibile, simile a quelle rive che si distinguono ancora allâorizzonte mentre il mare, lentamente, le avvolge nella sua nebbia.
Lola: Self-Portrait, Pleasures of the Damned Number 1, April 2022

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Je traverse une de ces saisons funestes oĂč le jour lui-mĂȘme semble avoir dĂ©sertĂ© le ciel. Jâaffecte encore de croire Ă quelque clartĂ© ; parfois, Ă travers les minces fentes de ma fenĂȘtre, il me plaĂźt dâimaginer quâun rayon hĂ©site Ă paraĂźtre. Mais ce ne sont partout que des nuĂ©es lourdes, des cendres suspendues dans lâair, un horizon couleur de tempĂȘte, chargĂ© dâincendies et de pleurs. Jâai nommĂ© ce temps : la saison des adieux.
Jâai quittĂ© celui que jâaimais ; jâai quittĂ© ce travail auquel jâavais donnĂ© la meilleure part de mon Ăąme. MĂȘme lâespĂ©rance des retrouvailles futures avec ma famille se retire lentement de moi, comme une marĂ©e lasse abandonnant le rivage. Les tendresses passagĂšres, ces fragiles amours qui traversent la vie avec la briĂšvetĂ© des Ă©phĂ©mĂšres, se sont dissipĂ©es lâune aprĂšs lâautre. Et cette part lumineuse de moi-mĂȘme, celle qui autrefois Ă©clairait mes jours dâune ardeur presque naĂŻve, il me semble quâelle aussi mâa abandonnĂ©e.
Mes anciens livres ne parlent plus ; mes tableaux ont perdu leur couleur ; tout ce qui me composait autrefois paraĂźt maintenant appartenir Ă une autre existence, Ă une femme dont je conserverais seulement le souvenir. Car câest bien Ă moi-mĂȘme que je fais mes adieux. Pourtant, je demeure attachĂ©e Ă ces ruines avec une fidĂ©litĂ© douloureuse ; je vis dans la mĂ©moire, je me nourris de nostalgie comme dâun pain amer.
Je sens naĂźtre en moi ce qui jadis mâeffrayait : une duretĂ© lente, une froideur silencieuse, semblable Ă ces pierres que les hivers ont trop longtemps battues. Et cependant, chose Ă©trange, au milieu de cet appauvrissement du cĆur, je conserve encore une passion obstinĂ©e pour la vie. Quelque chose en moi refuse de mourir tout Ă fait. Je garde lâespĂ©rance, bien quâelle soit pĂąle ; je garde la curiositĂ© de lâinconnu, lâamour des instants fugitifs, lâintensitĂ© secrĂšte des heures minuscules qui donnent encore au monde un parfum dâĂ©ternitĂ©.
Ainsi, tandis quâune part de moi sâeffondre dans le silence des choses perdues, une autre continue dâavancer, les mains vides, mais le regard encore tournĂ© vers demain.
Et je dis adieu. Adieu à cette page froissée de mon existence.
âI prefer to be true to myself, even at the hazard of incurring the ridicule of others, rather than to be false, and incur my own abhorrence.â
â Frederick Douglass, Narrative of the Life of Frederick Douglass