« Obermann reprĂ©sente la sensibilitĂ© maladive monstrueusement isolĂ©e en l'absence d'une volontĂ© avide d'action. C'est la rĂȘverie de l'impuissance, la perpĂ©tuitĂ© du dĂ©sir Ă©bauchĂ©. Ses lettres sont un chant triste et monotone sur lui-mĂȘme, sur sa grandeur invisible, irrĂ©vĂ©lable, sur son irrĂ©mĂ©diable faiblesse. « J'ai connu l'enthousiasme des vertus difficiles, dit-il; je me tenais assurĂ© d'ĂȘtre le plus heureux des hommes si j'en Ă©tais le plus vertueux... l'illusion a durĂ© prĂšs d'un mois dans sa force. » DĂ©sabusĂ© de l'enthousiasme, vieilli de bonne heure par le contact insupportable de la sociĂ©tĂ©, Obermann se retire sur les Alpes pour gĂ©mir seul au sein de la nature. Cette Ăąme tĂŽt flĂ©trie ne reprend un peu de vie qu'au sein de la solitude, en face des grands spectacles alpestres. L'idĂ©e rousseauiste: l'antithĂšse de la sociĂ©tĂ© et de la nature, l'une menteuse et cruelle, l'autre maternelle et consolatrice, est traitĂ©e ici dans une note grisaille et terne qui convient bien Ă cette sensibilitĂ© Ă©puisĂ©e et Ă cette vie dĂ©clinante. L'individualisme d'Obermann procĂšde de son pessimisme intime. C'est un reploiement douloureux sur soi, une fuite apeurĂ©e du monde, une abstention sociale faite de lassitude, de dĂ©goĂ»t, de dĂ©fiance des autres et de soi-mĂȘme. C'est un individualisme passif, oisif, contemplatif, qui jouit de lui-mĂȘme, trouvant que l'Ă©loignement de la sociĂ©tĂ© est dĂ©jĂ un assez grand bien. »