Les Mains
Elle est assise au bord des saisons Et fait miroiter ses mains comme des rayons.
Elle est étrange Et regarde ses mains que colorent les jours.
Les jours sur ses mains L’occupent et la captivent.
Elle ne les referme jamais Et les tend toujours.
Les signes du monde Sont gravés à même ses doigts.
Tant de chiffres profonds L’accablent de bagues massives et travaillées.
D’elle pour nous Nul lieu d’accueil et d’amour
Sans cette offrande impitoyable Des mains de douleurs parées Ouvertes au soleil.
(Anne Hébert, 1916 — 2000)



















