Phnom Penh (Cambodge) le 30 octobre 2016 â Nous avons passĂ© la frontiĂšre du Cambodge hier et dĂ©jĂ , je ressens cet irrĂ©pressible besoin de graver concrĂštement dans ma mĂ©moire le souvenir dâun pays parmi les plus attachants quâil mâait Ă©tĂ© donnĂ© de visiter, le Vietnam. Ce sentiment, Ă la limite de lâurgence, me vient sans doute du caractĂšre Ă©phĂ©mĂšre souvent liĂ© aux rĂȘves et dâune peur lĂ©gitime de voir celui que nous venons de vivre durant prĂšs dâun mois, doucement sâeffacer.
ArrivĂ©s par HanoĂŻ, la capitale situĂ©e au nord du pays, je mâĂ©tonne de la vitesse avec laquelle je mâacclimate aux rues, Ă la circulation chaotique, aux habitudes locales. Rapidement, tout devient aisĂ©ment faisable, presque naturel. Manger sur les trottoirs et sây faire couper les cheveux, traverser Ă pied un carrefour entiĂšrement congestionnĂ© et sans aucune signalisation, manger les nouilles dâune dĂ©licieuse soupe Pho avec des baguettes⊠en plastique lisse. Il devient difficile de ne pas tomber sous le charme dâune sociĂ©tĂ© aussi humaine, tant par ses faiblesses que par ses qualitĂ©s puis Ă©vident que nous allions Ă©tirer notre sĂ©jour au pays dâHĂŽ Chi Minh jusquâĂ la date dâexpiration de notre visa dâune durĂ©e dâun mois.
Mais il faut faire des choix. Aux montagnes de Sapa et ses riziĂšres en terrasses, nous prĂ©fĂ©rons la baie de Ha Long et ses pains de sucre majestueux. Y passer la nuit fut une expĂ©rience inoubliable au point de nous rĂ©veiller aux aurores pour voir le soleil se lever depuis le pont de notre jonque. Le trajet en traversier jusquâĂ lâĂźle de Cat Ba oĂč nous passons les jours suivants restera comme lâun de mes meilleurs souvenirs.
Traverser le Vietnam du Nord au Sud peut se faire de nombreuses façons. En avion pour les plus pressĂ©s, en moto pour les plus casse-cou, mais aussi en autobus de nuit pour les moins courbaturĂ©s. Se rapprocher du quotidien, vivre le pays de lâintĂ©rieur, autant dâarguments qui plaidĂšrent en faveur de cette troisiĂšme option, certes peu confortable (cela doit dĂ©pendre des compagnies) mais ĂŽ combien dĂ©paysante. Lâespace dâune douzaine dâheures, locaux et baroudeurs partagent les cahots dâune route maintes fois rapiĂ©cĂ©e et les coups de klaxon frĂ©nĂ©tiques dâun chauffeur Ă©trangement insomniaque.
Arrivent ensuite des destinations moins connues et nĂ©anmoins superbes telles que HuĂ© et Hoi An, toutes les deux classĂ©es au patrimoine mondial de lâUNESCO (la premiĂšre pour sa citadelle royale, la seconde pour sa vieille ville). De ces lieux, je garderai lâhumilitĂ© quâinspire le patrimoine historique et culturel, ainsi que la beautĂ© et la dĂ©licatesse des nombreuses pagodes et autres temples bouddhistes que nous avons eu la chance de visiter.
Pont-pagode japonais, Hoi An
Enfin, la derniĂšre Ă©tape de notre pĂ©riple au Vietnam. La grande ville, la grosse ville. HĂŽ-Chi-Minh-Ville alias SaĂŻgon, du nom de lâicĂŽne vietnamienne prĂ©sente sur tous les billets de banque et Ă qui est attribuĂ©e la rĂ©unification du pays en 1975. Le style de vie Ă lâeuropĂ©enne y fait rĂȘver les nouvelles gĂ©nĂ©rations et Scarlett Johansson y vante les derniĂšres gĂ©nĂ©rations de tĂ©lĂ©phones intelligents sur Ă©cran gĂ©ant. Ă lâimage dâun pays contrastĂ©, HĂŽ-Chi-Minh-Ville mĂȘle modernitĂ© et tradition.
Alors que retenir du Vietnam? Beaucoup dâĂ©merveillement et bien plus encore. Certes tout nâa pas Ă©tĂ© rose au pays du lotus. La pollution omniprĂ©sente peut provoquer des gĂȘnes respiratoires et se traduit souvent par le dĂ©versement de dĂ©chets en pleine nature (au bord des routes, dans les riviĂšres et dans la mer). Les odeurs de ces dĂ©chets mâont Ă©galement aidĂ© Ă bonifier lâĂ©chelle de ce que je considĂ©rais auparavant comme rĂ©pugnant voire « franchement dĂ©gueu ». Sans parler, eu Ă©gard aux relations humaines, de lâindiffĂ©rence glaciale et immĂ©diate des vendeurs Ă la sauvette suite Ă mes refus aimables dâacquĂ©rir leurs lunettes de soleil. Mais nâest-ce pas lĂ des considĂ©rations propres aux privilĂ©giĂ©s provenant de pays dits riches? La vraie richesse nâest-elle pas dans les rencontres qui illuminent notre chemin et enrichissent vĂ©ritablement la vie?Â
Tel Duong Van NgĂŽ, un ancien facteur de 87 ans officiant depuis sept dĂ©cennies Ă la poste centrale dâHĂŽ-Chi-Minh-Ville et qui nous a gĂ©nĂ©reusement octroyĂ© de son temps, nous parlant, dans un français Ă en faire pĂąlir plus dâun, de sa passion pour la littĂ©rature.
Ăbahis par le fascinant Duong Van NgĂŽ
Fort de sa culture, de son histoire, de ses paysages et de ses habitants, aimer le Vietnam serait-il donc pour moi une Ă©vidence? Jâaurais pu simplement le croire jusquâĂ ce matin ensoleillĂ© du 24 octobre...
Les rĂ©ceptionnistes de notre hĂŽtel Ă©taient charmantes et nous nous apprĂȘtions Ă quitter Hoi An pour SaĂŻgon. Lâune dâentre elles me demande dans un anglais approximatif âAre you a single?â, confus mais flattĂ©, je lui fais signe que non, dĂ©celant immĂ©diatement aprĂšs ma rĂ©ponse une certaine gĂȘne chez mon interlocutrice. âEuh⊠no no, me fit-elle, are you a singer?â [...]
Ăa mâapprendra Ă chanter pendant le petit dĂ©jeuner. đ đ
Aussi et avant de vous quitter pour remplacer les piles dĂ©faillantes de mon sonotone, je persiste et signe en tĂ©moignant par cet humble billet de mon nouvel amour pour ce magnifique pays quâest le Vietnam.