JEAN LODÉON - LA MOUCHE (décembre 2017)
MES PEINTURES/MY PAINTINGS: https://anjelodeon.tumblr.com/archive
Ma famille est une famille métisse de la Martinique et, enfant, j’y passais l’été chez mes grands-parents et mon oncle. Un matin, je devais avoir dix ou onze ans,Tonton Henri me réveilla avant l’aube pour aller pêcher. Il pêchait à la mouche depuis la plage, des mouches qu’il créait lui-même de ses longues mains habiles.
Le temps était, ce matin-là, particulièrement beau, le ciel clair, pas de vent, et tandis que je jouais sur le sable et dans les vagues, mon oncle pêchait, et sa pêche fut quasiment miraculeuse, car il attrapa en quelques heures, une vingtaine de palometas dont je raffolais de la chair au goût de crevette.
Je ne sais plus bien si c’est le même jour, mais alors que j’étais sur le sable, j’entendis tout près de moi de petits claquements réguliers dont je ne compris pas tout de suite la provenance, puis je vis, une fraction de seconde, l’hameçon de la mouche qui me frôlait le visage, alors que j’étais plusieurs dizaines de mètres derrière mon oncle. Je me suis collé le ventre au sable et ai rampé hors de portée et de l’axe de ses retours de lancers.
Rentrant vers midi au Vauclin avec nos belles palometas dans la glacière, nous fûmes accueillis par ma tante vociférant d’inquiétude, car la radio, que nous n’avions pas écoutée, annonçait l’arrivée d’une tempête tropicale se transformant en cyclone pour le soir-même sur la Martinique. Mon oncle a filé les poissons à ma tante et est remonté dans sa voiture pour remonter à Fort-de-France amarrer son bateau au large afin qu’il ne s’écrasât pas sur la jetée ni contre les autres voiliers.
Il est rentré le soir, alors que les premiers grands vents commençaient de souffler. Le cyclone est passé sur notre maison dans un bruit d’avion, toute la nuit, n’interrompant son tumulte de fureur que lorsque son œil était au dessus de nous.














