Entrez sans frapper
Quel rapport entre ces deux derniĂšres images ? Entre cette figure au cerf-volant, profil dĂ©coupĂ© sur fond rouge, et cette tĂȘte au premier plan, celle dâun homme qui tourne le dos au paysage ? Entre les deux, jâavais glissĂ© un texte que jâai aussitĂŽt biffĂ©, car il ne me satisfaisait pas, ne mâapprenait rien. Aussi ces deux images se sont-elles retrouvĂ©es lâune au-dessus de lâautre et leur rapprochement soudain me laisse coi. Et cela mâoblige Ă mâinterroger Ă nouveau sur cette drĂŽle dâactivitĂ© que celle de tenir un blog et dâenfiler les images comme jâenfilerais des perles : des images prĂ©levĂ©es dans le flux, entrecoupĂ©es de citations savantes, et, de temps Ă autre, des photographies noir et blanc que je signe, un texte que je balance comme ça, Ă lâaveugle. Quâest-ce que je cherche, en mâappliquant Ă publier chaque jour une image, deux images, une citation, un texte ? Ă qui je mâadresse ? Quelle satisfaction cela me procure-t-il ? Un ersatz dâactivitĂ©, une façon de vivre par procuration. Des miettes sous la table, des voix venues dâailleurs. Ou plutĂŽt le sentiment de nâavoir rien dâautre Ă faire quâĂ Ă©coper. Et si encore cette activitĂ© rompait la solitude, assĂ©chait le fond, me mettait en contact avec quelques uns, mais non, rien ne vient rompre le ronron. Les images sâinterposent, font Ă©cran. OhĂ©, mon vis-Ă -vis, dis-moi ce que je voudrais entendre, parle-moi Ă lâoreille, viens me consoler et dĂ©ranger mon ordre. RivĂ© Ă sa place, le blogeur compulsif ne sort pas de lui. Ok, un tumblr, ce nâest pas un site de rencontres, aussi nâai-je pas envie dâoffrir le meilleur profil, de faire le beau devant le prĂ©fĂ©rĂ©. VoilĂ Â : Je suis un homme qui cherche un homme qui cherche un homme quiâŠ. Parce que « la vie creuse devant nous le gouffre de toutes les caresses qui ont manquĂ©. » Les images ne sont alors que dĂ©calques, dĂ©pouilles. « LâĂ©motion quâentraĂźne lâĂ©closion dâune forme, lâadaptation de mes humeurs Ă la virtualitĂ© dâun discours sans durĂ©e mâest un Ă©tat autrement prĂ©cieux que lâassouvissement de mon activité ». Dans le ciel, un cerf-volant, une image qui flotte et vient se cogner aux angles, tandis que la figurine reliĂ©e Ă lui par un fil regarde ailleurs, semble indiffĂ©rente Ă ses circonvolutions. Quant Ă lâhomme murĂ© en lui-mĂȘme au premier plan, il semble ne plus rien attendre du monde alentour. Un homme qui⊠« Un homme qui nâa jamais reçu une lettre. » Vais-je oser vous demander quelque chose, visiteurs de lâabri, vais-je oser franchir la ligne et sortir du cadre ? Venez jouer avec moi sur le sable. Accepteriez-vous une balade sur la plage immense qui sâouvre Ă nous ? Ăcrivez-moi. Je suis buvard. « Je suis dans la lune comme dâautres sont au balcon. » Je suis un homme qui attend quelquâun qui ne vient pas.














