Le projet minier Authier ne menace pas la qualitĂ© de lâeau Eska
Le projet minier Authier se trouve Ă quelques mĂštres de la source de lâeau Eska. Illustration : AurĂ©lie Chopard, Photos : Radio-Canada/MĂ©lanie Picard et Compagnie Eska Inc.
La Motte - Le projet minier Authier, prĂ©vu pour 2020, nâaura pas dâimpact sur la qualitĂ© de lâeau de lâesker Saint-Mathieu-Berry. Cet esker est la source de lâusine dâembouteillage de lâeau Eska, qui suit de trĂšs prĂšs les dĂ©veloppements du projet.
Aurélie Chopard, le 11 décembre 2018
Les Ă©tudes rĂ©alisĂ©es en cette annĂ©e 2018 montrent que le projet de mine de lithium nâaura pas dâimpact sur la qualitĂ© de lâeau de lâesker Saint-Mathieu-Berry. Lâesker constitue la principale source de revenus pour la compagnie Eska Inc., situĂ©e prĂšs dâAmos, en Abitibi-TĂ©miscamingue.
Lâeau de lâesker a gagnĂ© le premier prix international de dĂ©gustation dâeau Berkeley Springs International Water en 2001. Depuis sa dĂ©couverte, sa qualitĂ© nâa jamais Ă©tĂ© altĂ©rĂ©e. Elle est menacĂ©e par le projet minier portĂ© par la compagnie australienne Sayona Mining.
Le projet de mine de lithium
LâĂ©tude de faisabilitĂ© finale du projet a Ă©tĂ© dĂ©posĂ©e en septembre dernier. La future mine de lithium exploitera 1900 tonnes de minerai par jour pendant 18 ans. Le minerai sera concentrĂ© sur place. Les eaux de procĂ©dĂ©s de lâusine de concentration resteront dans lâusine. Les eaux de ruissellement du site seront acheminĂ©es vers des bassins et analysĂ©es rĂ©guliĂšrement. Ces eaux seront traitĂ©es au besoin avant dâĂȘtre relĂąchĂ©es dans lâenvironnement.
SituĂ© au pied de lâesker Saint-Mathieu-Berry, le projet soulĂšve des questionnements en termes dâimpacts sur la qualitĂ© de lâeau de lâesker. Les eaux de ruissellement pourraient sâinfiltrer pour contaminer lâesker aux mĂ©taux lourds ou aux hydrocarbures. Le projet pourrait Ă©galement impacter la recharge en eau de lâesker et entraĂźner une diminution de son volume.
Vincent Cloutier, professeur Ă lâInstitut de Recherche en Mines et Environnement (IRME) de lâUniversitĂ© du QuĂ©bec en Abitibi-TĂ©miscamingue (UQAT) et directeur scientifique du Groupe de Recherche sur lâEau Souterraine (GRES), explique que lâesker est lâhĂ©ritage de la glaciation.
Il y a 18 000 ans, un immense glacier recouvrait lâensemble du Canada. Dans la rĂ©gion de lâAbitibi-TĂ©miscamingue, il sâest retirĂ© il y a environ 9000 ans, laissant derriĂšre lui diffĂ©rentes formations gĂ©ologiques, dont les eskers.
Les eskers se prĂ©sentent sous la forme de cordons sinueux pouvant atteindre plusieurs kilomĂštres. Ils sont constituĂ©s principalement de sables et de graviers, ce qui leur permet de se recharger continuellement par lâeau des pluies et de la fonte des neiges. Les eskers reposent sur des roches dures souvent dĂ©pourvues de minĂ©raux ou dâĂ©lĂ©ments chimiques pouvant se dissoudre dans lâeau. « Ce qui fait la qualitĂ© de lâeau dâun esker, câest justement parce quâil nây a rien dans cette eau. Cela nâa rien Ă voir avec les eaux minĂ©ralisĂ©es », prĂ©cise Dr. Cloutier.
« Ce qui fait la qualitĂ© de lâeau dâun esker, câest justement parce quâil nây a rien dans cette eau. Cela nâa rien Ă voir avec les eaux minĂ©ralisĂ©es »
-Â Â Â Â Â Â Â Dr Vincent Cloutier, Institut de Recherche en Mines et Environnement
La compagnie Eska rassurée
Câest justement cette eau dĂ©pourvue de minĂ©raux et ce goĂ»t neutre qui confĂšre Ă lâeau embouteillĂ©e Eska sa notoriĂ©tĂ©. NumĂ©ro 1 des ventes dâeau embouteillĂ©e au QuĂ©bec, lâeau Eska dĂ©tient « une place spĂ©ciale dans le cĆur des quĂ©bĂ©cois », assure Mr. Michel McArthur, vice-prĂ©sident des opĂ©rations Eska depuis un an. « Le jour oĂč jâai annoncĂ© Ă ma famille et Ă mes amis que je partais travailler pour Eska, tout le monde Ă©tait heureux de pouvoir enfin boire de lâeau Eska. » Maintenant que Mr MacArthur soutient avec ferveur sa compagnie, il avoue avoir Ă©tĂ© inquiet lors de lâannonce du projet minier en bordure de lâesker. Lui et son Ă©quipe ont dĂ©cidĂ© dâaborder le sujet selon une dĂ©marche scientifique. Il a dâailleurs Ă©tĂ© Ă©paulĂ© par un hydrogĂ©ologue interne Ă la compagnie pour entreprendre une analyse dâimpacts et une Ă©valuation de risques.
Les rĂ©sultats sâavĂšrent rassurants. En effet, les Ă©tudes rĂ©alisĂ©es par la compagnie Eska concordent avec celles du GRES, ainsi quâavec les Ă©tudes rĂ©alisĂ©es par une compagnie privĂ©e pour le compte de la compagnie miniĂšre. Ces trois Ă©tudes concordent. Elles dĂ©montrent que le lieu du projet et les infrastructures prĂ©vues ne coĂŻncident pas avec les zones de recharge de lâesker, câest-Ă -dire les zones par lesquelles lâeau sâinfiltre pour rester piĂ©gĂ©e.
Les sabliĂšres, plus grande menace pour lâesker
En fait, le plus grand danger pour lâesker Saint-Mathieu-Berry ne serait pas le projet minier en tant que tel. En effet, lâesker est le lieu de plusieurs sabliĂšres et graviĂšres qui utilisent les sables et graviers comme matĂ©riaux de construction. « Le problĂšme avec ces sabliĂšres, câest que sâils creusent trop profond, la nappe dâeau sera alors dĂ©couverte, et lâeffet de la couche de sables et de graviers sera annulé », prĂ©cise Dr. Cloutier. Et ainsi entraĂźner une pollution de lâeau et mĂȘme une rĂ©duction de son volume. Il faut voir lâeau de lâesker comme une ressource Ă protĂ©ger et Ă partager de maniĂšre raisonnĂ©e entre les divers utilisateurs, conclut Dr. Cloutier.